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La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]

Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:

Pendant plus de sept cent mille ans, le Peuple avait vécu dans une caverne profonde, un Nid. Au dehors, la Terre avait été bombardée tout ce temps par une pluie de comètes et d’astéroïdes : un phénomène qui se reproduit sur Terre tous les vingt-six millions d’années et qui est responsable de l’extermination en masse d’espèces, comme jadis les dinosaures.
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
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C’est de la pure folie, songea Hresh.

Les hjjk redoutent le changement parce qu’ils ont déchu de leur grandeur et ils craignent une déchéance encore pire. Mais le changement vient toujours. C’est précisément parce que la Grande Planète avait si bien réussi à se protéger du changement que les dieux lui ont envoyé les étoiles de mort. La Grande Planète avait atteint une sorte de perfection et la perfection est une chose que les dieux ne peuvent supporter.

Ce que les hjjk qui avaient survécu au cataclysme du Long Hiver refusaient de comprendre, c’est que Dawinno s’imposerait inéluctablement à eux, qu’ils le veuillent ou non. Le Transformateur imposait toujours sa volonté. Aucun être vivant n’était exempt de changement, aussi profondément qu’il essayât de se cacher sous terre, aussi farouchement qu’il se raccrochât à ses rites. Il fallait respecter les hjjk pour avoir réussi à préserver contre vents et marées leur mode de vie séculaire. Il était figé et donc voué à disparaître, mais, à sa manière, il était d’une perfection absolue.

Fonder une autre forme de société statique n’était pas la solution. Pour la première fois depuis très longtemps, Hresh entrevit un espoir pour son peuple changeant, turbulent et fantasque. En fin de compte, se dit-il, la planète nous appartiendra peut-être quand même. Simplement parce que nous sommes d’un tempérament inégal.

Il n’avait pas la moindre idée du temps qui avait pu s’écouler. Une heure, une journée, pourquoi pas un an ? Il savait seulement qu’il s’était abîmé dans la plus singulière des rêveries. Un silence profond régnait dans la chambre royale. Les serviteurs de la Reine l’entouraient, immobiles comme des statues.

Hresh entendit encore une fois la grosse voix résonnante de la Reine qui se répercutait dans son esprit.

— Y a-t-il autre chose que tu désires savoir, enfant aux questions ?

— Non, rien. Rien. Je Vous remercie, grande Reine, d’avoir accepté de partager avec moi Votre sagesse.

À grands coups nerveux du fer de sa lance, Salaman traça un plan sur la terre sombre et meuble.

— Voici la Cité de Yissou – un petit cercle fermé, imprenable – et voilà l’endroit où nous sommes, à trois jours de marche, au nord-est. C’est là que le sol commence à s’élever, la longue chaîne boisée qui s’étire jusqu’à Vengiboneeza. Tu t’en souviens, Thu-kimnibol ? Nous sommes venus ensemble jusque-là, à dos de xlendi.

Thu-kimnibol, le regard fixé sur le plan grossier, acquiesça d’un grognement.

— Et maintenant, poursuivit Salaman en traçant un triangle sur la droite, voici Vengiboneeza, la cité infestée de hjjk. À cet endroit – il planta violemment sa lance dans le sol – se trouve un Nid secondaire, celui où vivent les hjjk qui ont massacré nos Consentants. Là, là et là – trois autres furieux coups de lance – il y a d’autres petits Nids. Puis, à moins que nous ne nous trompions grossièrement, s’étend une immensité vide au-delà de laquelle – il s’écarta de cinq pas et creusa une petite cuvette aux bords irréguliers – se trouve notre objectif, le Nid des Nids.

Il se retourna et leva la tête vers Thu-kimnibol qui, ce matin-là, lui semblait gigantesque, grand comme une montagne, deux fois plus que d’habitude, lui qui, d’ordinaire, tenait déjà du géant.

Son espion Gardinak Cheysz avait confirmé au roi la veille au soir ce qu’il soupçonnait déjà : les liens qui unissaient Thu-kimnibol et sa nièce dépassaient la simple amitié et ils étaient partenaires d’accouplement. Peut-être même partenaires de couplage. Était-ce récent ? Apparemment, s’il fallait en croire Gardinak Cheysz, qui n’avait jamais eu vent de la moindre rumeur d’une liaison entre eux deux.

