Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
Il fit une pause et ajouta :
— Qu’est-ce qui vous touche dans cette histoire ?
— Elle me donne de l’élan, du courage…
— Elle vous ressemble ?
— Sauf que je n’ai pas rencontré Cary Grant ou son semblable ! Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui me donne confiance en moi… Bien au contraire.
— Vous savez… J’ai fini par le lire, votre roman.
— Une si humble reine ?
— Oui. Et c’est drôlement bien foutu… Moi, un flic de quarante ans, qui n’avait pour seules lectures que James Ellroy et ses romans noirs et torturés ! Je marchais dans la rue avec Florine et tous les autres, je me suis cogné contre un réverbère, j’ai loupé ma station de RER, je suis arrivé en retard au boulot, je savais plus où j’habitais. Vous m’avez rendu heureux tout simplement. Je croyais même pas que c’était possible.
— Oh ! murmura Joséphine, émerveillée. Alors c’est vous qui les avez tous achetés ?
Il éclata d’un beau rire généreux.
— J’ai passé des nuits blanches à cause de vous. Vous êtes douée, madame Cortès…
— Je doute tellement… J’ai si peur, si vous saviez ce que j’ai peur… J’ai envie de me remettre à écrire, mais je ne sais pas comment m’y prendre. C’est comme si j’étais enceinte d’une histoire. Ça grossit, ça insiste, ça tape dedans. C’est à peine si je m’occupe des autres, en ce moment…
— Et pourtant vous m’aviez l’air fameusement douée pour ça !
— Vous ne me reconnaîtriez plus ! J’envoie promener tout le monde.
— C’est le début de l’indépendance…
— Peut-être… J’espère seulement qu’il en sortira quelque chose.
— Je vais vous aider. Promis…
— Merci, chuchota Joséphine. Je peux encore vous dire quelque chose ?
— Je vous écoute…
— Quand Iris est… Quand elle est partie… J’ai eu l’impression qu’on me coupait une jambe, que je ne pourrais plus jamais marcher… J’étais paralysée, sourde, muette. Depuis que je lis ce carnet noir, c’est comme si…
Il demeurait silencieux. Il attendait qu’elle choisisse ses mots et peut-être même qu’elle se formule à elle-même cet aveu.
— Comme si ma jambe repoussait et que j’allais me remettre à marcher… Sur mes deux jambes. C’est pour cela que c’est si important…
— Je comprends et je serais content de vous aider, croyez-le bien. Je vais faire tout mon possible.
— Et vous, vous allez bien, vous êtes heureux ?
C’était la chose la plus stupide à demander à un homme qu’elle connaissait à peine. Mais elle ne savait pas comment lui dire merci, merci de m’avoir écoutée, merci de comprendre, merci d’être là. C’est la première fois que je parle d’Iris, c’est un peu comme si le chagrin reculait et me laissait un peu de place pour respirer. Elle avait peur de paraître trop intense, trop dramatique.
— Vous ne m’avez pas donné beaucoup de nouvelles depuis…, fit-il remarquer. Je me suis souvent demandé comment vous alliez…
— Je préférerais ne pas en parler.
Il se gratta la gorge, toussa, reprit sa voix d’inspecteur de police et termina l’entretien en disant :
— Bon, je récapitule, madame Cortès. Notre homme avait dix-sept ans en 1962, il est né à Mont-de-Marsan, avait un père polytechnicien, P-DG des Charbonnages de France, et est domicilié à votre adresse…
Joséphine acquiesça.
— Va falloir que je vous laisse maintenant, dit Garibaldi. Je vous rappellerai dès que je saurai quelque chose.
Il marqua une pause. Elle attendit. Puis il ajouta :
— J’aime parler avec vous… C’est comme si on touchait à… l’essentiel.
Il avait marqué un temps d’arrêt avant de dire « essentiel ».
Elle raccrocha, heureuse de cette complicité.
