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Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi

Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:

Hortense est à Londres et c'est toujours hyper compliqué entre elle et Gary.
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
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— Jusqu’ici, je n’ai rien dit, mais les dernières frasques de Domitille me poussent à agir. Je ne veux pas que le nom de notre famille soit sali et, bien que ce soit déjà trop tard, j’entends remédier au laisser-aller général qui règne dans cette maison…

Elle passa un doigt sur la table et exhiba la couche de gras qu’elle en avait retirée.

— Isabelle, tu es incapable de tenir une maison et d’élever tes enfants… Je vais vous apprendre l’excellence, la discipline, les bonnes manières. Cela ne sera pas une tâche aisée, mais, malgré mon âge et ma santé défaillante, je porterai cette croix. Pour votre bien. Je ne veux pas que vous finissiez en crapules, gourgandines et déchets de la société…

Charles-Henri écoutait et semblait approuver.

— Moi, dit-il, de toute façon, je pars l’an prochain faire une prépa à Paris… je ne resterai pas ici.

— Ton grand-père et moi, nous t’aiderons. Tu as compris qu’on réussissait en travaillant, en fournissant des efforts et je t’en félicite…

Charles-Henri hocha la tête, satisfait.

— Quant à toi, Isabelle, continua la grand-mère, il va falloir que tu te reprennes… J’ai honte quand on me demande de tes nouvelles. Aucune de mes amies n’a une fille comme toi. Je sais que tu as vécu une terrible épreuve, mais nous en avons tous connu, c’est le lot de la vie. Cela ne t’excuse en rien…

— Mais je…, protesta Isabelle Mangeain-Dupuy.

— Tu portes un nom que tu dois illustrer. Tu dois te ressaisir. Apprendre à te conduire convenablement. Être un exemple pour tes enfants…

Son regard se posa sur Domitille qui, avachie sur sa chaise, fixait le bout de ses bottes en mâchant ostensiblement son chewing-gum.

— Domitille, ôte ce chewing-gum de ta bouche et tiens-toi droite !

Domitille l’ignora et mâcha avec plus de vigueur.

— Domitille, tu vas devoir changer ! Que cela te plaise ou non !

Puis elle se tourna vers Gaétan.

— Toi, mon petit… Je n’ai rien à te dire. Tes notes sont excellentes et tes professeurs ne tarissent pas d’éloges. Tu trouveras chez nous une ambiance propice au travail et à l’étude…

Et c’est alors, dans le silence qui suivit le compliment adressé à Gaétan, qu’on entendit la petite voix d’Isabelle Mangeain-Dupuy s’élever, mal assurée :

— Nous n’irons pas habiter chez vous…

La grand-mère eut un sursaut et demanda :

— Pardon ?

— Nous n’irons pas chez vous. Nous resterons ici. Ou ailleurs… mais pas chez vous…

— C’est hors de question ! Je ne te laisserai pas continuer ta vie de dépravée.

— Je suis grande, je veux vivre librement…, murmura Isabelle en fuyant le regard de sa mère. J’ai jamais vécu librement…

— Tu en fais un bel usage de ta liberté !

— Tu décides tout pour moi, vous avez toujours tout décidé pour moi… Je ne sais même pas qui je suis. À mon âge… Je veux devenir quelqu’un de bien à l’intérieur. Je veux qu’on me voie à l’intérieur…

— C’est pour ça que tu vas sur Internet pour trouver des hommes ?

— Qui t’a dit…

— Domitille. Ta fille.

Domitille haussa les épaules et reprit sa mastication.

— Je veux rencontrer des hommes pour savoir qui je suis, je veux qu’on m’aime pour moi… Oh ! je ne sais pas ! Je ne sais plus…

Mme Mangeain-Dupuy regardait sa fille se débattre avec, dans le regard, une ironie méchante. C’était une femme froide qui se faisait une religion du devoir. Attendait de recevoir l’adoration de sa fille et de ses petits-enfants en échange de sa bienveillance calculée.

— La vie, mon enfant, ne consiste pas à rencontrer des hommes comme tu le dis. La vie est un long chemin de devoir, de droiture, de vertu et tu me sembles avoir perdu de vue toutes ces belles valeurs depuis longtemps…

— Je n’irai pas chez vous, répétait obstinément Isabelle Mangeain-Dupuy sans oser regarder sa mère en face.

