La jeune fille et les clones
- Автор: Брин Дэвид
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Pocket
- ISBN: 2-266-08011-3
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
Maïa détourna les yeux. Elle avait les mains crispées sur l’estrade de pierre. Elle se rendit compte que tous, autour d’elle, avaient la même réaction. Elle avait déjà fait des découvertes stupéfiantes, mais celle-ci les dépassait toutes, et de loin. Elle n’avait jamais entendu parler d’une simulation de la vie en trois dimensions. Le rythme parut s’accélérer. Les figures qui occupaient le centre de l’écran grandissaient, chassant au-dehors les plus proches des bords.
La sensation de chute était bien entendu illusoire, et Maïa la chassa en remettant les choses en perspective : le déplacement « vers l’avant » n’était qu’une exploration des détails de ce qui se trouvait au milieu du cadre. Le degré de finesse de l’analyse ne semblait pas avoir de limite.
— Stop ! ordonna Maïa en déglutissant avec difficulté. Leie, arrête. Repars dans l’autre sens.
Sa sœur se retourna avec un grand sourire.
— C’est pas génial ? fit-elle, radieuse. Je n’aurais jamais cru que les hommes puissent… Tu as dit quelque chose ?
— Oui : arrête et reviens en arrière !
— N’aie pas peur, va. Ce ne sont que des simulations…
— Je n’ai pas peur ! Reviens en arrière tout de suite !
Leie leva les sourcils mais s’abstint de répliquer et obtempéra. La « chute » se ralentit, cessa, et le mouvement s’inversa. Les formes ondoyantes du centre se mirent à rapetisser, à fondre vers le centre de l’écran, tandis que d’autres apparaissaient à la périphérie. Les spectateurs avaient à présent l’impression de prendre du recul, de s’élever, ce qui leur donnait une vision de plus en plus large, presque divine.
Maïa eut un bref instant le sentiment exaltant d’avoir rejoint Renna par le biais de cette expérience qui avait dû le ravir, lui aussi.
Elle se sentait en même temps écrasée. Renna lui avait expliqué que le jeu de la Vie était l’un des systèmes les plus simples d’une vaste famille de générateurs de formes appelés automates cellulaires. En voyant s’allumer le grand mur, Maïa avait espéré que les marins et leurs livres l’aideraient à résoudre l’énigme de cet écosystème d’une extrême complexité, mais ils étaient aussi sidérés qu’elle. L’ajout d’une troisième dimension ruinait tout espoir d’analyse simple.
Elle était pourtant persuadée de pouvoir résoudre ce mystère. Les mouvements étrangement répétitifs des dessins devaient obéir à des règles compréhensibles. « Si seulement j’avais une version informatique du jeu au lieu de ce petit sextant. Si je disposais d’autant d’heures qu’en a eues Renna. Et d’une partie seulement de ses connaissances en maths…»
Seulement voilà… De dépit, elle flanqua un coup de poing sur la table, faisant sursauter le petit instrument et arrachant un cri de protestation à Leie, qui ajouta que l’instrument n’était pas facile à « piloter » si on ne voulait pas que tout devienne flou : il avait du jeu et n’aurait pas volé une bonne réparation. Bref, quelqu’un l’avait vraiment déglingué.
« C’est déjà un miracle qu’il fonctionne », se dit Maïa.
Elle avait d’abord été ahurie de voir à quoi son vieil instrument pouvait servir. Mais en y réfléchissant, elle avait vu sur les bateaux de nombreux appareils encore plus anciens, dotés de petites fenêtres vides. Il devait être courant autrefois de se brancher sur l’Ancien Réseau… bien qu’elle doutât que les murs magiques eussent jamais été très courants, même avant la Grande Défense.
Et puis… Jusque-là, les formes qui arrivaient de la périphérie étaient plus ou moins similaires à celles qui disparaissaient au centre. Mais à présent, des serres noires entraient dans l’image par ses bords. Ces formes convulsées semblaient s’enrouler encore sur elles-mêmes, devenir d’énormes boules qui se ruaient vers le centre. Les sphéroïdes tombaient de tous les côtés, de plus en plus denses, rebondissant les uns contre les autres tandis que le mur s’assombrissait.
