La jeune fille et les clones
- Автор: Брин Дэвид
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Pocket
- ISBN: 2-266-08011-3
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
L’idée de l’homme était plus folle encore et en même temps, bizarrement, moins absurde. Maïa pensait que la machine était un simulateur, une cousine démesurée, presque divine, du jeu de la Vie. Si elle prenait toutes les variables en compte, elle pouvait peut-être faire des projections dans l’avenir. Ça présentait des implications renversantes, qui affectaient jusqu’aux sermons des Prêtresses sur le libre arbitre.
— Essayons d’agir sur la quatrième coordonnée, proposa Maïa en se frottant les yeux.
— On a déjà manœuvré toutes les parties mobiles, objecta le jeune navigateur entre deux quintes de toux.
Il effleura les différentes pièces du sextant, jusqu’à l’oculaire qui servait à viser l’horizon et les étoiles. L’image sauta légèrement, et le nombre inscrit sur l’écran changea.
— Évidemment, reprit le navigateur en toussant à nouveau. C’est le réglage de la profondeur de champ.
Maïa se rendit compte que ses yeux la brûlaient. Elle sentit une odeur de fumée. Au même instant, Leie éternua. Elles se regardèrent et se tournèrent enfin vers le fond de la salle. Un nuage bleuâtre planait dans l’air. Des cris leur parvinrent. Le mousse dévala l’escalier en poussant des cris et en gesticulant. Il avait un bout de chiffon devant le nez.
— L’aspirant et l’docteur demandent si ça va de vot’côté.
— Ça dépend, répondit Maïa. Nous parvenons à des aperçus philosophiques tout à fait passionnants, mais les applications pratiques sont encore restreintes.
Le garçon mit un moment à digérer la réponse.
— Les pirates nous envoient d’la fumée, m’dame. L’toubib dit qu’ça prendra un moment, parce qu’on est plus bas qu’elles, mais qu’tout l’bon air finira par s’en aller, et qu’elles attaqueront p’t-être avant, quand on y verra plus rien.
Allons bon ! Elle reprit son sérieux et répondit :
— Va dire au médecin et à l’aspirant que…
Elle se tourna pour lui montrer le mur… et oublia ce qu’elle était en train de dire.
La salle luxueuse et bien équipée du passé se détériorait d’instant en instant. Les bannières et les coussins avaient déjà disparu. Puis avec une soudaineté choquante, des fissures s’ouvrirent dans les murs. La lumière s’éteignit, laissant la pièce baignée par une étrange luminescence qui semblait émaner de la pierre. La poussière établit son empire sur toute chose, puis elle-même se pétrifia.
— Ça y est, dit l’homme.
Il se redressa et lut les chiffres portés sur le sextant :
Un déclic. Le petit écran s’éteignit, puis se ralluma.
… trouver ce qui est caché…
Maïa n’aurait été qu’à moitié étonnée de voir apparaître sur le mur, au moment où la simulation aurait rattrapé le « présent », des représentations d’eux-mêmes les regardant comme dans un miroir. Mais la pièce qu’ils contemplaient maintenant était sombre et vide.
— Ça ne va pas plus loin, dit le navigateur avec regret.
— Tout ça est très intéressant, nota Leie en toussant. Mais je ne vois pas comment ça va nous aider à sortir d’ici.
— J’y réfléchis ! fit sèchement Maïa.
Un coup d’œil lui apprit que le messager était parti. La fumée qui envahissait la salle lui piquait les yeux. Ça chuchotait et ça toussait à qui mieux-mieux dans le couloir.
Si la situation était pénible à cause de la fumée et de la chaleur, ça devait être encore pire en haut des escaliers, et les réserves de bois des pirates n’étaient pas illimitées. Ce n’était peut-être donc que le prélude à une attaque.
Maïa tenta de sortir de cette rumination stérile. En vain. L’image du mur ne bougeait plus, montrant, sinon la désolation d’aujourd’hui, du moins ce qu’étaient les lieux lors de la dernière mise à jour de la simulation.
