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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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— Alors, qu’elle regarde en face ce qui la terrorise.

Sheriam s’arrêta à quatre pas des arches et Nynaeve l’imita.

— Ta robe, soupira la Maîtresse des Novices sans regarder la Sage-Dame.

Nynaeve s’empourpra, honteuse d’avoir oublié ce « détail » que Sheriam lui avait pourtant confié en chemin.

Elle retira très vite sa robe, ses chaussures puis ses bas. Tandis qu’elle pliait soigneusement ses habits, elle parvint à oublier l’écrasante présence des arches. Discrètement, elle glissa la bague offerte par Lan sous le petit tas de vêtements. Personne ne devait lui poser de questions sur ce bijou, ni le regarder avec curiosité. Quand elle eut terminé, le ter’angreal ne lui ayant pas fait la grâce de disparaître, elle attendit, un peu crispée.

Le sol de pierre était glacé sous la plante de ses pieds nus. Frissonnant, la chair de poule remontant de ses jambes dans tout son corps, la Sage-Dame s’efforça de ne pas broncher et se concentra pour respirer lentement. Ces femmes ne devaient pas voir qu’elle mourait de peur.

— Le premier passage, dit Sheriam, est pour ce qui fut. La sortie se présentera à toi, mais une seule fois. Sois forte.

Nynaeve hésita un peu, puis elle avança, franchit l’arche et se retrouva immergée dans la douce lumière, comme si elle allait s’y noyer.

Plus rien n’existait que cette lumière.

Nynaeve sursauta en s’apercevant qu’elle était nue. Puis elle vit qu’elle se trouvait dans une sorte de couloir dont les cloisons lisses étaient deux bonnes fois plus hautes qu’elle. Sur le sol de pierre inégal et poussiéreux, ses orteils s’agitaient comme indépendamment de sa volonté. Bien qu’il n’y eût pas de nuages, le ciel était grisâtre et le soleil ressemblait à une boule rouge boursouflée. Devant et derrière la Sage-Dame, des arches ménagées dans le mur permettaient des changements de direction. Les cloisons limitaient son champ de vision, mais elle vit nettement que le sol montait à partir de l’endroit où elle était – devant et derrière, comme si elle était au fond d’une cuvette. À travers les arches, Nynaeve voyait des alignements d’autres arches et cloisons. Elle était dans un labyrinthe géant.

Où suis-je ? Et comment y suis-je arrivée ?

Une autre pensée traversa l’esprit de Nynaeve, comme si une autre voix mentale la prononçait :

« La sortie se présentera à toi, mais une seule fois. Sois forte. »

La Sage-Dame s’ébroua.

— S’il n’y a qu’une sortie, je ne la trouverai sûrement pas en restant plantée ici. (Au moins, elle ne frissonnait plus, car l’air était chaud et sec.) Avant de rencontrer des gens, j’espère que je dénicherai de quoi m’habiller…

Elle se souvint d’avoir joué avec des labyrinthes dessinés sur du parchemin, quand elle était enfant. Il y avait une astuce pour trouver la sortie, mais elle ne parvenait pas à se la remémorer. Tout ce qui était lié au passé semblait flou et indéfini, comme s’il s’agissait des souvenirs de quelqu’un d’autre. Ses pieds soulevant de la poussière, elle avança, une main posée contre la cloison.

Arrivée devant la première ouverture, elle découvrit un couloir en tout point semblable à celui dans lequel elle était. N’ayant aucune raison de s’y engager, elle alla tout droit et dépassa d’autres intersections similaires. Puis « son » couloir fit une fourche, et elle obliqua sur la gauche. À la fourche suivante, elle fit de même, et suivit également son instinct à la troisième.

Pour se retrouver dans une impasse.

Revenant en arrière, elle tourna à droite et répéta quatre fois la manœuvre avant d’aboutir dans un autre cul-de-sac. Un moment, elle resta plantée là à foudroyer du regard le mur bien trop lisse pour qu’elle songe à l’escalader.

— Comment suis-je arrivée ici ? demanda-t-elle à voix haute. Et où suis-je ?

