Dominium Mundi. Livre I
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-10-90648-12-8
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:
Une voix annonça sur les haut-parleurs la fin des épreuves pour la Classe 3 et le début de celles pour la Classe 4. On fit entrer les prétendants dans le dôme et ils furent présentés à l’Aréopage. Ce jury, constitué de vieux guerriers expérimentés, en armures d’apparat, épées anciennes à la ceinture, devait juger de la valeur des combattants qui revendiquaient le titre de Méta-guerrier. Ils resteraient debout tout le temps que durerait l’Épreuve, observant la scène du sommet de la plus haute colline qui, en souvenir de l’antique rituel militaire, avait été symboliquement dédiée à Arès.
Les deux prétendants s’avancèrent et s’inclinèrent avec respect. Il y avait un homme, Grégoire de Saint-Laurent, que Tancrède connaissait un peu, et Clorinde. Les exosquelettes qu’ils portaient étaient des Weiner-Nikov, nec plus ultra de l’industrie militaire chrétienne. Ces armures intégrales donnaient aux combattants des allures de véritables machines de guerre. De couleur gris-beige, une grande croix rouge s’étalait sur le torse, à côté des armoiries du soldat s’il était assez noble pour en détenir. Celles de Saint-Laurent se composaient d’une simple tour noire sur fond de rayures rouge et orange et celles de Clorinde représentaient deux panthères cabrées sous un palmier. Les Weiner-Nikov possédaient d’innombrables capacités. Les plus évidentes étaient l’assistance aux mouvements – grâce à ses articulations motorisées qui permettaient de décupler les capacités physiques humaines – ainsi que la haute résistance aux agressions extérieures apportée par son blindage de carbone-semtac. Par ailleurs, l’électronique embarquée pouvait rivaliser avec n’importe quel QG mobile de campagne en matière de détection, de communication ou de projection tactique.
La seule chose qu’on ne pouvait pas faire avec un Weiner-Nikov était, disait-on, d’aller dans l’espace, et encore, personne n’avait jamais essayé.
Pour le moment, le public pouvait voir le visage des compétiteurs puisque, par respect pour l’Aréopage, ils avaient laissé leurs casques rétractés dans le col de leurs armures. Tancrède put ainsi remarquer que, bien qu’elle parût calme et concentrée, une certaine anxiété se lisait sur le beau visage de Clorinde.
Ce n’est pas plus mal, pensa-t-il, une dose raisonnable d’appréhension permet de rester sur ses gardes.
Il se rappela que lui-même, lors de son Épreuve, avait été si terrifié à l’idée d’échouer qu’il en avait rendu son repas juste avant d’entrer en piste. Il faut dire qu’un soldat n’avait le droit de prétendre au titre Méta qu’une seule fois dans sa vie, ce qui ne manquait pas d’exercer une certaine pression mentale sur les prétendants.
L’Aréopage procéda au tirage au sort et ce fut à Grégoire de Saint-Laurent qu’échut la plus courte brindille. On demanda à Clorinde de sortir puisqu’elle n’avait pas le droit d’assister au combat, puis Saint-Laurent descendit la colline pour rejoindre son méca-perch. L’un des membres du jury abaissa un drapeau rouge, signe que l’Épreuve venait de commencer.
Le voisin de Tancrède, très excité, lui glissa qu’il connaissait de réputation ce soldat, que c’était un fameux combattant. Tancrède lui répondit que c’était en effet un excellent guerrier, bien qu’un peu trop sûr de lui. Sa grande valeur avait tendance à lui faire commettre des erreurs de jugement.
« Ça alors, quel fanfaron vous faites ! lui répondit l’autre, stupéfait d’un tel aplomb. J’espère que vous êtes au moins Classe 3 pour dire des trucs pareils ! »
Grégoire de Saint-Laurent, le visage grave, enclencha tous les systèmes tactiques et défensifs de son exo, enfourcha son percheron de combat modèle réglementaire, ôta la sécurité de son fusil T-farad, et s’avança dans la vallée afin d’accomplir son destin de soldat. D’une commande vocale, il ordonna le déploiement de son casque qui jaillit du col de l’armure dans un chuintement inaudible, recouvrant instantanément la tête du soldat d’un hémisphère doré miroitant.
À la sortie du coude de la vallée, il déboucha sur la grande clairière et découvrit le village fortifié en bois. Il n’y avait pas âme qui vive, l’endroit paraissait vieux et abandonné. Le ciel, chargé de nuages gris, se confondait sans transition avec la brume qui voilait la clairière et, par intermittence, on entendait même le croassement des corbeaux qui s’étaient réfugiés dans les branches des arbres, à l’abri de la bruine qui tombait lentement.
Un vieux mur branlant de rondins verticaux ceinturait le village, renforcé de quelques tours de guet, désertes. Vu ainsi, l’endroit ne paraissait guère menaçant, toutefois Saint-Laurent, méfiant, entreprit de contourner le village par la droite, profitant du couvert des bois environnants pour approcher sans être vu.
« Hmm, pas sûr que ce soit une bonne idée, ça », ne put s’empêcher de murmurer Tancrède, s’attirant aussitôt un regard intrigué de son voisin qui commençait à penser que cet homme avait finalement l’air de s’y connaître.
Le fusil en position haute, perpendiculaire au torse, prêt à tirer, Saint-Laurent progressait toujours en silence lorsque soudain, trois flashs éclatèrent au niveau du sol, laissant à peine entrevoir autant de petits disques de métal jaillissant de la terre pour se précipiter sur le méca-percheron. Avant que l’énorme monture ait pu faire quoi que ce soit pour les éviter, ils explosèrent au contact de ses pattes. Privé de trois de ses membres, le cheval cybernétique s’affaissa lourdement, projetant son cavalier à plusieurs mètres de là. Un cri de stupeur monta de la foule.
« L’endroit idéal pour des mines à saut, fit Tancrède, le sol poreux transmet parfaitement les vibrations du méca. »
Non sans une certaine élégance, Saint-Laurent parvint à terminer sa chute par une réception parfaite qui lui permit, au prix d’une roulade supplémentaire, de se retrouver rapidement à couvert, derrière l’imposant tronc d’un chêne. Il y arriva juste à temps pour éviter une rafale de tirs venue du village qui déchiqueta ce qui restait du percheron. Malheureusement pour lui, son mouvement n’avait pas échappé à l’ennemi et la rafale remonta ensuite vers le chêne, l’obligeant à sauter précipitamment derrière un rocher juste avant que le tronc n’explose en projetant des milliers de shrapnels de bois dans toutes les directions. Haletant sous l’effet conjugué de la peur et de l’adrénaline, Saint-Laurent poussa alors un hurlement sauvage et sortit de son abri de fortune pour se précipiter vers le mur d’enceinte du village en tirant des salves T-farad, un peu au hasard.
Aussitôt, une nuée de micro-ogives multi-têtes décolla du village, monta jusqu’à une trentaine de mètres en dessinant un réseau de fines lignes rouges, puis s’abattit brusquement vers le guerrier en pleine course. Les contre-mesures de l’exosquelette se déclenchèrent automatiquement, faisant détoner les ogives avant qu’elles n’atteignent leur cible, surchauffant l’air de dizaines d’explosions autour du soldat.
« Tudieu, il ne manque pas de ressources cet homme-là ! s’exclama le voisin de Tancrède, en même temps que la foule applaudissait au spectacle. Alors, qu’est-ce que vous dites de ça, monsieur le Spécialiste ? »
Tancrède gardait les yeux fixés en contrebas sans manifester d’enthousiasme particulier.