La Grande Quête
- Автор: Джордан Роберт
- Серия: La Roue du Temps #2
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Bragelonne
- ISBN: 9782352945574
- Переводчик: Jean Claude Mallé
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
Je pourrais m’installer ici, avec Lan… Rien n’a changé…
Les pensées de la jeune femme prirent un autre tour.
Non, rien n’a changé ! Egwene est seule dans la Tour Blanche. Rand canalisera encore le Pouvoir, et il deviendra fou. Quant à Mat et Perrin, retrouveront-ils ce qu’ils ont perdu ? Et Moiraine, qui a dévasté nos vies, reste libre et impunie.
— Je dois rentrer…
Incapable de supporter la détresse de Lan, Nynaeve se détourna de lui. Puis elle fit naître dans son esprit l’image d’un bouton de fleur blanche sur sa tige hérissée d’épines. Des épines acérées capables de déchirer sa chair, voilà ce qu’elle voulait. Comme si elle entendait se jeter dans une haie de prunelliers…
Presque trop loin pour qu’elle l’entende, la voix de Sheriam Sedai lui rappela qu’il était dangereux de canaliser le Pouvoir pendant l’épreuve. Mais le bouton de fleur s’ouvrit, et le saidar emplit de lumière l’esprit de Nynaeve.
— Mon amour, dis-moi ce qui ne va pas…
La voix de Lan risquant de briser sa concentration, Nynaeve refusa de l’écouter. La sortie ne pouvait pas avoir complètement disparu. Pourtant, il n’y avait plus rien à l’endroit où se dressait un peu plus tôt l’arche d’argent.
— Nynaeve…
La Sage-Dame tenta de se représenter mentalement l’arche, jusqu’aux plus infimes détails. Une image vacillante se forma devant son œil intérieur, puis se précisa, une lumière blanche comme enchâssée dans le cadre de métal brillant.
Devant Nynaeve, les contours de l’arche apparurent, scintillant entre les arbres comme s’ils hésitaient entre l’existence et le néant.
— Je t’aime…
La jeune femme puisa dans le saidar, s’enivrant de Pouvoir jusqu’à ce qu’elle ait le sentiment d’être sur le point d’exploser. La lumière qui l’emplissait se répandit autour d’elle, lui blessant les yeux. Alors que la chaleur menaçait de la consumer, l’arche reprit toute sa substance, structure de métal redevenue bien réelle et ancrée dans l’espace et le temps. La douleur et le feu se déversant dans le corps de la jeune femme, elle eut l’impression que la moelle de ses os se consumait. Sa tête n’était plus qu’une fournaise rugissante…
— … Je t’aime de tout mon cœur…
Sans regarder en arrière, Nynaeve courut vers l’arche d’argent. Un peu plus tôt, elle avait pensé que le cri de Marin al’Vere la hanterait jusqu’à la fin de ses jours. Mais, alors qu’elle abandonnait un nouvel être aimé, la protestation de la villageoise sonna soudain à ses oreilles comme une douce musique.
— Nynaeve, je t’en prie, ne me quitte pas !
Cette supplique-là, c’était certain, la poursuivrait jusqu’à son dernier souffle.
Miséricordieusement, la lumière blanche l’enveloppa une nouvelle fois.
De nouveau nue, Nynaeve sortit en titubant de l’arche, tomba à genoux et éclata en sanglots. Quand Sheriam vint s’agenouiller à ses côtés, elle la foudroya du regard.
— Je vous hais ! réussit-elle à crier. Et j’abomine toutes les Aes Sedai.
La Maîtresse des Novices soupira, puis elle aida Nynaeve à se relever.
— Mon enfant, presque toutes les femmes qui subissent l’épreuve disent cela à la fin. Être confrontée à ses peurs n’est pas une petite affaire… (Sheriam prit les mains de Nynaeve et les retourna, paume vers le haut.) Qu’est-ce que c’est ?
Nynaeve frémit à cause d’une soudaine douleur, dans ses paumes. Baissant les yeux, elle découvrit qu’une longue épine noire était plantée au centre de chacune, la transperçant. Avec mille précautions, Sheriam retira les deux dards végétaux, utilisant son don de guérison afin de ne laisser que deux minuscules cicatrices aux points d’entrée et de sortie.