« La sortie se présentera à toi, mais une seule fois. Sois forte. »

Nynaeve revint de nouveau sur ses pas. Il y avait sûrement un truc pour réussir. Une méthode très simple. Tournant à gauche là où elle avait pris à droite, elle atteignit une nouvelle fourche et choisit la droite. Puis elle continua selon ce modèle : gauche, droite, gauche, droite…

Au début tout se passa à merveille. Après une bonne dizaine de fourches, elle n’avait toujours pas fini dans une impasse.

Alors qu’elle approchait d’une nouvelle fourche, elle capta un mouvement dans son dos, du coin de l’œil. Se retournant, elle ne vit rien dans l’étroit couloir. Alors qu’elle allait tourner à gauche, elle pivota de nouveau sur elle-même. Toujours rien, mais cette fois elle n’avait plus le moindre doute : il y avait quelqu’un derrière elle. Très nerveuse, elle s’engagea dans le nouveau couloir.

Presque à chaque fourche, le phénomène se reproduisit. Elle voyait quelque chose, se retournait trop tard, et choisissait une nouvelle direction en se demandant qui la traquait.

Cette fois, elle se mit à courir. Peu de garçons parvenaient à la battre, quand elle était enfant à Deux-Rivières.

Deux-Rivières ? Qu’est-ce que c’est ?

Un homme jaillit d’une arche, juste devant elle. Ses vêtements noirs élimés et à moitié décomposés, il semblait très âgé. Impossiblement vieux, même. Sa peau plus craquelée que du vieux parchemin était tendue comme s’il n’y avait pas de chair entre elle et les os de son visage de cauchemar. Au-dessus de ses yeux enfoncés dans leurs orbites comme s’ils étaient tombés au fond de puits, quelques touffes de cheveux secs et cassants se dressaient sur son crâne couvert de croûtes.

Nynaeve s’arrêta net, les pavés irréguliers du sol lui blessant la plante des pieds.

— Je me nomme Aginor, dit l’homme, souriant, et c’est pour toi que je suis là.

Le cœur de Nynaeve bondit dans sa poitrine. Un des Rejetés !

— Non, c’est impossible !

— Tu es très jolie, petite… Je vais prendre du bon temps.

Nynaeve se souvint soudain qu’elle était nue comme un ver. Rouge comme une pivoine, et pas seulement de colère, elle fit demi-tour et fonça en direction de la fourche précédente. Un rire grinçant retentit dans son dos, puis des bruits de pas qui semblèrent indiquer que son poursuivant était plus rapide qu’elle.

Aginor marmonnait en courant : la description de ce qu’il lui ferait, s’il la rattrapait. Même si elle entendit seulement la moitié de ces horreurs, la Sage-Dame en eut l’estomac retourné.

Les poings serrés, elle continua à courir, cherchant désespérément la sortie.

« La sortie se présentera à toi, mais une seule fois. Sois forte. »

Rien en vue, à part les interminables couloirs du labyrinthe. Si vite que courût Nynaeve, les obscénités d’Aginor la suivaient. Lentement, sa peur se transforma en colère.

— Que la Lumière le brûle ! Il n’a pas le droit de me faire ça !

En elle, Nynaeve sentit quelque chose s’ouvrir puis s’épanouir, comme une fleur qui s’épanouit sous la caresse de la lumière.

— Tu n’as pas le droit ! cria-t-elle en tendant le bras dans son dos, la main ouverte comme si elle venait de lancer quelque chose.

Elle fut à peine surprise de voir une lance de feu jaillir de sa paume. Le projectile percuta Aginor à la poitrine, l’envoyant bouler sur le sol. Un instant, il y resta, à demi sonné, puis il se redressa sur des jambes tremblantes.

— Tu as osé ? cria-t-il. Tu as osé ?

De la bave coulait de son menton, comme s’il n’était plus qu’un vieillard impuissant.

Des nuages se matérialisèrent brusquement dans le ciel, masse noir et blanc étrangement menaçante. Un éclair jaillit de ce magma, visant le cœur de Nynaeve.

Comme si le temps ralentissait, la Sage-Dame sentit battre son cœur, et elle eut l’impression que cette pulsation durait une éternité. Quelque chose déferla en elle – le saidar, pensa-t-elle très vaguement – et s’opposa à l’énergie qui venait de fuser des nuages. Sans effort, alors que le temps reprenait son cours normal, Nynaeve altéra la trajectoire de l’éclair, qui vint percuter le mur, juste au-dessus de la tête d’Aginor.

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