Le dernier et le plus gros agglomérat de boules se fondit en une entité nouvelle, une épaisse plaque phosphorescente. Sa tranche chatoyante sembla vibrer tel un archet alors qu’elle plongeait vers le centre de l’écran. Comme le point de vue apparent des spectateurs s’élevait toujours, la plaque diminua. Puis d’autres apparurent, et elles se relièrent entre elles, formant une cellule polygonale et vibrante, pareille à un gâteau de miel frissonnant. D’autres cellules vinrent s’ajouter à la multitude et se transformèrent en une écume iridescente qui se mit à scintiller, diminua et disparut sous les yeux de Maïa, sidérée. L’écran resta noir, vide, effrayant.
— Houlà ! grogna Leie, consternée, son visage luisant à la faible lueur des ampoules électriques. J’ai tout bousillé ?
— Non, lui assura Maïa. Le mur était blanc, avant. Ça marche toujours. Continue, ordonna-t-elle avec fermeté.
— Tu es sûre ? Alors je vais tirer un peu plus fort.
Elle imprima une secousse au petit bras. Dans l’obscurité explosa un groupe d’étincelles grosses comme des têtes d’épingles et tout à coup, les couleurs revinrent. Le pseudo point de vue reprit son ascension impérieuse tandis que des vagues convolutées de lumière décomposée pénétraient par les bords. Maïa n’eut que le temps de crier :
— Non ! Stop !
Tout se figea, en dehors de la lente danse sinueuse des motifs pareils à des volutes de fumée.
— Pourquoi ? s’étonna Leie. Ça remarche…
— Ça a toujours marché. Reviens en arrière, à l’écran noir, insista Maïa en résistant à l’envie de prendre sa place.
Leie soupira et poussa délicatement le petit levier. À nouveau, cette impression de tomber dans le vide, de rétrécir pendant que tout le reste devenait immense, gigantesque…
L’écran redevint noir, puis les alvéoles chatoyantes revinrent avant que Leie ait pu stopper le mouvement.
— C’est pas si facile ! Les leviers bougent par à-coups. Je n’aurais jamais laissé ce truc se déglinguer comme ça, moi !
Maïa retint la réplique qu’elle avait sur le bout de la langue. Leie s’escrimait sur l’appareil et essayait de ramener les bras récalcitrants en arrière par tractions infimes. Les structures cellulaires se transformèrent en écume et disparurent dans le noir. Seule traversait de temps en temps l’écran une tache floue trop rapide pour que l’œil la suive.
— Ça t’ennuierait de me dire ce qu’on cherche ? fit Leie.
— Continue, la pressa Maïa.
Elle sentait plus qu’elle ne les voyait les hommes massés autour d’elles et qui regardaient le mur noir comme s’ils tentaient de scruter le brouillard à la recherche de la lumière miraculeuse d’un phare. Tout à coup, l’un d’eux s’écria : « Stop ! » avant qu’elle ait eu le temps de dire ouf.
Leie réagit aussitôt. Le marin avait remarqué une tache de lumière dans le coin supérieur gauche. Elle paraissait d’un blanc presque pur, mais on y distinguait des poussières bleues et orangées. Leie tourna doucement les molettes qui commandaient les mouvements latéraux et centra l’objet.
On aurait dit un soleil de feu d’artifice. Un cyclone, dit un marin. Un ouragan, ou un vortex, suggérèrent d’autres.
Mais Maïa savait qu’ils se trompaient. Le vieux Bennett aurait identifié l’objet du premier coup d’œil. Renna y aurait vu un ami et un point de repère.
Émerveillée, elle contempla la splendeur qui était apparue sur le mur : une nébuleuse spirale, constituée d’éclatantes étoiles.
Chapitre XXV
Le capitaine fit demander à Maïa, par le mousse balbutiant, de revenir parlementer avec l’ennemi. Maïa lui répondit, par le même truchement, de faire appel à quelqu’un d’autre.