— Moi, non plus ! assurait Domitille. Je me fais chier ici, je me ferai encore plus chier avec vous…

— Vous n’aurez pas le choix…, affirma madame mère en claquant des deux mains sur la table pour annoncer que le débat était fini.

Gaétan écoutait, navré. Ça s’arrêterait bien un jour, tout ça… Ça s’arrêterait bien un jour…

Le lendemain de sa discussion avec Zoé, Joséphine appela Garibaldi.

Elle avait appris à apprécier cet homme, ses cheveux noirs plaqués, ses sourcils en deux sombres parapluies qui s’ouvraient, se refermaient, son visage caoutchouc qui se tordait dans tous les sens. Il avait conduit l’enquête sur la mort de Mlle de Bassonnière, puis sur celle d’Iris, avec tact et adresse. Quand elle était allée lui parler au 36, quai des Orfèvres, elle avait eu l’impression qu’il l’écoutait avec ses yeux, ses oreilles et… son âme.

Il avait posé son badge de policier sur son bureau et leurs âmes s’étaient parlé. Au-delà des mots, dans les silences, les hésitations, le tremblement de la voix. Elles s’étaient reconnues.

Cela arrive parfois qu’on se parle d’âme à âme avec des inconnus.

Ils ne s’étaient pas revus depuis la mort d’Iris. Mais elle savait qu’elle pouvait l’appeler et lui demander un service.

Elle reconnut sa voix quand il décrocha.

Elle lui demanda si elle ne le dérangeait pas. Il répondit qu’il faisait une pause dans son bureau entre deux affaires. Ils échangèrent quelques banalités, puis il demanda en quoi il pouvait lui être utile. Était-elle à nouveau sur la piste d’un dangereux assassin ? Joséphine sourit, répondit que non, c’était une autre histoire, plus douce, plus romanesque.

— Vous n’avez rien à craindre de Van den Brock[25], affirma Garibaldi… Il attend en prison l’ouverture de son procès et cela risque de prendre encore quelque temps… Ensuite, il risque d’être enfermé un bon moment.

— C’est drôle, je n’y pense jamais à Van den Brock…

— Et Luca Giambelli, vous avez de ses nouvelles ?

Joséphine répondit que non. La dernière fois qu’elle avait entendu parler de lui, c’était pour apprendre qu’il avait demandé à être soigné dans une clinique psychiatrique pour troubles du comportement.

— Et il y est toujours, répondit Garibaldi. Je me suis renseigné. J’ai votre sécurité à cœur, madame Cortès. J’ai gardé un excellent souvenir de notre collaboration…

— Moi aussi, dit Joséphine en sentant ses oreilles s’enflammer.

— Vous nous avez beaucoup aidés avec vos remarques pertinentes…

— Vous exagérez, dit Joséphine. C’est vous qui avez…

— Vous êtes une excellente observatrice et vous auriez fait une fameuse enquêtrice… Que puis-je faire pour vous, aujourd’hui ?

Joséphine raconta l’histoire de la découverte du carnet noir et de son mystérieux auteur.

— Je l’ai baptisé Petit Jeune Homme… Je le trouve touchant. J’aime beaucoup aussi le personnage de Cary Grant. Je ne connaissais pas sa vie, elle est passionnante…

Elle lui confia qu’elle songeait à faire un roman de la rencontre entre ces deux hommes. Le ver de terre et l’étoile. Elle ne savait pas encore comment elle s’y prendrait, mais cela lui serait utile d’identifier Petit Jeune Homme et de le rencontrer.

— Il ne doit plus être très jeune aujourd’hui, remarqua Garibaldi.

— Non… et cela restreint le champ de mes recherches. En fait, c’est Zoé qui m’a donné l’idée de vous appeler…

— Quels éléments possédez-vous sur cet homme ?

— Je connais son âge, son lieu de naissance, la profession de son père… Je pense qu’il vit dans l’immeuble ou qu’il y vient souvent. Je peux vous donner les noms de ceux que je soupçonne… Je me disais… ou plutôt Zoé me disait que vous pourriez faire une recherche. Je ne sais pas si cela est possible…

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