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La jeune fille et les clones

Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:

Sur Stratos, les femmes se reproduisent l'hiver par clonage. En été, les hommes entrent en rut et il faut les enfermer dans les Sanctuaires. Mais quelques-uns échappent à la police sexuelle et s'accouplent, proti pudor ! avec les femmes. Les « vars » qui naissent de ces unions sont élevés jusqu'à la puberté puis chassés du clan ; à eux d'en fonder un autre, s'ils peuvent.
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
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Maïa s’agenouilla près de lui en réprimant une grimace de douleur.

— Que dites-vous ? Il est arrivé quelque chose au Manitou ?

— L’a disparu. Sais pas comment. Elles ont juste emmené…

Ses yeux se révulsèrent et il s’évanouit.

Un silence stupéfait suivit, puis les hommes se mirent à parler entre eux.

— J’vois pas d’autre solution que d’nous rendre !

— On devrait envoyer un autre émissaire…

— Elles vont rappliquer et nous découper en morceaux !

Maïa se releva et tous les regards se braquèrent sur elle.

« Ce n’est pas parce que je vous ai tirés de prison – pour vous fourrer dans un pétrin encore pire – que je suis votre cheffe », se dit-elle, cynique. Privés d’officiers supérieurs, ils se cherchaient machinalement une figure féminine incarnant l’Autorité. Enfin, si elle pouvait leur trouver une occupation, les employer à quelque chose d’utile… Elle se tourna vers le vieux bosco qui avait ramassé le fusil automatique.

— Vous savez vous en servir ? lui demanda-t-elle.

— Oui, m’dame. J’crois bien. L’reste qu’la moitié des balles, mais je peux attendre d’êt’sûr qu’elles front mouche.

Cette farouche détermination changea un peu l’humeur générale. D’autres mâles murmurèrent de timides approbations. Maïa passa la tête au coin du mur et scruta le couloir ténébreux.

— Il y a un tas de vieilleries dans les pièces à côté. Tâchez, en faisant l’aller et retour assez vite pour ne pas laisser le temps aux pirates de viser, de les jeter dans la grande salle pour faire une barricade, ou du moins les ralentir si…

— Compris, m’dame, acquiesça l’aspirant. On va essayer de trouver des trucs utilisables comme armes.

— Parfait. Docteur, que faire si elles nous enfument ?

— Prendre des bouts de chiffon, répondit le vieil homme en haussant les épaules, et les mouiller avec…

Un cri l’interrompit. C’était la voix de Leie.

— Maïa ! Viens voir, vite !

Maïa hésita un instant. Sans chef, les hommes baisseraient les bras dès que les pirates donneraient l’assaut. D’un autre côté, toute résistance était vaine à moyen terme. La seule solution, c’est dans la grande salle qu’ils la trouveraient.

— En tant qu’officier le plus gradé, je dois rester, commença le navigateur, et Maïa savait que c’eût été vrai… en temps normal. Mais la situation n’était pas normale.

— Non. Vous serez plus utile en bas, objecta-t-elle fermement, puis elle se tourna vers le jeune aspirant. Votre guilde et vos compagnons peuvent-ils compter sur vous ?

Le jeune homme n’avait qu’un an de plus qu’elle. Mais, à son grand soulagement, il accepta sans hésiter.

— Oui, vous pouvez compter sur moi.

Il se tourna vers les hommes et leur donna avec autorité les ordres nécessaires pour exécuter les consignes de Maïa.

— Bien, fit le navigateur rassuré. Mais dépêchons-nous.

Ils regagnèrent précipitamment le mur miraculeux, l’homme soutenant Maïa que son genou faisait de plus en plus souffrir. Derrière eux, les bruits d’une activité organisée avaient remplacé le morne silence dans lequel les mâles étaient plongés quelques instants plus tôt. Maïa se prit à ruminer : « Il est arrivé au Manitou une chose assez grave pour amener les pirates à violer la promesse faite à Poulandres. »

Le second avait parlé des rades… Thalla et les autres se seraient-elles évadées ? Cette pensée la réjouissait et l’inquiétait en même temps, car tout ce qui exaspérait les pirates alourdissait la menace qui pesait sur les hommes dans l’arène.

