Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
Je me repose jusqu’à sept heures et demie, dessinant ma tenue dans ma tête, prends une douche, je me lave les cheveux, j’enfile ma toilette et je saute dans un taxi pour le Ritz.
Elle emporta la théière, oublia sa pochette Lanvin dans la cuisine américaine qui jouxtait le salon. Ne pas réveiller le Boutonneux. Monter à pas feutrés dans ma chambre, m’allonger et rêver à mon avenir glorieux…
Revivre la nuit dernière… Gary, Gary…
Elle laissa échapper un gloussement de plaisir.
Dans le salon, Jean Martin ouvrit un œil et vit la ballerine d’Hortense disparaître dans l’escalier. Les garçons de la maison avaient tous été invités à sa présentation, tous sauf lui. Il croisa les bras, enfonça son menton dans sa poitrine, fit la moue, ça allait se payer cher tout ça…
Elle allait morfler. L’addition s’allongeait, s’allongeait. Elle était en train de tisser son linceul…
Le téléphone dans la pochette Lanvin sonna.
Il l’entendit, surpris. Hortense la Cruelle avait oublié son portable dans la cuisine.
Des offres d’emploi crépitaient dans le petit sac…
Il ne se lèverait pas.
À huit heures du soir, il l’entendit prendre sa douche.
Le téléphone sonna encore plusieurs fois.
Il finit par se lever, attrapa la pochette, en sortit le téléphone, écouta les messages.
Des félicitations, des compliments, deux propositions de rendez-vous pour un travail… Un type de chez Vuitton et un autre.
Et un message d’un garçon, un dénommé Gary, qui disait « Hortense, ma belle, je pars pour New York demain soir au vol de dix-neuf heures dix. Viens avec moi. Tu m’as dit qu’on te proposait du boulot là-bas. Je viens de voir ma grand-mère, je sors du palais royal, ah ! ah ! ah ! elle me finance un appart et mes études. J’irai à la Juilliard School et tu conquerras la ville. La vie nous appartient ! Pas la peine de me répondre… Juste pense oui et déboule ! J’attendrai à l’aéroport, j’ai pris un billet pour toi. Hortense, fais pas le con et viens. Et écoute bien un truc, un truc que je ne te répéterai plus jamais, sauf si tu sautes dans l’avion avec moi : Hortense, I LOVE YOU ! »
Le garçon avait hurlé les derniers mots avant de raccrocher.
Jean Martin sourit finement et effaça un à un tous les messages.
Quatrième partie
Deux mois !
Deux mois depuis qu’elle avait déjeuné avec Gaston Serrurier…
Elle s’était enfuie en courant…
Elle avait couru entre les voitures, couru dans les couloirs du métro, était restée debout dans la rame, appuyée contre un strapontin, impatiente d’arriver chez elle, d’ouvrir le carnet noir. Impatiente de retrouver dans ces pages maladroites le souffle d’un adolescent qui découvrait l’amour et se livrait sans calcul. Ses tentatives pour attraper le regard de l’homme qu’il aime, le cœur qui bondit, l’embarras de ne pas savoir se tenir…
En deux mois qu’avait-elle fait ? Elle avait relu et corrigé une dizaine de chapitres rédigés par des collègues et écrit une préface de dix pages au livre des femmes pendant les croisades… Maigre butin. Dix pages en deux mois, soit cinq pages par mois ! Elle passait des heures, immobile devant l’écran de son ordinateur, attrapait une feuille de papier blanc, griffonnait des mots, « ardeur », « feu », « fièvre », « ivresse », des insectes velus, des cercles, des carrés, la truffe rose de Du Guesclin, son œil vitreux de forban, et sa main partait à la recherche du carnet noir dans le tiroir, elle se disait juste quelques pages et je retourne aux croisades, aux mangonneaux, aux archers, aux femmes en armure.
Elle en lisait une, retenait son souffle, effrayée. Petit Jeune Homme s’offrait, cœur dénudé. Elle avait envie de lui crier casse-cou ! Ne donne pas tout, recule d’un pas… Elle se penchait sur l’écriture, guettait les fins de mots estropiées comme un mauvais présage. Des ailes rognées.
