La Grande Quête
- Автор: Джордан Роберт
- Серия: La Roue du Temps #2
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Bragelonne
- ISBN: 9782352945574
- Переводчик: Jean Claude Mallé
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
Riant aux éclats, Nynaeve courait au milieu des papillons qui formaient un nuage tourbillonnant au-dessus des fleurs sauvages dont le sommet de la colline, un plateau verdoyant, était recouvert d’une extrémité à l’autre. Voyant que sa jument grise, attachée à un arbre, à la lisière d’un versant, piaffait nerveusement, sa maîtresse cessa de courir afin de ne pas l’exciter inutilement. S’enhardissant, des papillons vinrent se poser sur sa robe aux motifs floraux rehaussés de perles ou voletèrent autour des pierres précieuses piquetées dans la longue traîne que lui faisait sa chevelure.
Au pied de la colline, le collier géant composé de mille pièces – mille lacs, en vérité – brillait au cœur même de la capitale du Malkier. Dans cette onde limpide, les Sept Tours se reflétaient fièrement, leurs étendards à la Grue Dorée ondulant mollement au vent. Des milliers de jardins se nichaient entre les maisons de Malkier, mais aucun n’avait le charme de l’étendue sauvage au sommet de la colline.
« La sortie se présentera à toi, mais une seule fois. Sois forte. »
Un martèlement de sabots incita Nynaeve à se retourner.
Le roi du Malkier, al’Lan Mandragoran, descendit souplement de selle et courut vers la jeune femme, effarouchant à peine les papillons devenus trop confiants. S’il avait toujours le visage dur d’un homme de pierre, le sourire qu’il réservait à Nynaeve lui conférait une douceur presque enfantine.
La jeune femme cria de surprise quand il la prit dans ses bras et l’embrassa. Un moment, elle s’abandonna à son étreinte. Lui rendant son baiser, elle ne s’aperçut même pas que ses pieds ne touchaient plus le sol.
Soudain, elle repoussa le souverain.
— Non ! Lâche-moi ! Repose-moi par terre !
Intrigué, Lan obéit puis la regarda reculer comme si son contact lui brûlait la peau.
— Pas ça…, murmura-t-elle. Je ne peux pas affronter ça ! Tout le reste, oui, mais pas ça !
Je préfère lutter de nouveau contre Aginor !
Aginor ?
Mais qui était-ce donc ? Sa mémoire se lézardait comme un glacier, des fragments entiers dérivant comme si les flots du temps voulaient les emporter.
— Tu vas bien, mon amour ? demanda Lan, sincèrement inquiet.
— Ne m’appelle pas ainsi ! Je ne suis pas ton amour, et je ne peux pas t’épouser !
Surprise des surprises, Lan renversa la tête en arrière et éclata de rire.
— Sais-tu que nos enfants pourraient être traumatisés, s’ils t’entendaient dire que nous ne sommes pas mariés ? Et qui devrais-je appeler « mon amour », selon toi ? Je n’ai personne d’autre dans mon cœur, et il en sera ainsi pour toujours.
— Je dois rentrer…
Cherchant à repérer l’arche, Nynaeve ne vit qu’un ciel et un paysage radieux.
« Ce sont des rets plus résistants que l’acier et plus mortels que le poison… » Lan et les bébés de Lan ! Lumière, je t’en prie, viens à mon secours !
— Je dois rentrer, et tout de suite !
— Rentrer ? Où ça ? Champ d’Emond ? Si c’est ce que tu veux, je vais faire prévenir Morgase, puis lever pour toi une escorte…
— Rentrer seule…, marmonna Nynaeve sans cesser de chercher.
Où est cette maudite arche ? Il faut que je m’en aille !
— Je ne veux pas m’engluer dans cette toile. C’est plus que j’en peux supporter. Partir, oui, partir !
— T’engluer dans quoi, Nynaeve ? Et qu’est-ce qui t’est insupportable ? Désolé, mais si tu peux chevaucher ici seule, à la rigueur, Morgase serait stupéfiée, voire choquée que la reine du Malkier déboule sans escorte dans le royaume d’Andor. Tu ne voudrais pas troubler Morgase, pas vrai ? C’est ton amie, si je ne me trompe pas…
Nynaeve se sentit sonnée comme si elle venait de recevoir une volée de coups de poing, tous à la tête.
