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Le grand livre [Doomsday Book - fr]

Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:

Quoi de plus naturel, au XXIe siècle, que d’utiliser des transmetteurs temporels pour envoyer des historiens vérifier sur place l’idée qu’ils se font du passé ?
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
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— Il a été profondément abattu après le décès de Mary, mais il va beaucoup mieux depuis que vous êtes sur la voie de la guérison.

— Je voulais vous remercier du soutien que vous lui avez apporté. Il m’a dit que vous vous étiez chargé de tout, pour les funérailles.

— C’était la moindre des choses. Il n’a plus aucun parent, ici. Je pensais que sa mère viendrait pour l’enterrement, d’autant plus que tout danger avait alors disparu, mais elle m’a rétorqué que je la prenais de court. Elle a fait livrer des fleurs. La messe a été dite à la chapelle de Balliol… Oh, à propos de notre chapelle, j’ai autorisé les responsables de la Sainte Église Re-Formée à y organiser un concert, le quinze. Le M.S. a reconverti leurs locaux en centre de vaccination. Les Américaines vont interpréter « Quand arriva enfin mon Sauveur » de Rimbaud. J’espère que ça ne vous ennuie pas ?

— Pas le moins du monde, affirma Dunworthy.

Il se demanda si elles avaient sonné les cloches, pour l’enterrement de Mary.

— Je constate que vous avez réalisé du bon travail, pendant mon absence.

— Je fais de mon mieux, monsieur. Ce n’est pas chose aisée, avec Mme Meager. Mais je ne voudrais pas troubler votre repos. Puis-je quelque chose pour vous ?

Il se leva.

— Non, il n’existe rien que vous pourriez tenter.

Finch se dirigea vers la porte, s’arrêta.

— Je vous présente mes condoléances, monsieur Dunworthy, dit-il avec gêne. Je sais que vous étiez très proche du docteur Ahrens.

Proche ! pensa-t-il après le départ de son secrétaire. Il s’imagina Mary qui se penchait vers lui pour lui faire avaler une thermosonde tout en surveillant les moniteurs avec inquiétude. Il essaya de se représenter Colin debout à côté de son lit pour lui annoncer : « Grand-tante Mary est morte. Morte. Vous m’entendez ? » Mais il n’en gardait aucun souvenir.

La sœur entra et suspendit à la potence une autre perfusion soporifique. À son réveil, il se sentait en bien meilleure forme.

— Le renforcement de vos cellules T commence à faire effet, lui déclara l’infirmière de William. Nous l’avons constaté sur bon nombre de patients. Dans certains cas, le rétablissement est miraculeux.

Elle le fit marcher jusqu’aux toilettes et, après le déjeuner, dans le couloir.

— Vous devez aller le plus loin possible, dit-elle en s’agenouillant pour lui mettre ses pantoufles.

Je n’irai nulle part, pensa-t-il. Gilchrist a coupé le transmetteur.

Elle suspendit la poche du goutte-à-goutte à son épaule, inséra dans le circuit une pompe miniature et l’aida à enfiler sa robe de chambre.

— Ne vous inquiétez pas si vous vous sentez déprimé, ajouta-t-elle. C’est tout à fait normal, après une grippe. Le moral reviendra dès que votre métabolisme se sera rééquilibré.

Elle le fit sortir dans le couloir.

— Si vous souhaitez rendre visite à vos connaissances, il y a deux patients de Balliol dans la salle du fond. Mme Piantini occupe le quatrième lit. Elle aurait grand besoin qu’on lui change les idées.

— Est-ce que M. Latimer… Est-il toujours parmi nous ?

— Oui, fit-elle. Deux portes plus loin.

Mais le ton de sa voix indiquait qu’il ne s’était pas remis de son attaque.

Dunworthy se dirigea en traînant les pieds jusqu’à sa chambre. Il n’avait pu passer le voir avant de tomber à son tour malade pour la simple raison qu’il attendait l’appel d’Andrews, puis parce que les T.P. manquaient. En outre, Mary disait que Latimer avait perdu l’usage de son esprit autant que de ses membres.

