La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
Ici, l’aventure tourne à la comédie la plus bouffonne qu’il soit possible de rêver. Qu’on s’imagine ces infortunés militaires, tant les officiers que les soldats, frappés tout-à-coup de cécité, et qu’on n’oublie pas surtout qu’il s’agit d’une armée fort nombreuse, puisque la ville où se trouve le prophète est entièrement cernée et qu’il y a là infanterie, cavalerie et chariots de guerre. Eh bien, si un tel miracle pouvait se produire, il semble que ces milliers d’hommes, dans leur désolation d’avoir perdu la vue, n’ont plus songé qu’à lever le siège, à implorer la pitié des Israélites, dont ils avaient envahi le territoire, et ont supplié qu’on les reconduisît chez eux, heureux même de s’en tirer à si bon compte. Pas du tout! D’après la Bible, ces troupes aveugles ne continuèrent pas moins à avoir la prétention de s’emparer d’Élisée. Et alors l’auteur sacré fait avaler aux fidèles l’une des plus monumentales fumisteries qui aient été écrites par un prêtre se fichant des crédules ouailles: Élisée s’offre à conduire officiers et soldats syriens à la recherche d’Élisée; ces aveugles idiots acceptent, et le prophète les traîne ainsi à sa suite jusque dans la capitale du royaume, où les voilà prisonniers. Cette blague est tellement insensée, qu’il est nécessaire de reproduire encore le texte divin.
«Élisée vint alors vers les Syriens, devenus aveugles, et leur dit: Ce n’est pas ici la ville où vous trouverez l’homme que vous cherchez; venez après moi, et je vous mènerai à cet homme. Et il les mena à Samarie.» (6:19).
Représentez-vous, par la pensée, ces troupes suivant à la queue-leu-leu le prophète; représentez-vous tous ces aveugles cheminant de Dothan à Samarie, chacun tenant le pan de l’habit de celui qui marche devant lui, et le premier de ces milliers d’hommes tenant par un bout de sa tunique le guide Élisée. Après cela, dites s’il est possible à une religion de se moquer plus joyeusement de la foi de ses fidèles!
«Et il arriva que, sitôt que les Syriens furent entrés dans Samarie, Elisée, ayant fait refermer les portes, dit: O Éternel, ouvre leurs yeux, afin que maintenant ils voient. Et Jéhovah ouvrit leurs yeux; et ils se virent prisonniers au milieu de Samarie.» (v. 20).
Mais tout est bien qui finit bien, et l’on va constater qu’Elisée, magnanime ce jour-là, n’abusa pas de son triomphe.
«Dès que le roi d’Israël eut vu les troupes syriennes à sa merci, il dit à Élisée: Mon père, frapperai-je? frapperai-je? Et il répondit: Tu ne les frapperas point. Frapperais-tu de ton épée et de ton arc ceux que tu aurais pris toi-même prisonniers? Au contraire, mets du pain et de l’eau devant eux, et qu’ils mangent et boivent, et qu’ils s’en retournent vers le roi leur seigneur. Et il leur fit faire grande chère; puis, il les laissa aller; et ils s’en retournèrent dans leur pays. Depuis ce temps-là, les troupes syriennes ne revinrent plus au pays d’Israël.» (v. 21-23)
Ce qu’on vient de lire va maintenant, immédiatement, se trouver contredit par la suite. C’est ça, l’Ecriture Sainte! Le verset 23 nous affirme que, par le fait de la générosité d’Élisée, le royaume d’Israël a eu pour jamais la paix avec le royaume de Syrie. Lisez donc le verset 24: «Mais il arriva, après ces choses, que Bénadab, roi de Syrie, rassembla toute son armée, et il partit en guerre et assiégea Samarie.» Les curés, pour ne pas avoir à s’expliquer sur ces contradictions par trop stupides, ne parlent, dans leurs manuels d’histoire sainte, que du miracle de l’aveuglement des Syriens.
Voici donc Bénadab de nouveau en scène; c’est ce Bénadab que le rot Achab avait laissé échapper, on s’en souvient peut-être. «Et il y eut une grande famine dans Samarie; la tête d’un âne s’y vendait quatre-vingts pièces d’argent, et un quart de boisseau de fiente de pigeons cinq pièces d’argent.» Ça y est! c’est en toutes lettres, c’est le verset 25.
