Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
— Que je me perde alors ! Que j’aille droit dans la Tamise ! J’ai une furieuse envie de me noyer…
— Mais ce n’est pas grave, Junior ! Ce n’est pas grave, disait Marcel, tentant d’attraper la manche de son fils qui se dégagea d’un geste brusque.
— Pas grave pour toi… Mais moi, je me suis ridiculisé ! Elle ne me regardera plus jamais. J’ai pris dix points de pénalité… Renvoyé à mon statut de Nain !
— Mais non ! Mais non ! assurait Josiane, essoufflée à force de courir derrière son petit.
— Si. Ridiculisé. C’est le mot exact…
— Tu ne vas pas en faire un camembert !
— J’en ferai ce que je voudrais, mais le fait est là : je parlais et personne ne comprenait. Ils disaient what ?, ils disaient pardon ? et j’avais beau dérouler mes plus belles phrases en anglais, ils pigeaient que dalle…
— Ça, c’est français au moins, dit Marcel, ceinturant son fils de ses deux bras puissants.
Junior se laissa aller contre son père et éclata en sanglots.
— À quoi ça sert d’avoir avalé deux méthodes de « comment parler couramment anglais », une de l’œil droit, l’autre de l’œil gauche ? Hein ? À quoi ça sert ? J’ai eu l’air d’un vilain canard tout noir dans une mare de cygnes blancs ! J’ai été ridicule, ridicule…
— Mais non ! T’as pas le bon accent, c’est tout. C’est normal. Les gens dans les livres, ils jactent pas comme les gens dans les rues… Tu verras, après deux jours ici, tu parleras comme un gentleman et on te demandera même si t’es pas de la famille royale…
Ils passèrent devant Gary sans le voir.
Gary sourit et se dit qu’il reviendrait plus tard.
Il regarda l’heure, vingt heures, et appela son copain Charly qui vivait juste derrière le grand magasin, sur Bazil Street.
Charly s’apprêtait à rompre avec sa petite amie, Sheera, et se roulait un joint pour se donner du courage. Gary le regarda faire, amusé. Il avait cessé de fumer des pétards. Ça le rendait terriblement sentimental ; il était capable de chanter de vieilles chansons en mouillant sa manche de larmes, d’évoquer son premier nounours en peluche et son oreille déchirée ou de raconter sa vie au premier passant venu.
Son portable sonna. Il regarda qui l’appelait. Mrs Howell ! C’était son troisième appel. Il ne répondit pas. Il n’avait pas envie de s’expliquer. Okay, ce n’était pas terrible d’être parti sans la prévenir, mais il ne voulait plus entendre parler ni de son père, ni de l’Écosse, ni des Écossais. Je n’ai pas besoin d’un père, j’ai besoin d’un piano, d’Oliver… et bientôt, la Juilliard School à New York ! Avant de partir en Écosse, il avait envoyé son dossier d’admission et attendait de savoir s’il serait pris ou non. Désormais, il regardait en avant. Il changeait de cap. Il avait grandi sans père, il n’était pas le seul. Il continuerait à se passer de lui. Il gardait l’image de son grand-père et s’il avait besoin de parler entre hommes, il s’adresserait à Oliver.
Oliver, il avait hâte de le revoir. Il avait appelé son agent qui lui avait dit qu’il était rentré d’une série de concerts à l’étranger et qu’il pouvait le joindre chez lui. Il lui téléphonerait, mais d’abord, il voulait clore le chapitre écossais en racontant son périple à sa mère. Elle avait dû être blessée qu’il file à Édimbourg comme un voleur. Hum ! Hum ! Gary Ward, tu es en train de devenir grand et tu dois raccommoder ce que tu as cassé. Elle comprendrait. Elle comprenait toujours.
Charly lui tendit son joint noirci et Gary le prit.
— J’essaie encore une fois, dit-il en souriant, mais si je pleure sur ton épaule ensuite, tu me mets dans un taxi et tu m’interdis d’aller chez Harrods…
— Qu’est-ce que tu vas foutre chez Harrods ?
