La Grande Quête
- Автор: Джордан Роберт
- Серия: La Roue du Temps #2
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Bragelonne
- ISBN: 9782352945574
- Переводчик: Jean Claude Mallé
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
Nynaeve se souvenait de tout – y compris d’avoir oublié sa vie « antérieure ».
— Je ne toucherai pas au Pouvoir, promit-elle.
Si je me souviens de cette interdiction…
À l’idée d’être dans une telle situation, elle eut envie d’éclater d’un rire hystérique.
Sous la deuxième arche, la lueur était assez forte pour envelopper la jeune femme et sa formatrice.
Sheriam s’écarta de sa protégée.
— La deuxième fois est pour ce qui est. La sortie se présentera à toi, mais une seule fois. Sois forte.
Nynaeve regarda l’arche d’argent, se demandant ce qui l’attendait. Puis elle entra et s’immergea dans la lumière.
Après avoir baissé les yeux sur la robe marron très ordinaire qu’elle portait comme par miracle, la Sage-Dame sursauta. Pourquoi s’étonnait-elle d’avoir mis une robe aujourd’hui ?
« La sortie se présentera à toi, mais une seule fois. Sois forte. »
Nynaeve regarda autour d’elle et sourit. Elle se tenait à la lisière de la place Verte, à Champ d’Emond. Des maisons à toit de chaume l’entouraient, et sur sa droite se dressait l’Auberge de la Cascade à Vin. Jaillissant d’un affleurement rocheux, la cascade elle-même, à l’eau tumultueuse mais d’un goût délicieux, allait alimenter la rivière qui serpentait près de l’auberge, coulant en direction de l’est.
Les rues du village étaient vides – rien d’étonnant à cette heure matinale où la plupart des habitants se consacraient à leurs corvées quotidiennes.
Lorsqu’elle regarda plus attentivement l’auberge, la Sage-Dame cessa de sourire. Avec sa façade défraîchie – un volet pendait même lamentablement sur ses gonds – et son toit auquel il manquait plusieurs tuiles, l’établissement semblait à l’abandon.
Qu’arrive-t-il à Bran ? Ses fonctions de bourgmestre sont trop prenantes pour qu’il entretienne son auberge ?
La porte de l’auberge s’ouvrit pour laisser passer Cenn Buie, qui se pétrifia en apercevant la Sage-Dame. Le vieux couvreur était toujours noueux comme une racine de chêne, et le regard qu’il jeta à Nynaeve lui glaça les sangs.
— Tu es revenue ? Eh bien, tu ferais mieux de repartir sans demander ton reste !
Après avoir craché à ses pieds, le vieil homme s’éloigna en marmonnant. Cenn n’avait jamais été un parangon d’amabilité, mais de là à se monter si rustre avec la Sage-Dame… Le suivant du regard, Nynaeve vit des signes tout aussi inquiétants que le délabrement de l’auberge. Des toits de chaume qui auraient dû être réparés, des jardins potagers envahis par le chiendent… La porte de maîtresse al’Caar, quasiment dégondée, allait et venait au gré du vent en grinçant sinistrement.
Très mécontente, Nynaeve entra dans l’auberge.
Je vais en toucher bien plus qu’un mot à Bran, et il se souviendra longtemps de notre conversation.
La salle commune de l’auberge était vide, à l’exception d’une femme à la longue natte grise occupée à nettoyer une table. À la façon dont elle regardait son ouvrage – ou, plutôt, dont elle ne le regardait pas – Nynaeve eut l’impression qu’elle se comportait comme un automate. D’ailleurs, la salle était loin d’avoir sa netteté d’antan.
— Marin ?
La femme de Bran al’Vere sursauta, sa main droite vola jusqu’à sa gorge et elle écarquilla les yeux. En quelques mois, elle semblait avoir vieilli de vingt ans. Une vieille femme usée par la vie.
— Nynaeve ? C’est vous, Sage-Dame ? Avec Egwene ? Me ramenez-vous Egwene ?
— Je…
Où est Egwene ? Je devrais réussir à me le rappeler, non ?
