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La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]

Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:

Pendant plus de sept cent mille ans, le Peuple avait vécu dans une caverne profonde, un Nid. Au dehors, la Terre avait été bombardée tout ce temps par une pluie de comètes et d’astéroïdes : un phénomène qui se reproduit sur Terre tous les vingt-six millions d’années et qui est responsable de l’extermination en masse d’espèces, comme jadis les dinosaures.
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
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Les Ouvriers, une caste parallèle de mâles stériles, étaient chargés de la construction et de l’expansion du Nid ainsi que de l’entretien des systèmes compliqués de ventilation et de chauffage qui le rendaient habitable. Ils étaient petits et corpulents, dépourvus de la grâce inquiétante qui caractérisait les Militaires à la silhouette élancée.

Puis venait la classe des reproducteurs : les faiseurs d’Œufs et les donneurs de Vie, encore plus petits et trapus que les Ouvriers, avec des membres courts et une tête arrondie. Quand ils atteignaient la maturité, ils étaient conduits devant la Reine qui les rendait féconds en les pénétrant et en les emplissant d’une substance qu’elle sécrétait. C’est ce que les hjjk appelaient le contact de la Reine. Ensuite, les donneurs de Vie et les faiseurs d’Œufs s’accouplaient et produisaient des œufs d’où sortaient de petites larves pâles. Une autre caste, celle des donneurs d’Aliments, élevait et nourrissait les larves dans des cavernes écartées. Il leur incombait de déterminer, conformément aux ordres de la Reine, à quelle caste appartiendraient les nouveaux hjjk, et de les modeler en diversifiant la nourriture. Le nombre des membres de chaque caste ne changeait jamais. Quand un hjjk, qu’il soit Militaire ou Ouvrier, faiseur d’Œufs ou donneur de Vie, touchait au terme convenu de son existence, son remplaçant était déjà élevé dans les cavernes des donneurs d’Aliments.

Hresh apprit tout cela grâce aux membres d’une autre caste, des hjjk avec qui il se sentait uni par de profondes affinités : les penseurs du Nid, les philosophes et instructeurs du peuple des insectes.

Il n’aurait su dire s’ils étaient mâles ou femelles. Ils avaient la haute taille des Militaires, ce qui semblait indiquer qu’il s’agissait de femelles, mais ils avaient aussi la charpente massive des Ouvriers et, comme ceux des mâles, les différents segments de leur corps étaient séparés par des rétrécissements à peine marqués. En tout état de cause, ils étaient totalement indifférents aux questions d’ordre sexuel. Ils passaient toute la journée enfermés dans des alvéoles obscures où ils dispensaient leurs enseignements aux jeunes. Hresh, lui aussi, allait les voir et il écoutait gravement tandis qu’ils lui expliquaient le fonctionnement du Nid. Il ne savait jamais s’il s’entretenait avec le même penseur du Nid ou avec un autre. Ils semblaient impossibles à différencier. Au bout d’un certain temps, il prit l’habitude de les considérer comme un seul et unique individu : le penseur du Nid.

C’est le penseur du Nid qui lui dévoila les mystères du Nid et qui lui montra comment tous les aspects de la vie du Nid étaient parfaitement coordonnés entre eux, le penseur du Nid qui lui révéla la vérité du Nid, qui lui enseigna les subtilités du plan de l’Œuf et de l’amour de la Reine, qui lui offrit le réconfort du lien du Nid.

Et c’est enfin le penseur du Nid qui le conduisit auprès de la Reine.

C’était le plus grand de tous les mystères : le monarque géant et immobile de la cité, cloîtré dans sa chambre souterraine, loin au-dessous des autres niveaux, gardé par la caste d’élite des serviteurs de la Reine, des guerriers d’une taille immense et d’un courage à toute épreuve, qui formaient un rempart impénétrable autour de Son lieu de repos.

— La Reine ne peut pas mourir, dit le penseur du Nid à Hresh. Elle est née quand le monde était encore jeune et elle vivra jusqu’à la fin des temps.