Il n’avait pas eu le temps de s’envoler.
Le carnet avait fini à la poubelle. Plus d’ailes.
Et toujours la même question : qui en était l’auteur ? Un habitant de l’immeuble B, de l’immeuble A ? Quand on s’installe dans un appartement, on vérifie l’amiante, le plomb dans les peintures, la présence de termites, les mètres carrés, le bilan électrique, l’isolation… On ne vérifie jamais le bon état de ses voisins. S’ils sont délabrés ou en bonne santé. Sains d’esprits ou encombrés de fantômes. On ne sait rien d’eux. Elle avait côtoyé deux criminels sans le savoir : Lefloc-Pignel et Van den Brock[23]. Réunions de copropriété, discussions dans le hall, bonjour monsieur, bonjour madame, Joyeux Noël et bonne année, et si on changeait la moquette des escaliers ?
Que savait-elle des nouveaux venus ? M. et Mme Boisson, Yves Léger et Manuel Lopez. Elle les rencontrait dans le hall ou dans l’ascenseur. Ils se saluaient. M. Boisson, lisse, froid, dépliait son journal. Il semblait avoir avalé ses lèvres. Mme Boisson saluait sèchement, ses cheveux cendrés tirés en chignon, le col de son chemisier fermé à double bouton. Elle ressemblait à une urne funéraire. Ils portaient chacun le même manteau. Ils devaient les acheter par lot de deux. Un manteau beige damassé pour l’hiver, un manteau beige plus léger quand le printemps venait. Ils étaient comme un frère et sa sœur. Chaque dimanche, leurs deux fils venaient déjeuner. Le cheveu aplati, serrés dans leur costume gris, l’un blond albinos, les oreilles rouges, décollées, l’autre, triste, châtain, un nez en champignon de Paris et des yeux bleus délavés. La vie semblait les avoir évités. Une, deux, une deux, ils montaient les escaliers en levant les genoux très haut, un parapluie accroché au coude. On ne pouvait pas leur donner d’âge. Ni de sexe.
M. Léger, au troisième étage, tenait de grands cartons à dessin sous le bras. Il portait des gilets roses, violets ou du plus bel ivoire qui faisaient une petite pointe sur son ventre rond. Glissait comme un patineur énervé, ses cartons sous le bras. Râlait quand la minuterie s’éteignait ou que l’ascenseur, un peu vieillot, mettait du temps à s’ébranler. Son compagnon, beaucoup plus jeune, sifflotait en traversant le hall, saluait Iphigénie d’un « Bonjour madame », un peu théâtral, et retenait la porte pour laisser passer les personnes âgées. Mme Pinarelli semblait l’apprécier. Ni M. Boisson ni M. Léger ne lui rappelaient la fougue innocente de Petit Jeune Homme…
Elle était interrompue par Zoé, Josiane, Iphigénie, Giuseppe et tous les autres.
Ils brisaient le flux tranquille de sa rêverie, racontaient leurs états d’âme, leurs malheurs, leurs déceptions, ces accidents de la vie qui auraient été une collection de niaiseries pour Hortense. Joséphine écoutait. Elle ne savait pas faire autrement.
Josiane, assise dans le salon, se lamentait en dégustant la tarte aux pommes qu’elle avait apportée. Cuite par mes soins, avait-elle précisé en sortant la tarte de sous un grand torchon blanc. Du Guesclin, droit devant elle, guettait le morceau qui allait tomber. Il devait penser qu’en restant immobile il deviendrait invisible et pourrait dérober des miettes sans attirer l’attention.
Le lendemain, 6 mai, on fêtait les trois ans de Junior et Josiane avait renoncé à préparer un goûter d’anniversaire.
— Il n’a pas d’amis ! Un goûter sans petits copains, c’est comme un bouquet qu’avec des tiges ! Ça fait grise mine. Et je ne vais pas inviter les deux serpents à lunettes qu’on a engagés comme professeurs ! Moi qui avais imaginé des fêtes avec des magiciens, des conteurs, des ballons de toutes les couleurs et des petits drôles qui courent partout !