— Reine ? Et nous avons des enfants ?
— Tu es sûre que ça va ? Je devrais te conduire chez Sharina Sedai, pour qu’elle t’examine.
— Non… (Nynaeve recula encore de quelques pas.) Aucune Aes Sedai, surtout.
Ce n’est pas réel ! Et, cette fois, je ne me laisserai pas piéger !
— Si nous récapitulions ? proposa Lan. Étant mon épouse, comment pourrais-tu ne pas être reine ? Nous sommes des Malkieri, ici, pas des hommes du Sud ! Tu as été couronnée au cœur des Sept Tours, le jour même où nous avons échangé nos anneaux.
Sans y penser, Lan leva légèrement la main gauche, révélant l’alliance qu’il portait à l’index. Nynaeve baissa les yeux sur la bague qu’elle portait également. Elle posa la main droite dessus, mais était-ce pour la cacher, pour nier sa présence ou pour empêcher qu’elle disparaisse ?
— Tu te souviens, maintenant ?
Lan tendit une main, comme pour caresser la joue de sa femme – qui recula de six bons pas.
— Comme tu voudras, mon amour… Nous avons trois enfants, un seul étant assez petit pour qu’on puisse parler d’un bébé. Maric t’arrive presque à l’épaule, et il a l’âge de décider s’il préfère les chevaux ou les livres. Elnore s’entraîne déjà à faire tourner la tête des garçons – enfin, quand elle n’est pas occupée à harceler Sharina pour savoir quand elle aura l’âge d’aller à Tar Valon, dans la Tour Blanche.
— Elnore était le prénom de ma mère…
— C’est bien pour ça que tu l’as choisi… Nynaeve…
— Non, pas question de me laisser entraîner, cette fois ! Non, non et non !
Derrière Lan, au milieu des arbres qui bordaient la prairie, Nynaeve vit enfin l’arche d’argent. Jusque-là, les troncs la lui avaient cachée.
« La sortie se présentera à toi, mais une seule fois. Sois forte. »
— Je dois partir !
Nynaeve voulut se détourner, mais Lan lui prit la main et elle eut le sentiment que ses jambes s’enracinaient au sol.
— J’ignore ce qui te torture, mon épouse, mais confie-moi ton secret, et j’arrangerai tout, c’est juré. Je sais que je ne suis pas le meilleur des maris. Au moment de notre rencontre, j’étais dur comme la pierre et coupant comme l’acier, mais tu as su arrondir bien des angles…
— Tu es le plus formidable des maris…, murmura Nynaeve.
Horrifiée, elle se surprit à raviver des souvenirs de leur union : les rires et les larmes, les disputes amères et les douces réconciliations. Des souvenirs fragiles, comme s’ils ne lui appartenaient pas vraiment, mais il ne tenait qu’à elle de les laisser grandir et s’épanouir…
— Je ne peux pas !
L’arche se dressait à quelques pas à peine.
« La sortie se présentera à toi, mais une seule fois. Sois forte. »
— Nynaeve, je ne sais pas ce qui se passe, mais j’ai le sentiment de te perdre. Et c’est insupportable.
Lan avança, tendit le bras et lissa les cheveux de sa femme, qui pressa une joue contre le dos de sa main.
— Reste avec moi pour toujours.
— Je veux rester… (Nynaeve ferma les yeux.) Oui, c’est ce que je désire…
Quand elle rouvrit les yeux, l’arche n’était plus nulle part en vue.
Une seule fois !
— Non, non… Non !
Lan la força à se tourner vers lui.
— Qu’est-ce qui te torture ? Si tu veux que je t’aide, il faut me le dire !
— Ce n’est pas réel…
— Pas réel ? Avant de te rencontrer, je pensais que rien ne l’était, à part mon épée. Regarde ce qui t’entoure ! Tout est vrai. Ensemble, nous pouvons rendre réel tout ce que tu voudras, parce que rien ne nous est impossible.
Troublée, Nynaeve regarda effectivement autour d’elle. La prairie était toujours là, et les Sept Tours se dressaient fièrement au-dessus des Mille Lacs. Si l’arche avait disparu, tout le reste était inchangé.