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La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]

Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:

Pendant plus de sept cent mille ans, le Peuple avait vécu dans une caverne profonde, un Nid. Au dehors, la Terre avait été bombardée tout ce temps par une pluie de comètes et d’astéroïdes : un phénomène qui se reproduit sur Terre tous les vingt-six millions d’années et qui est responsable de l’extermination en masse d’espèces, comme jadis les dinosaures.
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
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Les hjjk commencèrent à descendre le versant escarpé aux roches déchiquetées. Il les attendit sereinement en admirant l’agilité avec laquelle ils se mouvaient et la manière dont l’éclat de la grande étoile bleue – c’était la lune, il venait seulement de le comprendre – se reflétait sur leur longue carapace jaune et noir. Ils étaient cinq, six, sept, qui descendaient la pente avec agilité. Dire qu’il n’avait plus vu un seul hjjk depuis son enfance. Les hjjk n’avaient toujours été pour lui que des êtres hideux et redoutables, mais il percevait maintenant l’étrange beauté de leur corps mince et fuselé.

Le xlendi demeurait rigoureusement immobile, comme plongé dans un rêve de xlendi. L’un des hjjk effleura d’un bras velu sa longue mâchoire et l’animal se mit aussitôt en route en obliquant. Il se dirigea vers le versant escarpé dans lequel s’ouvrait une caverne obscure, une simple crevasse que Hresh n’avait pas remarquée et qui s’enfonçait à l’intérieur de la roche. Il distinguait au fond le ciel étoilé et il entendait derrière lui le grondement affaibli du cours d’eau tandis que le xlendi continuait d’avancer d’un pas égal.

Au bout d’un moment, ils débouchèrent sur une corniche, de l’autre côté de la colline. Sur la droite de Hresh, le cours d’eau devenu torrent écumeux s’engouffrait dans la fissure du fond de la vallée et se précipitait dans le vide en gerbes furieuses qui retombaient beaucoup plus bas dans un bassin mousseux. Sur sa gauche, un sentier sinueux menait au pied de l’escarpement où s’ouvrait une vaste plaine dans laquelle la pénombre l’empêchait de distinguer quoi que ce fût.

— La Reine t’attend, dit la voix sèche d’un hjjk dans le langage de l’esprit.

Et la voiture commença sa descente vers le mystérieux royaume qui s’étendait en contrebas.

9

Vers le Nid des Nids

Pendant toute la semaine, des messages de plus en plus urgents, relayés par les stations du nord et du sud, étaient parvenus à Salaman avec une intensité croissante.

Thu-kimnibol avançait à la tête de l’immense armée de Dawinno. Il n’était plus qu’à quelques jours de marche de Yissou, peut-être moins. Chacun des agents échelonnés sur le trajet avait souligné la terreur qu’inspirait la taille de l’armée d’invasion. Thu-kimnibol avait-il donc emmené tous les habitants de Dawinno en âge de combattre ? C’est un peu l’impression qu’avait Salaman.

Sur le front septentrional, l’armée du roi, composée de quatre cents hommes, s’était enfoncée en territoire hjjk, en suivant l’itinéraire de la petite colonie de Consentants.

Nous les avons trouvés, lui annonça enfin un message. Ils sont tous morts.

Puis un autre :

Nous devons repousser un assaut des hjjk.

Et un troisième :

Ils sont trop nombreux pour nous.

Et ce fut le silence.

— C’est la deuxième fois que le peuple des insectes attaque les nôtres sans provocation de notre part, déclara Salaman du haut de son pavillon en s’adressant à la multitude de ses concitoyens rassemblés sur la grande esplanade qui s’étendait au pied de la gigantesque muraille. Ils avaient exterminé les colons innocents que Zechtior Lukin avait guidés au cœur d’un territoire inoccupé. Et ils viennent de massacrer l’armée que nous avons envoyée pour porter secours à Zechtior Lukin et à ses fidèles. Nous n’avons plus le choix maintenant !