Il poussa la porte. L’homme était allongé sur le dos, avec le bras gauche plié pour faciliter les opérations de branchement. Des tubes sortaient de ses narines et de sa bouche, et des fibres optiques reliaient son crâne et sa poitrine à des moniteurs installés au-dessus du lit. Ces appareils plongeaient son visage dans leur ombre, ce qui ne semblait pas l’incommoder.

— Latimer ? fit-il en approchant.

Le malade n’eut aucune réaction. Il ne cilla pas, son expression resta inchangée, lointaine.

— Monsieur Latimer, fit-il d’une voix plus forte en regardant les écrans.

Pas la moindre modification.

Il est coupé du monde extérieur, pensa Dunworthy qui dut prendre appui sur le dossier d’une chaise.

— Vous ignorez ce qui s’est passé, pas vrai ? Mary est décédée. Kivrin est en 1348 et vous ne savez même pas que Gilchrist a arrêté le transmetteur.

Sur les moniteurs les lignes étaient régulières, indifférentes.

— Vous l’avez envoyée affronter la peste noire, cria-t-il. Et ça ne vous fait ni chaud ni froid…

Il s’interrompit et s’affala sur le siège.

« Je vous ai dit que grand-tante Mary était morte », avait déclaré Colin. Mais il n’avait pas réagi, lui non plus.

Colin ne me le pardonnera jamais, pensa-t-il. Pas plus qu’il ne pardonnera à sa mère de ne pas être venue à l’enterrement. Qu’a-t-elle dit à Finch, déjà ? Qu’il la prenait au dépourvu ? Il pensa à Colin, seul aux funérailles, à la merci de Mme Meager et des carillonneuses.

« Ma mère n’a pas pu se libérer », avait-il déclaré, sans le croire pour autant. Il était conscient qu’elle aurait pu venir, si elle l’avait vraiment désiré.

Non, il ne m’accordera jamais son pardon. Et Kivrin non plus. Elle est plus âgée que lui et me trouvera des circonstances atténuantes, mais au fond de son cœur, face à Dieu sait quels brigands et quelles maladies épouvantables, elle se dira que j’aurais pu la secourir. Si je l’avais vraiment désiré.

Il se leva avec difficulté et retourna dans le couloir. Une civière inoccupée avait été remisée contre la paroi. Il s’y soutint un moment.

Mme Meager sortit de la salle du fond.

— Monsieur Dunworthy ! J’allais justement vous voir, fit-elle en ouvrant sa bible. Vous a-t-on permis de vous lever ?

— Oui.

— Éh bien, je suis heureuse de constater que vous pourrez sous peu reprendre vos fonctions. L’anarchie règne à Balliol, depuis votre départ.

— Tiens donc ?

— Vous devez intervenir auprès de M. Finch. Il autorise les Américaines à répéter à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, et quand je m’en suis plainte il a été d’une grossièreté sans bornes. En outre, il charge mon Willy de seconder des infirmières. Imaginez un peu ! Alors que mon fils a une constitution si fragile. Qu’il n’ait pas été contaminé est un véritable miracle.

C’était absolument exact, compte tenu du grand nombre de jeunes femmes certainement contagieuses qu’il avait embrassées. Dunworthy se demanda ce qu’en auraient pensé les spécialistes des Probabilités.

— Je m’y suis opposée, naturellement. « Je vous interdis de mettre la santé de mon Willy en péril de façon aussi irresponsable, ai-je dit à M. Finch. Je ne resterai pas les bras croisés pendant que mon enfant est en danger mortel ! »

Danger mortel !

— Je dois aller voir Mme Piantini, déclara-t-il.

— Vous feriez mieux de retourner vous coucher. Vous avez une mine de déterré.

Elle agita la Bible sous son nez.

— Ce qui se passe dans cet hôpital est scandaleux ! Il est inconcevable qu’on permette aux patients de baguenauder ainsi. Vous allez faire une rechute et mourir, et vous ne pourrez ensuite adresser de reproches qu’à vous-même.

Il poussa la porte et entra dans la salle.

Il s’attendait à la voir presque déserte, mais tous les lits étaient encore occupés. La plupart des malades étaient assis pour lire ou regarder des miniscopes. Un homme en fauteuil roulant était tourné vers la fenêtre et observait la pluie.

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