«Et comme le roi d’Israël passait un jour le long des remparts, une femme lui cria: O roi, mon seigneur, sauve-moi! Et le roi lui répondit: Comment puis-je te sauver, puisque Jéhovah ne vient pas à notre aide? Je n’ai ni pain ni vin; et toi, qu’as-tu? Et la femme reprit: Voilà ma voisine qui m’a dit: Donne-moi ton fils, afin que nous le mangions aujourd’hui, et nous mangerons demain le mien. Nous avons donc fait cuire mon fils et nous l’avons mangé. Je lui ai dit le lendemain: Faisons cuire ton fils, afin que nous le mangions. Mais elle n’en veut rien faire, et elle a caché son enfant. Le roi, ayant entendu cela, déchira ses vêtements, et alors le peuple vit qu’il avait un sac sur sa chair en dedans (?). Et le roi dit encore: Que Dieu m’extermine, si la tête d’Elisée demeure aujourd’hui sur ses épaules! car c’est lui qui nous vaut cette famine.» (6:26-31).
«Or, Élisée était dans sa maison, et des vieillards se trouvaient avec lui. Le roi envoya donc vers lui un homme; mais, bien avant qu il arrivât, le prophète dit à ses amis: Prenez garde; quand un messager du roi viendra, fermez bien la porte; car cet homme vient pour me couper le cou. Tandis qu’il parlait, le bourreau arriva et dit: Le mal dont nous souffrons est sorti de la main de l’Eternel; que pourrons-nous attendre de plus de Jéhovah?» (6:32-33)
Heureusement, si Élisée était cause de la famine, il allait bientôt changer la face des choses; savourez.
«Alors, Élisée dit: Écoutez l’Éternel qui parle par ma bouche: demain, à cette même heure, le sac de fine farine se vendra un sicle (trente-deux sous), et pour un sicle aussi on aura deux sacs d’orge.» (7:1)
«Pendant ce temps-là, le Seigneur fit entendre dans le camp des Syriens un grand bruit de chariots, et de chevaux, et d’une grande armée, de sorte que Bénadab crut que le roi d’Israël avait payé le roi des Ethiens et le roi d’Egypte pour venir à son aide. Et tous les Syriens, effrayés, s’enfuirent pendant la nuit, abandonnant leurs tentes, leurs chevaux, leurs ânes, et ne songeant qu’à sauver leur vie (v. 6-7)..,. Tout le peuple sortit aussitôt de Samarie et pilla le camp des Syriens, de sorte qu’on vendit le sac de fine farine pour un sicle et les deux sacs d’orge pour un sicle aussi.» (v. 16)
Le chapitre 8, après nous avoir appris que la Sunamite, dont Élisée avait ressuscité l’enfant, alla passer sept ans chez les Philistins pour n’avoir pas à souffrir de la famine, nous raconte l’histoire du capitaine Hazaël. Pour comprendre, il faut se rappeler que, lorsqu’Élie (pas Élisée, s.v.p) était au mont Horeb, Jéhovah, qui l’y avait fait venir, lui dit, après tremblement de terre et incendie des rochers:
«Recommence tout le chemin que tu as fait (quarante jours et quarante nuits de marche), retourne et va-t’en à Damas; là, tu oindras Hazaël pour roi sur la Syrie; tu oindras aussi Jéhu, fils de Namsi, pour être roi sur Israël, etc.» (1 Rois 19:15-16)
La Bible ne prend pas la peine d’expliquer pourquoi Elie n’oignit jamais ni Hazaël ni Jéhu; papa Bon Dieu ayant prononcé les paroles qui viennent d’être remises sous les yeux du lecteur, il n’en fut plus question, voilà tout. Maintenant, nous en sommes à Elisée; l’écrivain sacré pense tout-à-coup à Hazaël et à Jéhu, et tant bien que mal il va réparer son oubli, puisqu’il a Elisée sous la main. Enfin! nous allons savoir ce que c’est que cet Hazaël!