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La jeune fille et les clones

Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:

Sur Stratos, les femmes se reproduisent l'hiver par clonage. En été, les hommes entrent en rut et il faut les enfermer dans les Sanctuaires. Mais quelques-uns échappent à la police sexuelle et s'accouplent, proti pudor ! avec les femmes. Les « vars » qui naissent de ces unions sont élevés jusqu'à la puberté puis chassés du clan ; à eux d'en fonder un autre, s'ils peuvent.
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
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— Laissez-moi faire, intervint Maïa en constatant que la lumière le distrayait.

Il lui laissa sa place. Maïa tourna délicatement les molettes. La naine blanche quitta l’écran. Le navigateur ne put retenir un soupir où le regret le disputait au soulagement.

Ils foncèrent vers une boule de feu. Ils en furent bientôt si près qu’ils distinguaient les détails de sa surface rougeâtre. Maïa eut un frisson d’excitation. Une chaleur imaginaire fit rougir ses joues au spectacle de cette géante rouge qui les frôla et disparut par la droite. Leie étouffa un petit cri comme si elle avait cru qu’ils allaient s’écraser dessus.

Maïa remarqua, au moment où ils étaient tout près de l’étoile, que les détails paraissaient brouillés, à croire que la simulation n’était pas prévue pour représenter tous les scintillements de sa chromosphère. L’univers simulé par l’ordinateur n’était donc pas une reproduction parfaite de la réalité.

Puis, comme si on leur avait soudain laissé la bride sur le cou, des constellations jaillirent dans le pseudo-firmament. Maïa scruta les configurations familières de l’hiver, à l’affût de la planète bleutée qui était son monde natal. Bientôt, la position de toutes les étoiles fut correcte. Elle ralentit le mouvement, décrivit un cercle, puis une spirale. En vain.

— Je ne comprends pas. Stratos devrait être par là.

Elle entendit vaguement un messager annoncer à voix basse des signes d’activité inquiétants, à l’autre bout du couloir. Il se préparait quelque chose.

Autrefois, quelques individus en ce bas monde dominaient suffisamment le vol spatial pour en faire des simulations et des jeux, se dit-elle, en proie à un mélange de dépit et de fierté. Sans doute s’aventuraient-ils parfois dans l’espace, pour garder la main. Lysos n’avait donc jamais exigé que ses héritières restent rivées au sol. C’était venu plus tard.

— Là ! Une planète ! fit soudain le navigateur qui semblait tout aussi intrigué. Mais… c’est pas Stratos. C’est Déméter.

La géante gazeuse était bien reconnaissable, en effet.

— Déméter…, murmura Maïa. En plein milieu de la Queue de Poisson. Oh, Lysos !

— Qu’y a-t-il ? s’enquit Leie. Ce n’est pas à partir de Déméter que tu espères trouver…

— Sûrement pas, coupa Maïa. Il y a quelques jours, Déméter était dans le Trident. Ça ne peut vouloir dire qu’une chose…

Le navigateur la regarda en ouvrant de grands yeux comme s’il avait devancé sa pensée. Ils faillirent se cogner la tête en se penchant pour regarder le minuscule écran du sextant.

— Le temps ! Le temps sidéral !

— Exactement, acquiesça Maïa. Une donnée astronomique supplémentaire. Ce nombre serait donc…

— Une coordonnée temporelle. Mais… une date négative ?

— Oui, une date du passé. Exprimée en décimales, et non en années et en mois. Supposons qu’elle soit basée sur le même calendrier que nous, le petit nombre après la virgule voudrait dire que…

— … que la date se situe juste après le nouvel an, c’est-à-dire à l’équinoxe de printemps.

— Donc, avec un quart d’orbite et quatre-vingt-dix degrés de décalage ! Ce que nous voyons ici est un ciel de printemps.

Le navigateur reprit les commandes sous la guidée de Maïa.

— Doucement… dix degrés bâbord… cinq vers le bas…

Les étoiles et les planètes défilèrent jusqu’au moment où Leie poussa un cri de joie. Le soleil et l’étoile de Wengel avaient disparu, mais leur lumière combinée redevint visible, se reflétant sur un globe bleu, blanc, brun et vert qui grossissait rapidement. Un ballet de lunes argentées passa tandis que les spectateurs descendaient vers la bille diaprée.

