Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
— C’est sûr qu’elle est jeune…
Encore un petit temps de suspense. La, ré, fa, la ré, fa. Et Laura reprenait :
— Bien plus jeune que toi ! C’est peut-être pour ça que tout le monde en parle. Elle n’a peut-être pas ton talent, mais elle est jeune…
— C’est ça ! avait aboyé Hortense, dis que je suis une vieille ringarde ! Que c’est pour ça que personne me rappelle !
— Oh mais… j’ai pas dit ça…
— Tu l’as pas dit, mais tu l’as sous-entendu… T’es la reine des faux culs ! T’as même pas le courage de ta méchanceté !
— Si tu le prends comme ça… Moi, j’essayais juste de comprendre, je voulais t’aider, c’est tout.
Hortense avait vu rouge.
— Et Suri Cruise ! avait-elle enchaîné, en hurlant. Suri Cruise ! La fille du nabot de la Scientologie et de sa femme qu’on ne sait même plus qui c’est ! Tu l’oublies celle-là ! À trois ans, elle est déjà une icône ! Elle sort en talons aiguilles et les flashes crépitent ! Elle est sur le point d’éclipser toutes les papesses de la mode ! Alors ta gamine de treize ans, c’est une antiquité ! Tu sais ce que tu es, Laura la vipère, t’es une passive-agressive… Je les vomis, ces gens-là !
— Une quoi ? bredouillait la vipère barbouillée de venin.
— Passive-agressive… Ce sont les pires ! Les gens qui t’enduisent de confiture pour mieux te planter leurs crocs dans un grand sourire…
— Mais je…
— Et les vipères, moi, je les écrase ! J’en fais de la bouillie, je leur arrache les crochets un à un, je leur crève les yeux, je…
Toute la colère, la déception, la peine qu’elle tentait de contenir depuis deux mois, était remontée en bile haineuse et c’était à son tour de cracher son venin. La colère d’avoir cru qu’elle allait atteindre le sommet, planter son drapeau, faire flotter ses couleurs… La déception devant son téléphone qui ne sonnait pas, la douleur de constater que Gary l’ignorait et que leur belle nuit d’amour n’avait été pour lui qu’une belle nuit de revanche. Un partout, ma belle Hortense, devait-il penser en plastronnant dans son costume de pianiste.
Elle avait rayé Laura Cooper de sa liste restreinte d’amies et s’était réconfortée en se disant que la vipère allait se précipiter sur un manuel de psychologie pour comprendre ce que voulait dire « passif-agressif ». Bonne lecture, ma fille, prends des notes et désormais, quand je passerai devant toi, dégage !
Heureusement, il restait Nicholas. Fidèle au poste. Torse trop long, amant lamentable, mais dévoué, créatif, ingénieux, généreux, travailleur. De beaux adjectifs qui ne raccourcissaient pas, hélas !, le torse trop long…
Il tentait de lui faire oublier sa déconvenue en multipliant les sorties. Sifflait quand elle entrait dans son bureau. Saluait sa longue veste d’homme ceinturée en manteau sur une robe stretch jean bleu foncé. La félicitait.
— C’est pas moi qui ai trouvé ça, je l’ai piqué dans le ELLE de cette semaine… J’ai plus d’idées, je suis foutue.
— Mais non… Mais non, protestait Nicholas. Ça va repartir. J’en suis sûr !
Lui-même avouait qu’il ne comprenait pas. Un-be-lie-va-ble ! Incroyable, répétait-il en secouant la tête. Il s’emportait contre ces gens qui promettent la lune et tournent les talons.
Il se mettait en dix, en cent, en mille pour l’étourdir.
Elle voulait travailler les étoffes ? Il lui trouverait un atelier qui la prendrait en stage.
Elle désirait faire du sport pour se défouler ? Il l’inscrivait à son club qui possédait une très belle piscine. Un club très chic, ils n’acceptent pas tout le monde, tu as dû leur taper dans l’œil…
Ou tu les as menacés, traduisait Hortense, émue qu’il se donne tant de mal pour ramener un sourire sur ses lèvres de condamnée.