— Il ne devrait pas y avoir de cicatrices du tout, marmonna-t-elle lorsqu’elle eut terminé. Et comment as-tu fait pour ne récolter que deux blessures, à des endroits tellement précis ? Si tu avais traversé une haie de prunelliers, tu devrais être couverte d’égratignures et criblée d’épines.
— Je devrais, oui, approuva Nynaeve, amère. Mais j’ai peut-être estimé avoir payé un prix assez élevé…
— Il y en a toujours un à payer, acquiesça l’Aes Sedai. Viens, à présent. Tu t’es acquittée d’un premier tribut, et tu mérites d’avoir ton dû…
Sheriam poussa doucement sa protégée en avant.
Nynaeve s’aperçut alors qu’il y avait dans la pièce d’autres Aes Sedai que l’officiante rouge et ses assistantes. Flanquée de représentantes de tous les Ajah, la Chaire d’Amyrlin était là, arborant son étole aux sept rayures. Toutes ces femmes regardaient Nynaeve. Se souvenant des instructions de Sheriam, celle-ci avança et alla s’agenouiller devant la Chaire d’Amyrlin.
Levant le troisième et dernier calice, la dirigeante le vida lentement sur la tête de l’ancienne Sage-Dame.
— Te voilà purifiée de Nynaeve al’Meara, native de Champ d’Emond. Et libérée de tous les liens qui t’enchaînaient à ce monde. Ainsi, tu viens à nous lavée et pure, en ton âme et en ton cœur. Tu es désormais Nynaeve al’Meara, une Acceptée de la Tour Blanche. (La Chaire d’Amyrlin confia le calice à une des sœurs et tendit la main à Nynaeve.) Relève-toi, mon enfant. À présent, tu es une part de nous.
Quand elle vit la lueur sombre qui brillait dans les yeux de la Chaire d’Amyrlin, Nynaeve frissonna – et ça n’avait vraiment rien à voir avec sa nudité ni avec l’eau qu’on venait de lui verser dessus.
24
De nouveaux amis et d’anciens ennemis
Dans les couloirs de la Tour Blanche, Egwene suivait une Acceptée en admirant les tapisseries et les peintures qui ornaient des murs aussi immaculés à l’intérieur du bâtiment qu’à l’extérieur.
Egwene saisit l’occasion qui lui était donnée de mieux étudier la tenue de l’Acceptée. En gros, il s’agissait d’une robe blanche identique à celle qu’elle portait, n’étaient les sept étroites bandes de couleur qui rehaussait l’ourlet et les manches. Depuis la veille, Nynaeve arborait une tenue semblable, et ça ne paraissait pas la combler de joie, pas plus, à vrai dire, que la bague d’or – un serpent qui se mordait la queue – qui signalait son grade au sein de l’ordre. Dans les rares occasions où elle avait aperçu la Sage-Dame, Egwene l’avait trouvée refermée sur elle-même, le regard voilé comme si elle avait vu des choses qui lui faisaient regretter de ne pas être née aveugle.
— Par là, dit l’Acceptée en désignant une porte.
Petite et maigrichonne, Pedra était à peine plus âgée que Nynaeve. Du genre « pète-sec », elle se révélait d’un commerce plutôt désagréable.
— On te ménage parce que c’est ton premier jour, mais présente-toi dans l’arrière-cuisine quand le gong sonnera 10 heures, et pas une minute plus tard.
Egwene acquiesça courtoisement mais, dès que Perdra eut le dos tourné, elle se fit un plaisir de lui tirer la langue. Même si Sheriam venait tout juste d’ajouter son nom dans le registre des novices – l’événement remontait à la veille –, Egwene s’était déjà forgé une certitude : elle n’éprouvait aucune sympathie pour l’acariâtre Perdra.
Ouvrant la porte, elle entra dans une petite pièce d’aspect banal aux murs blancs comme il seyait dans la tour. Assise sur un banc de pierre, une jeune femme aux cheveux blonds tirant sur le roux leva les yeux pour étudier la nouvelle venue.
— Je me nomme Elayne, annonça-t-elle simplement.
Du même âge qu’Egwene et vêtue comme elle d’une robe de novice sans le moindre charme, Elayne avait une dignité et une assurance naturelles qui la faisaient paraître plus vieille… et mieux habillée. Voire élégante, si ce mot avait un sens pour une novice condamnée en toutes circonstances au dénuement et à la modestie.