Il fallait donc abandonner tout espoir d’unir Thu-kimnibol à Weiawala. Dommage ! Une alliance entre Thu-kimnibol et la maison royale de Yissou aurait pu être fort utile. La liaison surprenante qu’il entretenait avec la fille de Taniane rendait d’autant plus probable sa prise de pouvoir dans la Cité de Dawinno après le départ de Taniane. Un roi à la place d’un chef, à Dawinno ? Salaman se demanda ce que cela changerait pour lui-même et pour sa cité. Ce serait peut-être mieux, mais rien n’était moins sûr.

— Quel est ton plan maintenant ? demanda Thu-kimnibol.

— Notre problème immédiat, répondit Salaman en tapotant le sol de sa lance, c’est Vengiboneeza. Yissou seul peut savoir combien il y a de hjjk là-bas, mais ils sont certainement au moins un million. Il nous faut tous les neutraliser avant de continuer à faire route vers le nord, sinon nos arrières seront menacés par cette forteresse grouillante d’insectes.

— D’accord.

— Que sais-tu de la topographie de Vengiboneeza ?

— Rien. La cité m’est inconnue.

— Il y a des montagnes au nord et à l’est. Une baie à l’ouest. La cité se trouve au milieu, protégée par une muraille. Ici, nous avons une jungle dense. Nous l’avons traversée pendant notre migration du cocon, mais tu n’étais pas encore né. La cité est difficile à prendre d’assaut, mais nous pouvons réussir. Je propose une attaque en tenaille, en utilisant les armes de la Grande Planète que tu as apportées. Tu arriveras par le front de mer avec la Boucle et le Trait de feu pour opérer une diversion. Pendant ce temps, je descendrai des collines avec le Mange-Terre et le bulbe à bulles, et je détruirai la cité de fond en comble. Si nous frappons vite et bien, ils n’auront pas le temps de se rendre compte de ce qui leur arrive. Qu’en dis-tu ?

Avant même que Thu-kimnibol ouvre la bouche, Salaman pressentit des complications.

— C’est un bon plan, dit lentement le prince. Mais les armes de la Grande Planète doivent rester en ma possession.

— Quoi ?

— Je ne peux pas les partager avec toi. On me les a prêtées et j’en ai la responsabilité. Je ne peux les remettre à personne d’autre, même à toi, mon ami.

Salaman sentit une flambée de rage monter en lui et il eut l’impression qu’un torrent de lave en fusion courait dans ses veines. Des cercles de feu lui enserraient le front. Il fut pris d’une violente envie de lever sa lance et de la plonger dans le ventre de Thu-kimnibol, sans se soucier des conséquences, et il se contint à grand-peine.

— Je ne te cache pas que je suis profondément étonné, mon cousin, dit-il en tremblant de l’effort qu’il faisait pour paraître calme.

— Vraiment ? J’en suis tout à fait navré, mon cousin.

— Nous sommes alliés. Je croyais que nous allions partager les armes.

— Je comprends. Mais je suis obligé de les protéger.

— Tu sais bien que je prendrais le plus grand soin d’elles.

— Je n’en doute pas, dit doucement Thu-kimnibol. Mais, si jamais on te les dérobait, si, par exemple, les hjjk de Vengiboneeza t’attiraient dans une embuscade et s’emparaient des armes… Tu imagines la honte, les reproches, tout ce qu’on me ferait subir pour m’en être dessaisi. Non, mon cher cousin, c’est impossible. À toi d’opérer la diversion par le bord de mer et nous, nous détruirons Vengiboneeza en attaquant par les hauteurs. Puis, unis par la fraternité d’armes, nous ferons route ensemble vers le Nid.

Salaman s’humecta les lèvres en s’efforçant de conserver son calme.

— Comme tu voudras, mon cousin, dit-il enfin. Nous avancerons sur la cité en suivant le littoral et tu attaqueras par les collines, avec tes armes. Tiens, tope là !

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