Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
— Maman, maman ! criait Zoé en rentrant du lycée. T’es où ? Tu fais quoi ?
— Je lis les carnets de Petit Jeune Homme…
— Ah… Il en est où ?
— Il vient d’embrasser Geneviève…
— Beurk ! Pourquoi il a fait ça ?
Joséphine expliquait et Zoé l’écoutait, la joue posée dans la paume de sa main. En parlant de Petit Jeune Homme à Zoé, Joséphine apprenait à le connaître. Elle entrait dans sa tête. Elle ne le jugeait pas. Elle en faisait un personnage. Elle s’en imprégnait. Et elle pensait c’est comme ça qu’il faut écrire. Comprendre le personnage, amasser des détails, laisser macérer et un jour, il va y avoir un déclic et il va s’animer. Et je n’aurai plus qu’à le suivre.
— Ça t’ennuie pas de m’en parler ? disait Zoé.
— Non. Au contraire, avec toi, j’aime bien… C’est comme si je me parlais à moi-même. Pourquoi tu me demandes ça ?
— Parce que des fois, t’es de mauvaise humeur. J’ai l’impression que je te dérange… T’es plus comme avant. Avant, on pouvait te dire n’importe quoi tout le temps et tu écoutais…
— Je suis moins disponible ?
— Moui…, disait Zoé en s’appuyant contre sa mère.
— Carrément bougon ?
— J’aime bien ce mot, « bougon »… Je vais le marquer dans mon cahier… T’as pas envie de savoir qui c’est, Petit Jeune Homme ?
— Si, je cherche… Je scrute les habitants mâles de l’immeuble…
— Et t’as trouvé ?
— Dans l’immeuble B, à part M. Dumas, je n’en vois pas.
— Le monsieur qui se met de la poudre blanche sur le visage ?
— Oui…
— Et dans le A ? M. Merson ? Il est trop jeune… Pinarelli ?
— Il a dans les cinquante ans…
— Qu’il dit ! Sinon… M. Boisson ? Pas vraiment rigolo. Je l’imagine mal amoureux de Cary Grant ! Et si c’était M. Léger… Tu sais, le plus âgé des deux hommes qui ont emménagé au quatrième chez Gaétan ?
— J’y ai pensé aussi…
— Et puis, ajoutait Zoé, mystérieuse, il y a M. Sandoz… Il a travaillé dans le cinéma quand il était jeune. Il me l’a dit. C’est peut-être lui… C’est pour ça qu’il est si triste. Il a perdu un grand amour.
— Et aujourd’hui, il serait amoureux d’Iphigénie ? Ça ne tient pas debout, Zoé…
— Mais si, mais si… C’est un personnage, Iphigénie. Elle a une forte personnalité. Il aime les personnes qui lui en imposent. Il est resté un petit garçon… Dis maman, on pourra regarder Charade, ce soir, j’ai fini tout mon travail…
Elles regardèrent Charade. Dès qu’Audrey Hepburn apparaissait, Zoé s’exclamait qu’est-ce qu’elle est belle ! Elle devait rien manger pour être aussi mince… J’arrête de manger ! et elle attendait la scène où Bartholomew, le personnage joué par Walter Matthau, disait la dernière fois que j’ai donné une cravate chez le teinturier, il ne m’a rendu que la tache ! Elle se pliait de rire en triturant ses doigts de pieds.
L’esprit de Joséphine vagabondait. Elle regardait Audrey Hepburn poursuivre Cary Grant sans se décourager. Avec grâce et humour. Comment faisait-elle pour lui déclarer sa flamme et rester légère ? Tout était gracieux chez cette femme.
Elle avait croisé Bérengère Clavert dans la rue. Ou plutôt, elle avait été happée par Bérengère Clavert qui courait d’une vente privée chez Prada à une autre chez Zadig et Voltaire.
