La Grande Quête
- Автор: Джордан Роберт
- Серия: La Roue du Temps #2
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Bragelonne
- ISBN: 9782352945574
- Переводчик: Jean Claude Mallé
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
— Toi, tu es Egwene, de Champ d’Emond, un village du territoire de Deux-Rivières. (Le ton d’Elayne laissait entendre que ces informations n’avaient rien d’insignifiant, mais elle passa pourtant très vite dessus.) Pour aider une nouvelle novice à prendre ses repères, on lui affecte toujours une fille qui est là depuis quelque temps. Mais assieds-toi, je t’en prie.
Egwene prit place sur l’autre banc, en face d’Elayne.
— Puisque je fais enfin partie des novices, j’espérais qu’une Aes Sedai prendrait en charge ma formation. Mais ce matin, Perdra m’a réveillée deux heures avant l’aube pour m’obliger à balayer les couloirs. Et, après le déjeuner, je devrai faire la vaisselle…
Elayne eut une moue dégoûtée.
— Je déteste ça ! C’est nouveau pour moi, et… Bon, inutile de s’appesantir là-dessus. Tu auras une formation, ne t’inquiète pas. À partir d’aujourd’hui, tu suivras des cours du petit déjeuner jusqu’à 10 heures, puis du déjeuner jusqu’au début de soirée. Si tu te montres très réceptive – ou particulièrement lente à apprendre – on t’ajoutera peut-être des séances du dîner jusqu’au coucher. Mais en règle générale, ce moment-là est réservé aux corvées vespérales. (Elayne plissa soudain le front.) Tu es née avec l’aptitude de canaliser, pas vrai ? (Egwene acquiesça.) Oui, je l’ai senti. Moi aussi, je suis dans ce cas. Ne sois pas déçue si tu ne t’en es pas aperçue. Avec le temps, tu sauras reconnaître le don chez les autres femmes. Moi, j’ai eu l’avantage de grandir auprès d’une Aes Sedai.
Qui donc peut grandir auprès d’une sœur ? se demanda Egwene.
Elle voulut poser la question, mais Elayne ne lui en laissa pas le temps.
— Dans le même ordre d’idées, ne t’en fais pas si tu n’arrives à rien au début. Avec le Pouvoir de l’Unique, je veux dire… La plus simple réalisation demande un peu de temps. Ici, la patience est une vertu qu’il faut savoir acquérir… C’est du moins ce que répète souvent Sheriam Sedai, et elle ne rate pas une occasion d’enfoncer le clou. Avise-toi de courir quand elle te dit de marcher, et tu te retrouveras convoquée dans son bureau avant d’avoir pu battre des cils.
— J’ai déjà suivi quelques cours, révéla Egwene en s’efforçant de rester modeste.
Elle s’ouvrit au saidar – c’était très facile, désormais – et sentit une douce chaleur envahir son corps. Désireuse d’épater son interlocutrice, elle décida d’exécuter son « tour » le plus spectaculaire. Tendant la main, elle fit apparaître au-dessus une petite boule de lumière – hélas vacillante, parce qu’elle n’arrivait pas à faire mieux, mais c’était déjà ça.
Très sereine, Elayne tendit elle aussi la main. Un gros globe brillant apparut au-dessus de sa paume. Sa lumière vacillait aussi mais, après quelques secondes, une aura ténue mais bien visible enveloppa toute sa silhouette.
Surprise, Egwene poussa un petit cri et ne put maintenir sa misérable boule de lumière.
Dans un éclat de rire, Elayne fit disparaître la boule et l’aura.
— Tu as vu ce qui brillait autour de mon corps ? C’était pareil autour de toi, et j’ai distingué une aura pour la première fois de ma vie. Sheriam Sedai m’a dit que ça finirait par arriver… Pour toi aussi, c’est une expérience inédite ?
Egwene acquiesça et rit de bon cœur avec sa nouvelle amie.
— Je t’aime bien, Elayne. Et je crois que nous allons nous entendre à merveille.
— J’en ai l’intuition aussi, Egwene… Tu viens de Champ d’Emond, donc… Connais-tu un garçon appelé Rand al’Thor ?
— Je le connais, oui…
Soudain, Egwene se remémora une histoire que lui avait racontée Rand. Une fable au sujet d’une chute dans un jardin, du haut d’un mur, et d’une rencontre avec…
Dire qu’elle n’en avait pas cru un mot !