Il l’avait emmenée dans une boîte où tout Londres se pressait, le « Whisky Mist ». Sur le menu de la carte des cocktails, il y en avait un Ibiza Mist à douze mille livres.
— Quinze mille euros pour une boisson ! s’était exclamée Hortense, ébahie.
— Plus qu’une boisson, un concept, avait expliqué Nicholas.
— Un concept ?
— Oui… Tu choisis l’Ibiza Mist, et alors…
Il mimait un roulement de tambour.
— Tu sors de la boîte, une Bentley vient te chercher, t’emmène à l’aéroport direction Ibiza, puis en hélico jusqu’à une île privée avec chef particulier, piscine et cocktail… Sympathique, non ?
— Y en a beaucoup des concepts comme ça ?
— Pour vingt-cinq mille livres, tu peux t’envoler vers une des villas de Hugh Hefner à Miami. Avec champagne, piscines, jacuzzi, bunnies et apollons à profusion ! Elle est pas belle, la vie ?
Hortense regardait Nicholas, les yeux dans le vide.
Il la suppliait :
— Souris, Hortense, souris, j’aime pas te voir triste…
Elle souriait et son pauvre sourire hésitant ressemblait à une grimace de misérable.
Il la prenait par la main, l’entraînait vers le salon VIP en disant tu vas voir, tu vas te régaler… Que des cinglés, des caricatures ! Regarde !
Elle haussait un sourcil. Des lignes de coke sur une table, des couples qui s’embrassaient à pleine bouche, des seins à l’air, des bouchons de champagne qui sautaient, des cris, des hurlements de fausse joie, de fausse excitation. Des filles débraillées, hilares, bruyantes, squelettiques, des sacs d’os artificiels, maquillés à la truelle de maçon débutant.
Elle s’était sentie lourde comme une grosse truie.
— Alors ? s’était exclamé Nicholas, triomphant. C’est du Fellini, non ?
— Ça me rend encore plus triste.
— Attends-moi là, je vais nous chercher quelque chose à boire… Tu veux quoi ?
— Un jus d’orange, disait Hortense.
— Oh non ! Pas ça ! Il n’y en a pas ici…
— Alors un verre d’eau…
— Cocktails à volonté ! On va te refaire des rêves et des projets… Fais-moi confiance, j’ai plein d’idées.
Elle le remerciait et pensait pourquoi ne suis-je pas amoureuse de lui ? Pourquoi je pense à Gary ?
Il s’éloignait en disant bonjour à droite, bonjour à gauche, en s’exclamant Of course ! I call you. Il connaît tout le monde et moi, je ne connais personne. Je suis Hortense Nobody. Deux ans à Londres et toujours une inconnue.
Un type s’était approché et l’avait entreprise en sirotant un liquide bleu turquoise avec une longue paille :
— T’es pas copine avec Gary Ward ?
— Gary qui ?
— Je t’ai pas déjà vue avec Gary Ward ?
— Si c’est un truc pour faire connaissance, assieds-toi sur les freins ! Jamais entendu parler de ce mec…
— Ah bon ! Je croyais… Parce que tu sais qu’il est…
Elle lui avait tourné le dos et avait cherché Nicholas des yeux.
Il revenait en brandissant deux boissons couleur perroquet des îles. Lui indiquait un coin où s’asseoir. Hortense posait la tête sur son épaule et demandait s’il la trouvait trop grosse.
— Dis-le-moi, sois honnête, tu sais, au point où j’en suis… Je ne peux guère tomber plus bas.
Alors ce n’était pas ce soir qu’elle allait se goinfrer de spaghettis à six cent mille calories la bouchée.
— Tu manges pas, Hortense ? Ils sont pas bons mes spaghettis ? s’inquiétait Rupert en enfournant des fourchetées de pâtes.
— J’ai pas faim…
— Fais un effort, insistait Peter. Rupert se donne du mal pour cuisiner et tu fais ta difficile… Ce n’est pas bien, Hortense, ce n’est pas bien ! Pense un peu aux autres ! Il n’y a pas que ta petite personne au monde…
— Je vois pas en quoi j’aiderais le tiers-monde en me goinfrant…