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Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi

Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:

Hortense est à Londres et c'est toujours hyper compliqué entre elle et Gary.
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
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I’m a good boy et je me tire d’ici.

Je réserve d’un clic une place sur l’avion de demain soir…

Clic, clic. Le vol de dix-neuf heures dix pour New York…

Un solo de batterie et Monsieur Gary Ward montait à bord. Une place en classe économique. Dernière minute, prix bradés, parfait, parfait !

Il écrirait un mail à sa mère… Pour qu’elle ne se fasse pas de souci. Il ne dirait rien à Oliver. Besoin de personne…

Il ne voulait pas savoir comment il s’était retrouvé dans le lit de Shirley…

Tiens, tiens ! se dit-il, je l’ai appelée par son prénom. C’est la première fois. Shirley, Shirley, répéta-t-il. Bonjour, Shirley ! Comment ça va, Shirley ?

Il se déshabilla, prit une douche, enfila un caleçon propre, se fit un café noir, deux toasts bien grillés, des œufs au plat. Quelle aventure ! il se disait en observant le bacon se racornir dans la poêle, on pose un pied en dehors de l’enfance et on est happé par une suite d’événements extraordinaires… C’est à la fois effrayant et excitant. Il y aura des jours avec, et des jours sans, des jours où je me sentirai à ma place et d’autres où je serai bancal, Londres me manquera… Bye bye Shirley ! Bye bye Duncan ! Hello Gary !

Et la trompette de Dusko lui répondit…

Il retourna les tranches de bacon, ajouta un peu de beurre pour qu’elles soient dorées, sortit une bouteille de jus d’orange du frigo, la but au goulot. Vivre ma vie comme je l’entends, ne dépendre que de moi… Il fit claquer la ceinture de son caleçon. Sourit : il bandait…

La nuit avec Hortense avait été somptueuse.

Il fit glisser le bacon et les œufs dans son assiette.

Il emmènerait Hortense avec lui… Elle lui avait dit qu’elle avait des offres de travail là-bas. Elle avait dit aussi Gary, je crois bien que… je crois bien que je t’ai… Je crois bien que quoi ? avait demandé Gary en soupçonnant la suite.

Mais elle ne l’avait pas dit !

Elle s’en était juste rapprochée. Elle faisait des progrès…

Faut dire que c’était sacrément bien, cette nuit-là… Sacrément bien ! Je l’appellerai après avoir vu Mère-Grand.

Il versa du ketchup dans son assiette, engloutit ses œufs, ses toasts. Avala son café noir. Fit une roulade sur le tapis « Hello Sunshine ! » du salon, un tapis ridicule avec un grand soleil jaune sur un fond de ciel étoilé d’astres argentés… Un tapis kitsch qu’il avait trouvé aux Puces de Camden. Hortense le détestait.

Il alla s’asseoir devant son piano, essaya de jouer ce qu’il venait d’entendre. Un solo de piano qui l’avait mis K-O. Caressa les touches ivoire et noires. Il faudrait qu’il se trouve un piano à New York…

Hortense s’était réveillée. Avait lu le mot de Gary. Shirley n’était pas venue la veille chez Harrods. Il avait dû se passer quelque chose d’important pour qu’elle déserte. Quelle soirée ! pensa-t-elle en s’enfouissant dans les oreillers et quel succès ! Elle battit des pieds sous la couette et s’applaudit. Bravo, Hortense, bravo, ma fille ! Et bravo aussi à Nicholas, concéda-t-elle du bout des lèvres.

Nicholas !

Le Burberry de Nicholas vint interrompre ses applaudissements.

Il devait suffoquer de rage.

Il fallait qu’elle file le voir et s’excuse. Elle se mordit les lèvres en cherchant ce qu’elle allait bien pouvoir raconter… Mentir. Je déteste mentir. Mais là… Obligée.

Elle enfila sa robe Alaïa, chercha ses Repetto noires sous le lit, se brossa les cheveux, emprunta la brosse à dents de Gary et se rendit chez Liberty.