— Retrouver la belle Hortense… On lui a donné deux vitrines à décorer et c’est le soir de sa vie ! Va y avoir toute la presse…
— Hé ! Hé ! Tu risques de tomber sur Charlotte aussi !
— Ah ! C’est vrai… Je l’avais complètement zappée, elle !
Charly était tombé fou amoureux de Charlotte quand Gary la lui avait présentée. Il avait fait des efforts démesurés pour la séduire et avait prévenu Gary en gentleman. Gary ne s’y était pas opposé, sachant que le garçon avait peu de chances. Charlotte détestait les blonds joufflus, elle n’aimait que les grands bruns efflanqués.
Il tira plusieurs fois sur le mégot noirci et se sentit devenir euphorique.
— Ça fait du bien, dis donc ! Ça faisait longtemps…
— Moi, ça me donne du courage… Je dédramatise quand je fume… et j’en ai besoin pour parler à Sheera !
— Elle devrait être sensible au fait que tu rompes en personne. Que tu ne t’en tires pas avec un mail ou un texto… Rien que pour ça, elle devrait rester digne et amicale.
— T’en connais des ruptures, toi, où la plaquée reste digne et amicale ? Moi pas.
Gary s’était mis à rire et ne pouvait plus s’arrêter.
— Dis donc, non seulement je ne pleure pas, mais je me gondole… Elle vient d’où ton herbe ?
— D’un oncle anarchiste qui la cultive en serre… Il la vend. Mais, moi, il me la file gratos… Je suis son neveu préféré.
Gary ferma les yeux et savoura.
Charly mit de la musique. Une vieille chanson de Billie Holiday qui parlait d’amours défuntes et de mélancolie, qui promettait à l’homme qui partait de l’aimer à jamais.
— Arrête ! dit Gary, tu vas jamais avoir le courage de rompre !
— Au contraire, ça me met dans l’ambiance… J’écoute la voix de cette femme qui souffre et je reste intraitable.
Gary éclata de rire et constata à nouveau que fumer le rendait désormais heureux et gai.
Il se leva et prit congé de Charly en criant : « À nous deux, Harrods ! »
Quand il arriva, la fête était finie. Les extras débarrassaient les tables, rangeaient les chaises, jetaient les bouquets de fleurs. Les invités étaient partis. Il ne restait plus qu’Hortense qui, fourbue, la tête entre les jambes, était assise à même le sol. Il aperçut d’abord une paire de Repetto noires, de longues jambes, puis une robe fourreau noire Azzedine Alaïa et une grosse écharpe en soie noire et blanche.
Il s’approcha sans faire de bruit, grogna hello, beauty !
Elle leva la tête, l’aperçut, eut un sourire un peu las et dit :
— Tu es venu !
— Yeah ! Je voulais voir la tête de mes rivales… Mais pourquoi tu portes des lunettes noires ? T’as pleuré ? Ça s’est mal passé ?
— Non… Au contraire. Succès sur toute la ligne… Mais j’ai un orgelet purulent à l’œil droit. Ce doit être la fatigue ou Jean le Boutonneux qui m’a collé un virus, furieux de ne pas avoir été invité !
— C’est qui, celui-là ?
— Un handicapé et notre nouveau coloc…
Gary montra du doigt les vitrines illuminées dans la nuit et dit :
— Alors… C’est à cause de ces deux-là que tu m’as quitté !
— Tu les trouves comment ? demanda Hortense, anxieuse.
Gary fit le tour des vitrines des yeux, s’attarda sur chaque silhouette, chaque détail et hocha la tête, admiratif.
— Formidable ! C’est exactement ce que tu avais en tête à Paris, tu te souviens…
— Tu le penses vraiment ?
— Pourquoi ? Tu doutes ? Ce serait bien la première fois !
— Je suis contente… j’avais tellement envie que tu viennes !
— Et je suis venu…
— Junior est venu aussi. Il parle anglais comme un vieux duc poudré ! Marcel a pris plein de photos et m’a félicitée à m’en casser les oreilles. Il m’a dit que si je voulais, il lançait une ligne de fringues Casamia dont je m’occuperais…