Un cri jaillit de mille poitrines.

— La guerre ! La guerre !

— Oui ! rugit Salaman. C’est la guerre ! La guerre totale menée par le Peuple tout entier contre cet ennemi implacable. Les hjjk menacent l’existence de notre cité depuis ses premiers jours. Mais maintenant, avec l’aide de nos alliés de Dawinno, nous mettrons leur propre territoire à feu et à sang, nous ferons d’eux de la chair à pâté, nous tirerons leur ignoble Reine à la lumière du jour et nous mettrons enfin un terme à Son abominable existence !

— La guerre ! hurla le peuple. La guerre !

L’après-midi du même jour, Salaman, qui avait regagné le palais royal, était assis sur le Trône de Harruel quand son fils Biterulve vint le voir.

— Père, je veux partir avec l’armée lorsqu’elle fera route vers le pays hjjk. Je t’en demande la permission, comme un fils doit le faire, mais je t’implore de ne pas me la refuser.

Salaman eut l’impression qu’une main lui étreignait violemment la poitrine. Jamais il ne se serait attendu à cela.

— Toi ? dit-il en considérant avec stupéfaction le pâle et frêle jeune homme. Que sais-tu de la guerre, Biterulve ?

— C’est ce que je craignais que tu ne me demandes. Tu sais que je fais depuis longtemps hors de la cité de longues promenades à dos de xlendi avec mes frères. Eh bien, ils m’ont également appris à me battre. Ne m’empêche pas de prendre part à cette guerre, père.

— Mais les dangers…

— Veux-tu faire de moi une femme, père ? Pire encore qu’une femme, car certaines seront recrutées dans nos unités. Devrai-je rester ici, avec les enfants et les vieillards ?

— Tu n’es pas un guerrier, Biterulve.

— Si, père.

L’insistance tranquille du jeune homme révélait une force de volonté que Salaman ne lui avait jamais connue. Il vit la colère flamboyer dans les yeux de son fils, il vit son amour-propre blessé. Et le roi se rendit compte que le doux jeune homme studieux l’avait mis dans une situation intenable. S’il refusait sa permission à Biterulve, il le dépouillait à jamais de ses privilèges princiers, ce qu’il ne pourrait pas lui pardonner. Mais s’il le laissait partir, son fils pouvait être victime de la lance d’un hjjk, ce que Salaman se refusait à envisager.

C’était impossible. Impossible.

Le roi sentit la colère monter en lui. Comment son fils osait-il lui demander de prendre une décision de ce genre ? Mais il parvint à se contenir.

Biterulve attendait, avec confiance, sans manifester la moindre crainte.

Il ne me laisse pas le choix, songea amèrement Salaman.

— Je n’aurais jamais imaginé que tu puisses avoir le goût de te battre, mon garçon, dit-il enfin en étouffant un soupir. Mais je vois que je me suis trompé sur ton compte. Très bien. Prépare-toi à partir en campagne, si tu ne peux pas faire autrement.

Il tourna la tête et lui signifia d’un geste brusque qu’il pouvait se retirer.

Le visage illuminé par un sourire radieux, Biterulve battit des mains et quitta la salle en courant.

— Allez chercher Athimin, ordonna le roi à l’un de ses gardes.

Quand le prince fut arrivé, Salaman s’adressa à lui d’un ton dur.

— Biterulve vient de me faire part de son désir de partir avec nous pour la guerre.

— Je suppose que tu vas l’en empêcher, père, dit Athimin en écarquillant les yeux.

— Non, il partira avec ma permission. Il m’a dit que je ferais une femme de lui en l’obligeant à rester à Yissou. Soit, il partira. Mais je veux que tu le protèges, que tu sois son ange gardien. S’il perd un seul doigt, je ferai trancher trois des tiens. C’est compris, Athimin ? J’aime tous mes fils autant que moi, mais je tiens à Biterulve comme à la prunelle de mes yeux. Reste à ses côtés sur le champ de bataille. Constamment.

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