Maïa chassa ces sinistres pensées en revoyant la lueur des étoiles. Elle se prit à rêver l’espace d’un instant que l’écran fût une vaste fenêtre donnant sur la nuit hivernale.

Une belle surprise les attendait, son compagnon et elle, dans la salle. Sur le fond scintillant du firmament s’étendait la nébulosité tentaculaire de la Griffe. Elle rapetissa, puis des dessins familiers d’étoiles apparurent sur les bords.

— Vous en avez mis du temps ! ronchonna Leie. Bon, je ne peux pas m’approcher davantage, mais regardez…

Maïa jeta un coup d’œil au sextant. Les inscriptions portées sur la minuscule fenêtre avaient bien changé : les nombres à droite des « E » avoisinaient le zéro.

— C’est bien des coordonnées, conclut le garçon. Dont l’point de référence doit être Stratos. Vous n’pouvez pas r’venir à l’origine ?

— Essayez, si vous êtes si malin ! répondit sèchement Leie.

— Bonne idée, approuva Maïa. Il passe sa vie à manipuler des instruments comme celui-ci. Allez-y, dit-elle d’un ton encourageant au garçon qui prit timidement la place de Leie.

— Doucement, vril, se récria Leie en se redressant. C’est aussi sensible qu’un…

Elle poussa un cri : la nébuleuse s’était mise brutalement à grossir, masquant l’écran, et disparut dans un mouvement latéral vertigineux. Les chiffres défilèrent sur le petit sextant.

— C’est pas très pratique, convint le jeune homme en fronçant le sourcil. D’habitude, on peut empêcher les molettes de tourner en les inclinant sur le côté. Ça limite le jeu.

Les nombres cessèrent d’augmenter puis commencèrent à décroître. Les constellations reprirent un aspect familier. La Griffe reprit sa position coutumière. Puis, de la droite, surgit un objet si brillant qu’il illumina toute la salle.

— Notre soleil ! s’exclama le navigateur.

Une autre surprise l’attendait : du bord de l’écran émergea une entité plus petite, d’un blanc bleuté, éblouissant, qui donna la chair de poule à Maïa. Effet sans doute négligeable comparé à celui que ressentit le jeune lieutenant. Il s’abrita les yeux d’une main, et gémit tout bas : « Wengel ! »

La lumière éclaira le couloir. Il n’y eut pas de réaction. Peut-être les hommes n’avaient-ils rien remarqué. Maïa se demanda si leur indécision hivernale allait laisser place à l’assurance estivale et les stimuler.

Puis elle regarda changer les chiffres de la petite fenêtre du sextant à mesure que le navigateur déplaçait les commandes.

— J’peux pas aller plus loin, grogna-t-il.

Tout à coup, le sextant émit un cliquetis inattendu. Les minuscules nombres se figèrent et la fenêtre clignota.

L’écran miniature s’éteignit un instant puis une nouvelle inscription apparut :

— Qu’est-ce… ? commença Leie, mais le navigateur la coupa.

— Hé ! Les commandes n’répondent plus comme avant. Quand j’les touche, les étoiles bougent à peine. R’gardez !

Il agit sur une des molettes. Un instant auparavant, une telle poussée les aurait propulsées à travers la galaxie, or c’est à peine si elles se déplacèrent. Maïa examina les coordonnées et constata qu’elles n’avaient pas changé.

— J’ai pigé ! s’écria-t-elle. C’est un test ! Il faut réussir chacune des étapes pour passer à la suivante. Nous avons d’abord dû deviner comment mettre la machine en route, puis découvrir un univers donné dans cet énorme jeu de la Vie et localiser notre système solaire. Il s’agit maintenant de trouver le moyen de nous déplacer à l’intérieur du système.

Elle se retint d’ajouter que tout cela exigeait des talents aujourd’hui peu courants sur Stratos. Leurs faibles compétences risquaient à tout moment d’être dépassées.

— Bon… L’étape suivante d’vrait pas être compliquée. Tout l’monde connaît ces étoiles. C’est la mi-hiver ; Wengel est du côté opposé au soleil par rapport à nous, fit le garçon, un peu haletant, en reprenant ses manipulations.

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