— Je suis épuisée, ma chérie ! Je n’arrête pas ! C’est génial de vivre seule, de ne plus avoir d’homme à la maison… Jacques est parfait, il paie tout et me fiche une paix royale. Je sors tous les soirs et je m’amuse comme une folle. Et toi ? T’as pas l’air en forme… Encore amoureuse de Philippe Dupin ? Tu devrais laisser tomber… Il vit toujours avec… tu sais la fille qui…
— Oui, oui, avait dit précipitamment Joséphine qui ne voulait pas entendre la suite.
— Elle habite chez lui et il l’emmène partout ! Tu la connais ?
— Euh non…
— Il paraît qu’elle est très mignonne ! Et jeune, en plus ! Moi, je te dis ça pour pas que tu perdes ton temps… Le temps à notre âge, faut pas le gaspiller ! Je te laisse, j’ai encore plein de boutiques à faire, les soldes privés, ça me rend folle !
Elle avait mimé un baiser et s’était précipitée dans un taxi en s’empêtrant dans ses paquets.
Joséphine passait par des alternances de bonheur et de malheur. Elle n’avait plus de nouvelles de Philippe. Parfois, elle était anéantie et se disait il m’a oubliée, il vit avec une autre, puis elle se reprenait à espérer et avait la presque certitude qu’il l’aimait. Elle décidait je vais aller le voir… Mais elle n’y allait pas. Elle avait trop peur de perdre Cary Grant et Petit Jeune Homme.
Le jour où elle rencontra Bérengère, elle fut anéantie.
Le film se terminait et Zoé s’étirait.
— Tu sais, je le comprends Petit Jeune Homme… Il était drôlement séduisant Cary Grant, même si, moi, je le trouve trop vieux…
— Quand on est amoureux, on ne voit pas les détails. On aime, c’est tout.
Zoé faisait défiler les chaînes à l’aide de la télécommande. S’arrêtait sur un vieux Maigret, tourné dans la cour du 36, quai des Orfèvres, coupait le son et disait :
— Et si tu allais en parler à Garibaldi ? Il a peut-être une fiche sur Petit Jeune Homme… Tu lui donnes les cinq ou six noms auxquels tu penses. Tu connais son âge, tu sais où il est né, la profession du père… Souviens-toi de la Bassonnière et de son oncle qui avait des fiches sur tout le monde[24]…
— Pourquoi serait-il fiché ?
— Sais pas… Mais ça ne coûte rien de lui demander.
— Tu as raison, je l’appellerai demain… Allez ! Hop ! Au lit ! concluait Joséphine. Y a école demain !
Zoé se baissait, caressait Du Guesclin, lui frottait les oreilles. Il geignait, s’écartait. Zoé disait ça va pas, mon gros chien ? D’oh ! Y a plus de donuts dans le frigo ? en prenant la grosse voix d’Homer Simpson et Joséphine se disait, elle a quinze ans, elle a un amant et elle parle comme Homer Simpson.
Elle restait enroulée dans le plaid, sur le canapé.
Garibaldi… Elle ne l’avait plus revu depuis ce jour terrible où ils avaient été convoqués, Philippe et elle, au 36, quai des Orfèvres pour apprendre la mort d’Iris. Elle resserra les plis du plaid.
Bientôt neuf mois…
Zoé revenait en se brossant les cheveux, se coulait contre sa mère ; Joséphine la prenait dans ses bras. C’était l’heure des confidences. Zoé commençait toujours par de petites confidences sans importance, puis passait aux sujets plus graves. Elle aimait ces moments d’abandon avec sa fille. Elle se demandait quand Zoé cesserait de la prendre comme confidente. Ce jour-là arriverait et elle le redoutait.
— Tu sais, ma prof de français, Mme Choquart… elle nous a prises à part les filles de mon groupe et moi, et elle nous a dit qu’il ne fallait jamais être des bécassines, qu’on est capables de faire de belles choses et que c’est trop facile de vivre en se disant j’aurais pu si j’avais voulu…
Elle étendait une jambe, se grattait le mollet, la repliait, se renfonçait dans un coin du plaid contre Joséphine.