Il était assis, raide et froid, derrière son long bureau. Il fit signe à son assistante de sortir. Ne décrocha pas le téléphone qui sonnait et dit :

— Je t’écoute…

— Je n’ai pas pu faire autrement…

— Ah ? dit-il avec une sorte d’ironie moqueuse dans la voix.

— Mon orgelet a éclaté, il s’est mis à couler une sorte de pus jaune qui m’aveuglait, me brûlait, je ne voyais plus rien, j’ai paniqué et j’ai foncé à l’hôpital. J’ai attendu trois heures avant qu’un médecin ne s’intéresse à moi… Il m’a fait une piqûre d’antibiotiques dans les fesses, un truc de fou qui traite les éléphants agonisants, et je suis rentrée chez moi, K-O.

Elle enleva ses lunettes, exhiba son œil gonflé et rouge.

— Humm…, fit Nicholas en se grattant la gorge et en se demandant si elle n’inventait pas cette histoire d’hôpital. Et tu n’as pas pensé à m’appeler…

— J’avais plus de batterie…

Elle lui tendit son portable. Il refusa de vérifier. Elle soupira, soulagée. Il mordait à l’hameçon.

— Et ce matin, j’ai préféré venir que de t’appeler… Je me doutais que tu devais être… un peu énervé.

Elle s’approcha du fauteuil où il était assis, se pencha et murmura :

— Merci, mille fois… Ça a été magnifique ! Et c’est grâce à toi…

Il se dégagea, irrité. Elle se frotta l’œil pour l’attendrir.

— Ne fais pas ça ! cria-t-il. Tu vas te mettre du pus dans l’œil, ça fera un abcès et il faudra t’énucléer ! Dégoûtant !

— Acceptes-tu de dîner, ce soir, avec une fille dégoûtante ? demanda-t-elle en poussant l’avantage.

— Ce soir, je ne suis pas libre…

— Même si je te supplie…

— Je dîne avec Anna Wintour.

— En tête à tête ? demanda Hortense, stupéfaite.

— Non… pas vraiment. Mais elle m’a invité à un grand dîner qu’elle donne au Ritz. Et je compte bien m’y rendre…

— Avec moi.

— Tu n’es pas invitée…

— Mais tu vas dire que je suis ta petite amie. Tu vas me présenter…

— Présenter une fille avec un œil purulent, pas question !

— Je garderai mes lunettes.

Il hésitait. Jouait avec le nœud de sa cravate orange. Inspectait le bombé de ses ongles.

— Dis oui, supplia Hortense. Dis oui et je retourne me faire piquer les fesses à l’hôpital pour avoir un œil présentable…

Nicholas leva les yeux au ciel.

— Hortense… Hortense… Il n’est pas encore né l’homme qui te résistera. Rendez-vous à neuf heures au Ritz. Je t’attendrai dans l’entrée… et fais-toi belle ! Que je n’aie pas honte !

— Comme si je pouvais être autrement !

Elle rentra chez elle en esquissant des pas de danse dans les couloirs du métro. Sur l’air de « poussez-vous, vermicelles, poussez-vous, vermisseaux, laissez-moi passer ». Elle n’avait pas eu à choisir, elle avait tout. Et plus que tout ! Un homme aux yeux gourmands, une carrière qui s’ouvrait devant elle…

Elle considérait les gens avec commisération. Pauvres vous ! Pauvres choses ! Et avec tendresse, bientôt vous n’entendrez parler que de moi, préparez vos oreilles…

Elle faillit aider une vieille dame à traverser la rue et se reprit juste à temps.

Sur le canapé, Jean le Boutonneux somnolait devant la télé.

Elle traversa le salon sur la pointe des pieds.

Alla à la cuisine se faire un thé Detox. Une grande théière pour effacer la fatigue de la veille. Un litre et demi de Detox et je serai belle comme un sou neuf, prête à affronter la grande prêtresse. Comment vais-je m’y prendre ? Va falloir l’impressionner sans la menacer. M’habiller subtil. Me coiffer subtil, me maquiller subtil. Et être unique…

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