C’était inspirant de parler à cet homme. Elle n’était pas amoureuse, mais quand elle se confiait à lui, elle s’élevait, se dépliait, il lui poussait des ailes. Quand elle était amoureuse, elle ne savait plus quoi dire, comment se tenir, elle se recroquevillait et ressemblait à un grand sac vide qui ne tient pas droit.
Joséphine composa le numéro de Shirley à Londres pour lui raconter sa conversation avec Garibaldi. Tenta de lui expliquer le vol de leurs deux âmes unies.
— Parfois aussi, cela passe par le cœur…, ajouta-t-elle.
— Et d’autres fois par le corps, dit Shirley. Une bonne copulation et on décolle aussi !
— Et quand tout est réuni, quand l’âme, le cœur et le corps s’enlacent et s’envolent, alors c’est le grand amour… Mais ça n’arrive pas souvent.
— Et ça t’est arrivé avec Philippe ? dit Shirley.
— Oh oui !
— Tu as de la chance. Moi, j’ai l’impression que je ne m’adresse qu’au corps des hommes… Qu’il n’y a que lui qui me parle. Je dois avoir ni cœur ni âme.
— Parce que tu te méfies de l’abandon. Quelque chose en toi résiste. Tu ne te donnes pas complètement. Tu penses qu’en offrant ton corps, tu seras quitte, tu ne seras pas menacée et ce n’est pas faux, en un sens. Sauf que tu oublies l’âme…
— Tatatata ! gronda Shirley, arrête de me psychanalyser…
— Tu as une mauvaise idée de l’homme et de l’amour. Tandis que moi, j’attends toujours le Prince Charmant sur son cheval blanc.
— Moi, je prends le cheval et je te laisse le Prince Charmant !
— Tu crois pas au Prince Charmant ?
— Je crois au Prince Cinglant !
Shirley éclata de rire.
— Le Prince Charmant, ça ne veut pas dire qu’il a tout bon partout, insista Joséphine. Ce n’est pas cucul-la-praline, c’est une harmonie parfaite.
— Bullshit, ma vieille ! Chez les hommes, je ne prends que le corps. Pour le reste, le cœur et l’âme, j’ai mon fils, mes copines, les cantates de Bach, les livres, les arbres dans le parc, un coucher de soleil, un bon thé, le feu dans la cheminée…
— Et c’est comme ça qu’on est différentes !
— Tant mieux ! Pour être empêtrée dans le sentiment gluant, merci beaucoup !
— Tu parles comme Hortense…
— Hortense et moi, nous vivons dans la réalité. Toi, tu vis dans tes rêves ! Dans les rêves, le Prince Charmant enlace et envole, dans la vie de tous les jours, il est marié, jure qu’il ne touche plus sa femme et dort dans le salon, et te pose des lapins tout le temps !
Ce soir, c’était spaghettis party.
Hortense détestait les spaghettis et l’usage erroné du mot party en cette occasion.
C’était tout sauf un moment de franche rigolade.
Plutôt un examen de passage, oui.
Une fois par mois, ils dînaient ensemble, parlaient de la maison, des frais, des charges, de l’électricité et du chauffage, de l’interdiction de fumer à l’intérieur, de l’entretien de la terrasse, des clés à ne pas laisser traîner, de la boîte aux lettres qu’il fallait vider régulièrement, du tri sélectif des poubelles et tutti quanti. Peter, ses petites lunettes cerclées au bout du nez, suivait un ordre du jour rigoureux et chacun devait s’exprimer, dire ce qui n’allait pas. Ou promettre de s’amender en écoutant, tête baissée, le prêche du maître.
C’était le grand soir de Peter. Il tenait les comptes de la maison, discutait avec le propriétaire, dressait la liste des réclamations et des obligations. C’était un homme petit, étroit d’épaules et d’ambitions, qui devenait soudain Napoléon. Dodelinait de la tête sous son bicorne. Tapotait son foie. Menaçait les uns, morigénait les autres en les pointant du doigt. Elle se mordait les lèvres pour ne pas éclater de rire devant le grotesque de la situation car ils tremblaient tous devant Peter…