Était-il censé prendre cela au pied de la lettre ? La durée de la vie de la Reine était assurément très longue et peut-être vivait-elle si longtemps qu’elle semblait immortelle aux autres. Mais de là à être véritablement immortelle…

Hresh n’avait aucune notion du temps qu’il avait déjà passé dans le Nid quand on le conduisit auprès de la Reine. Le temps n’avait guère de signification chez les hjjk et il lui arrivait souvent de s’abîmer pendant des journées entières dans la contemplation. Il était devenu autre et s’abandonnait à un étrange sentiment de paix. Toutes les tempêtes du monde de l’extérieur, l’agitation et les bouleversements de la Cité de Dawinno lui semblaient maintenant être les souvenirs sans consistance d’une autre vie. Et le jour arriva enfin où le penseur du Nid lui annonça :

— Vous allez être reçu par la Reine aujourd’hui. Suivez-moi.

Ils descendirent ensemble une étroite rampe en spirale dont le sol de terre battue était comme poli par le passage de plusieurs générations de hjjk. Hresh se demanda si, parmi les pieds qui avaient foulé ce sol dur, certains avaient la même forme que les siens. Il en doutait. Très vraisemblablement, seules des griffes dures de hjjk avaient suivi ce trajet.

Ils continuèrent d’avancer et la descente paraissait ne jamais devoir se terminer. La rampe qui s’enfonçait toujours plus dans le sol semblait être une foreuse remontant dans les profondeurs du temps. Des odeurs piquantes et inconnues flottaient jusqu’aux narines de Hresh et le seul éclairage était fourni par les palpitations d’une lumière diffuse.

Plus ils s’enfonçaient dans le sol, plus l’allure s’accélérait. Les longues jambes du penseur du Nid imposaient une cadence infernale. Hresh en avait presque la tête qui tournait, mais une force inconnue soutenait son âme, qui provenait peut-être du penseur du Nid, ou peut-être de la Reine Elle-même.

Et ils atteignirent enfin le Saint des Saints.

C’était une longue salle ovale, au plafond haut et cintré. À la place des poutres, la voûte était constituée de plaques hexagonales si soigneusement ajustées qu’elles semblaient invulnérables aux plus violentes secousses telluriques. À une des extrémités de la chambre, celle par laquelle Hresh et le penseur du Nid venaient d’entrer, se trouvait une plate-forme supportant les serviteurs de la Reine, en rangs serrés, leurs armes pointées vos l’entrée. La Reine remplissait le reste de la salle souterraine, occupant tout l’espace d’une paroi à l’autre.

La Reine était une gigantesque masse tubulaire de chair molle et rose, qui n’avait rigoureusement rien de hjjk dans son apparence, dépourvue d’yeux, de bec, de membres, de toute caractéristique physique. Mais Hresh se sentait en présence d’un être extraordinaire, doté d’une telle puissance, d’une telle force qu’il eut toutes les peines du monde à ne pas se laisser tomber à genoux devant Elle.

Et pourtant il savait que ce n’était qu’une Reine subalterne, une subordonnée de la grande Reine des Reines.

Le seul bruit qu’il percevait dans la salle était celui de sa propre respiration. Il ramena les mains contre ses côtes et les enfonça dans sa fourrure pour les empêcher de trembler. Des serviteurs de la Reine l’entourèrent en le serrant de près. Il sentait leurs carapaces rigides et les poils durs de leurs membres. La pointe de leurs armes s’enfonçait dans sa chair. Au premier mouvement un peu trop brusque, les lames le transperceraient.

Une voix semblable à quelque glas lugubre retentit dans son esprit.

— As-tu apporté l’amplificateur de contact ?

Hresh comprit que la Reine parlait du Barak Dayir.

— Oui.

— Utilise-le.

Il sortit la Pierre des Miracles de sa bourse. Elle brûlait dans sa main. Un frisson de peur secoua tout son corps, mais il fut aussitôt neutralisé par une douce sensation de chaleur qui semblait émaner de la Reine.

Hresh respira profondément et il enroula son organe sensoriel autour du talisman.

Il perçoit aussitôt un coup de tonnerre terrifiant, ou peut-être est-ce le bruit du monde s’arrachant de ses gonds. Son esprit s’élance au-dessus d’un abîme. Comme s’il s’était dissous, comme s’il se laissait emporter par le vent. Il lui est impossible de comprendre où il est, ni ce qui lui arrive. Il a seulement conscience d’une immensité contenant une immensité et, au plus profond d’elle, d’un noyau incandescent brûlant avec l’ardeur de dix mille soleils.

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