— Tu… Vous-vous…, bégaya Egwene. Vous êtes la Fille-Héritière du royaume d’Andor !
— Oui, mais ça n’est pas une raison pour me vouvoyer… Si Sheriam Sedai savait que j’en parle avec quelqu’un ici, je me retrouverais dans son bureau avant d’avoir compris ce qui m’arrive.
— Tout le monde parle du bureau de Sheriam Sedai comme si c’était un donjon. Même les Acceptées… Est-elle si terrible que ça ? Moi, je l’ai trouvée plutôt bienveillante.
Elayne hésita. Puis elle répondit à voix basse, sans regarder Egwene :
— Une badine repose en permanence sur son bureau. Quand on refuse d’apprendre les règles à la manière des gens civilisés, aime-t-elle à dire, elle est toute disposée à procéder autrement… Le règlement du noviciat comporte tellement d’articles qu’il est difficile de ne pas en violer quelques-uns de temps en temps.
— Mais c’est affreux ! Je ne suis pas une enfant, et toi non plus ! Pas question de subir ça !
— Egwene, nous sommes des enfants, en réalité. Les Aes Sedai sont de véritables adultes, et les Acceptées, des jeunes filles assez éduquées pour qu’il soit inutile de les surveiller en permanence. Les novices, en revanche, doivent être protégées, défendues et guidées sur la voie qu’il leur est obligatoire de prendre. Comme des enfants, elles ont besoin d’être punies lorsqu’elles se rendent coupables de transgressions. Sheriam Sedai présente les choses ainsi. Tu ne seras jamais punie parce que tu as du mal à apprendre. En revanche, si tu braves des interdits… Parfois, il est difficile de s’en empêcher, je l’avoue. Il arrive que l’envie de canaliser le Pouvoir soit aussi forte que celle de respirer. Mais, en revanche, casser des assiettes parce que tu rêvasses en faisant la vaisselle, te montrer impolie avec une Acceptée, parler à une Aes Sedai avant qu’elle s’adresse à toi ou quitter la Tour Blanche sans permission… Tout ça n’est pas bien, voilà tout. Ici, la seule vraie règle, c’est de faire de son mieux à tout moment. Il n’y a pas d’autre possibilité…
— On dirait que ces femmes essaient de nous donner envie de partir…
— Ce n’est pas ça du tout, même si ton sentiment n’est pas absurde… Egwene, en ce moment, il y a quarante novices dans la tour. Quarante seulement, et sept ou huit au maximum deviendront des Acceptées. Sheriam affirme que c’est insuffisant. Aujourd’hui, il n’y a plus assez d’Aes Sedai pour faire face aux différentes missions. Mais la Tour Blanche ne peut pas abaisser ses critères de sélection. Les Aes Sedai ne prendront jamais pour sœur une femme qui n’a pas les compétences, la force et la motivation requises. Elles ne remettront en aucun cas la bague et le châle à une candidate qui ne maîtrise pas assez le Pouvoir, qui risque de se laisser intimider dans une situation délicate ou qui rebrousserait chemin sur une route trop sinueuse. Pour le Pouvoir, la formation et les diverses épreuves sont de bons instruments de mesure. Pour la force et la motivation, c’est plus compliqué… Si tu veux abandonner, personne ne te retiendra. Tu seras libre de partir après avoir appris le minimum indispensable pour ne pas mourir bêtement…
— Je comprends… Sheriam nous a déjà tenu un discours de ce genre. Mais le manque d’Aes Sedai… Eh bien, cette idée ne m’a jamais traversé l’esprit.
— Sheriam Sedai a une théorie… Selon elle, nous avons fait subir à l’humanité une sélection artificielle. Tu sais ce que ça signifie pour le bétail ? Éliminer du troupeau les individus qui présentent des caractéristiques jugées indésirables.
Egwene hocha la tête, un rien agacée. Aucun éleveur de moutons ne méconnaissait cette méthode essentielle pour augmenter la qualité de la laine et de la viande.
— En traquant depuis trois mille ans les hommes capables de canaliser, toujours selon Sheriam, l’Ajah Rouge contribue à la raréfaction de cette aptitude au sein de l’humanité. Si j’étais toi, je ne ferais pas référence à cette thèse devant une sœur rouge. Sheriam Sedai a dû livrer un grand nombre de joutes verbales à cause de ça, et nous ne sommes que d’humbles novices.