« C’est ce qu’a dû voir Renna en arrivant de l’espace », se dit soudain Maïa en proie à une vague de jalousie. « Je n’aurais jamais cru que ce monde soit si beau. Mon monde natal…»

C’était un véritable régal pour l’âme. Mère Stratos, la divinité maternelle, n’était qu’une jolie abstraction en comparaison de ce spectacle. Comment, se demanda Maïa, pouvait-on connaître ou apprécier un monde sans en voir la face ? On n’exigeait pas une telle absurdité de la part des humains.

« Comment avons-nous pu renoncer à ça ? » s’émerveilla Maïa en reconnaissant les montagnes, les forêts et les déserts qu’elle avait vus sur des globes et des atlas, mais sans les inscriptions qui trahissaient la présence humaine. Là, ils semblaient vierges. Cette vision était un vrai remède à la mégalomanie.

Puis, quand les océans et les îles remplirent tout l’écran, l’approche ralentit, et un changement subjectif se produisit. Au lieu de se diriger latéralement vers la planète, le mouvement devint vertical. Ils tombaient droit dessus.

Le continent de l’Arrivée grandit et dériva vers la gauche. La côte Méchante étincela. Le damier des terres cultivées et les fleuves argentés enjambés par des ponts arachnéens laissèrent place aux mers du Sud miroitant au soleil. Au sud-est se dressait une chaîne de pics acérés, essentiellement révélés par les courants marins qu’ils divisaient en mille torrents échevelés. La mer ébouriffée changeait de couleur en aval.

Maïa reconnut les Dents du Dragon.

— Comment obtenez-vous cette finesse d’approche ? fit Leie.

Pour toute réponse, le navigateur écarta les mains.

— Il y a eu un autre déclic, et depuis, je fais plus rien. C’est peut-être un programme automatique ou un truc comme ça.

Maïa chercha Grimké, à l’extrémité nord de l’archipel. Aucun cratère n’était visible sur le monolithe. Pas de trou vitrifié en son centre. Par contre, des bâtiments brillèrent un bref instant dans le soleil matinal, juste avant que l’île ne quittât l’écran. Au centre de l’image, d’imposantes tours de pierre reliées entre elles montaient vers eux.

Botjelli ! Mais pas à l’époque actuelle. Ce qui grandissait sous leurs yeux était un creux en forme d’étoile, à la fois naturel et artificiel, d’une beauté stupéfiante. Sur chaque pointe elle reconnut des édifices en pierre polie et les éclats métalliques de fins vaisseaux aériens. Dans le lagon, elle compta trois grands yachts aux voiles faites d’un tissu noir et léger qui semblait absorber la lumière.

L’une des dents orientales de Botjelli monta vers eux à une allure vertigineuse et ils se retrouvèrent soudain environnés d’une pierre noire qui défilait comme un torrent. Ils retinrent leur souffle. « Sacrée simulation », se dit Maïa, estomaquée.

Au fond de la salle, quelqu’un cria quelques paroles d’une voix tendue, mais Maïa n’avait d’yeux que pour l’image qui se figeait enfin. La lumière revint avec une soudaineté qui les fit sursauter. Ils se retrouvèrent à regarder, comme par une fenêtre, une pièce identique à celle où ils étaient, mais des coussins rouges ornaient les gradins et les murs étaient revêtus d’un enduit lustré et ornés de bannières multicolores.

— Voilà comment était cet endroit il y a longtemps, dit Maïa d’une voix étranglée, puis elle se pencha pour lire la graduation inscrite sur le sextant :

— La quatrième coordonnée, fit le navigateur en s’éclaircissant la gorge. C’est bien le temps.

— Si on revenait au présent, on pourrait peut-être voir ce qui se passe dehors, en ce moment ? hasarda Leie.

— Vous croyez qu’on pourrait voir ce qui va arriver dans l’avenir ? fit l’homme d’une voix étouffée.

Maïa réfléchit à toute vitesse. L’hypothèse de Leie eût exigé que la machine continuât à enregistrer les événements à l’heure actuelle. L’accession à ce genre d’information en temps réel présenterait un énorme avantage pour eux, mais elle doutait que cela marchât ainsi. Elle n’arrivait pas à imaginer une machine capable de surveiller en permanence toutes les galaxies de l’univers, pendant des milliers d’années.

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