« Nous poumons la dater en sortant, grâce aux autres commandes, en nous repérant aux étoiles… ou, mieux, si la définition de l’image le permettait, descendre sur la ville la plus proche et lire la date sur un journal !
« En attendant, où qu’il soit, Renna devait être sain et sauf. Elle s’en faisait davantage pour Brod. Elle éleva une petite prière vers leur Mère à Tous et vers le Dieu de Justice qu’adoraient les hommes. Faites que Brod s’en sorte, je vous en prie. Faites qu’il vive. »
— Je crois…, articula péniblement Leie en se protégeant la bouche d’une main…, qu’on devrait rejoindre les mecs.
L’air s’enfumait plus vite que Maïa ne l’avait prévu. On y voyait à peine et elle avait du mal à respirer.
— Tu as raison, convint-elle entre deux quintes de toux.
Mais elle regrettait de s’en aller. « Je suis sûre que nous sommes près de la solution. Tout près, nom de Lysos ! »
Leie lui tendit la main pour l’aider à se relever, mais son genou gauche ne supporta pas son poids. Elle tomba à côté de l’estrade et manqua s’évanouir de douleur. Leie se jeta sur elle, inquiète, et Maïa se sentit un peu ragaillardie. Elles finiraient par se réconcilier. Elle croisa le regard de sa sœur et se sentit rafraîchie par une vague d’amour poignant.
« Rafraîchie ? » Elle sentait un courant d’air frais qui n’était pas psychologique mais bien réel.
— Tu le sens ? demanda-t-elle à Leie.
Le premier moment de surprise passé, celle-ci acquiesça.
— Quoi donc ? demanda le navigateur en s’accroupissant à côté d’elles avec inquiétude. Venez ! Ils nous appellent…
— Silence ! siffla Leie. D’où ça peut-il bien venir ? marmonna-t-elle en se mettant à quatre pattes et en humant l’air comme un chien de chasse. Ça y est ! Ça vient d’ici !
Maïa rampa vers la source d’air frais. Il venait d’entre l’estrade et la plate-forme de pierre. D’un interstice sortait un filet d’air indécelable en d’autres circonstances.
Les volutes de fumée furent soudain ébranlées par une série d’explosions. Les hommes tiraient dans le couloir.
— Allez-y ! ordonna Maïa au navigateur. Faites qu’ils tiennent encore un peu ! Leie, aide-moi. Le sextant…
Il lui sembla qu’en s’éloignant de la brise fraîche elle disait adieu à la vie, mais elle voulait voir le bas de la salle sur l’écran. C’est ce qu’elle expliqua à sa sœur.
Elle actionna les commandes, et sur le mur magique, de plus en plus indistinct, se succédèrent une image de pierre nue, un vide ténébreux, un bref éclat coloré, puis à nouveau la roche.
« Si les pirates arrivent, faudra casser le sextant, se dit Maïa. Pas les laisser voir ça, que le mur peut s’allumer. »
De nouvelles détonations se firent entendre, suivies de cris. Le combat était-il engagé ? Elle n’osait imaginer la scène… des hommes contre des femmes… un cauchemar de Perkiniste devenu réalité. En fait, le sexe des protagonistes n’avait rien à voir dans l’affaire, mais ce ne serait évidemment pas la version officielle, s’il y en avait jamais une.
L’image redevint chaotique. Un point lumineux, éblouissant, apparut dans le haut du mur. Leie le fit descendre. Tout à coup, la moitié inférieure de l’écran s’éclaira.
Maïa cligna des yeux sous l’effet de la fumée et de la surprise conjuguées : sur le fond lumineux venait d’apparaître un ensemble abstrait de rectangles imbriqués. Trois carrés contenant des symboles rouges : un flocon de neige, une flèche de feu et un bateau à voile. Leie amena progressivement l’image à remplir le mur et le tour des carrés se mit à palpiter.