— Eh bien… Elle ne m’accompagne pas, et…
« La sortie se présentera à toi, mais une seule fois. Sois forte. »
Maîtresse al’Vere se laissa tomber dans un fauteuil à haut dossier droit.
— J’espérais tellement… Depuis la mort de Bran…
— Bran est mort ?
Nynaeve n’en crut pas ses oreilles. Ce colosse souriant semblait avoir été taillé pour vivre éternellement.
— Je n’aurais jamais dû partir…
Marin se leva, alla se camper devant une fenêtre et sonda anxieusement la place Verte puis ce qu’elle pouvait voir du village.
— Si Malena sait que vous êtes là, il va y avoir du grabuge… Cenn vient de sortir pour aller à sa recherche. C’est lui le bourgmestre, désormais.
— Cenn ? Comment ces crétins d’hommes ont-ils pu le choisir ?
— L’œuvre de Malena… Elle a convaincu toutes les femmes du Cercle de faire campagne pour lui auprès de leur mari. (Comme si elle voulait regarder partout en même temps, Marin plaqua son visage à la vitre.) Avant de mettre un bulletin dans une urne, ces imbéciles ne se consultent pas. Chacun a dû croire qu’il était le seul à céder à la pression de son épouse. La bonne vieille théorie selon laquelle une voix de plus ou de moins ne change rien. Eh bien, nous avons eu la preuve qu’elle était fausse.
— Qui est cette… Malena… qui règne sur le Cercle des Femmes ? Je n’avais jamais entendu son nom jusqu’à ce jour.
— Elle vient de Colline de la Garde. C’est la Sa… Malena Aylar est notre nouvelle Sage-Dame. Comme vous ne reveniez pas… Au nom de la Lumière ! je prie pour qu’elle ignore votre présence ici !
Cette fois, ce furent ses yeux que Nynaeve eut de la peine à croire.
— Marin, tu as si peur d’elle que tu en trembles comme une feuille. Comment est-elle, pour t’effrayer ainsi ? Et pourquoi le Cercle l’a-t-il élue à sa tête ?
Marin eut un rire amer.
— Nous sommes devenues folles, j’en ai peur… Malena est venue voir Mavra Mallen, ta remplaçante, la veille de son départ pour Promenade de Deven – elle devait bien finir par rentrer, pas vrai ? Cette nuit-là, des enfants sont tombés malades, et Malena est restée pour s’en occuper. Puis les moutons commencèrent à mourir les uns après les autres, et elle régla ce problème-là aussi. Après ça, il semblait naturel de la choisir… Mais c’est une furie, Nynaeve. D’un simple froncement de sourcils, elle impose sa volonté à n’importe qui. Et quand ça ne marche pas elle insiste et insiste encore, jusqu’à ce que sa victime finisse par céder. Mais il y a plus grave : elle a flanqué une correction à Alsbet Luhhan.
L’image d’Alsbet et Haral, son mari – le forgeron du village –, se forma dans l’esprit de Nynaeve. Presque aussi grande que son époux, Alsbet, une fort jolie femme au demeurant, était bâtie tout en muscles, comme lui.
— Alsbet est presque aussi forte que Haral… Je ne peux pas croire que…
— Malena n’est pas bien grande, mais c’est une teigne. Elle a frappé Alsbet avec un bâton, la poursuivant tout autour de la place Verte. Aucun témoin n’a eu le courage de s’interposer. Quand ils ont appris ça, Bran et Haral ont décidé que Malena devait partir – et tant pis s’ils se mêlaient des sacro-saintes affaires du Cercle des Femmes. Je ne sais pas si une des fidèles de Malena a entendu, mais ils sont tombés malades le même jour, et ils ont quitté ce monde à vingt-quatre heures d’intervalle. (Marin regarda autour d’elle, inquiète comme si les murs avaient pu avoir des oreilles.) Malena s’est occupée d’eux. Même s’ils s’étaient dressés contre elle, c’était son devoir, nous expliqua-t-elle. Parmi les herbes médicinales qu’elle a utilisées pour les soigner, j’ai vu… du fenouil gris, Nynaeve.