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Dominium Mundi. Livre I

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:

2202. Né des cendres d’une conflagration planétaire, l’Empire Chrétien Moderne règne sur une Terre ravagée et irradiée. Urbain IX, pape tout puissant et restaurateur du Dominium Mundi, y gouverne d’une main de fer ses peuples revenus à un mode de vie médiéval.Sous son impulsion, un vaisseau colonisateur est envoyé vers une planète d’Alpha du Centaure, dans l’espoir d’y trouver de nouveaux territoires pour l’humanité. Lorsque les passagers l’abordent, ils ont la surprise d’y découvrir un peuple, les Atamides. Le choc est grand. Mais ce n’est rien en comparaison d’une découverte encore plus bouleversante : le véritable tombeau du Christ ! Guidés par leur foi inébranlable, les missionnaires tentent de s’en emparer, en vain. Les indigènes les massacrent.Sur Terre, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Deux ans plus tard Urbain IX achève d’armer un gigantesque vaisseau, le St-Michel, capable d’abriter un million d hommes. Pour Tancrède de Tarente, le Méta-guerrier héros des champs de bataille, et Albéric Villejust, le génie de l’Infocosme enrôlé de force, débutera une croisade sanglante vers une nouvelle Jérusalem… Les événements feront-ils bégayer l’Histoire ?
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En tant que corps d’élite, les Amazones avaient obtenu certains privilèges sur le Saint-Michel, dont celui de cohabiter à douze par cabine plutôt qu’entassées à cinquante comme le gros des troupes. Pour le moment, celle de la 23e unité était pratiquement vide, toutes les femmes se trouvaient déjà à l’ordinaire. Dernières sur place, Clorinde di Severo et de deux de ses amies, Blanche de Chausaley et Germandière Morand tardaient à les imiter. Toutes trois assises au bord de la couchette de Clorinde, elles discutaient gaiement comme n’importe quelles jeunes femmes l’auraient fait, comme si toutes trois n’étaient pas des guerrières Classe 3 du fameux régiment des Amazones.

Blanche et Germandière, bien que très différentes par leur tempérament et leur origine sociale, étaient les meilleures amies de Clorinde à bord. Dès qu’elle l’avait rencontrée, aux premiers jours de l’embarquement, Germandière avait tout de suite plu à Clorinde par sa simplicité et sa patience qui faisaient d’elle la confidente idéale et Blanche, l’unique fille du baron de Chausaley, dont elle avait fait connaissance peu après, bien que parfois sèche et condescendante, lui apparaissait comme une sorte de modèle idéal auquel devrait ressembler toute jeune guerrière issue de la noblesse.

Étant donné que les trois jeunes femmes se racontaient mutuellement toutes leurs aventures, Clorinde s’était sentie obligée de leur narrer sa rencontre mouvementée avec Tancrède, sans omettre le moindre détail. Même si dans l’ensemble elle leur avait restitué les événements tels qu’ils s’étaient produits, elle n’avait pas manqué d’enjoliver un peu la scène à l’hôpital où le beau brun était venu à genoux la supplier de le pardonner pour les risques qu’il lui avait fait courir.

« Et finalement, conclut-elle, je l’ai obligé à me retrouver ce soir pour qu’il m’en dise davantage sur cette enquête qu’il mène, sous peine d’aller tout raconter à la police.

— Tu as obtenu un rendez-vous ? s’exclama Germandière. Ça alors, en si peu de temps ! Tu ne manques pas d’aplomb, toi.

— Il fallait bien que j’en aie le cœur net, se justifia Clorinde, que je sache au moins si j’ai fait un faux témoignage pour de bonnes raisons. »

Blanche oublia un instant ses manières sophistiquées pour se fendre d’un rire franc.

« C’est évident, ce rendez-vous dans un endroit discret n’est destiné qu’à soulager ta conscience ! Ne nous prends pas pour des dindes, ma chère !

— Bien sûr que oui, se défendit Clorinde sans conviction, que vas-tu chercher là ?

— Moi, je crois que Blanche a raison, reprit Germandière en taquinant Clorinde du doigt. Ce beau ténébreux t’a accrochée et tu ne voulais surtout pas le quitter sans avoir la certitude de le revoir. On peut dire que tu n’as pas perdu de temps ! »

L’Italienne se laissa tomber à la renverse sur sa couchette.

« Bon d’accord, j’admets que je ne m’intéresse pas seulement à son histoire, mais aussi un peu à lui. Ne me dites pas que vous n’en auriez pas fait autant ! Bel homme, non troppo macho, voire un peu timide avec les femmes, légende des champs de bataille et Méta-guerrier, romantique idéaliste qui veut venger la mort de son amie…

— Ah oui, coupa Germandière en grimaçant de dégoût, cette horrible histoire de la femme carbonisée par le Foudroyeur.

— Pas très romantique, ça, renchérit Blanche. Au passage, je te rappelle que pour les autorités, cette histoire de Foudroyeur n’est qu’un mythe. »

Le conformisme de Blanche agaçait toujours Clorinde, notamment parce que cela lui rappelait qu’elle-même tenait souvent ce genre de raisonnement.

« Ton mythe m’a envoyée à l’hôpital, je te signale. Alors, il m’a paru bien concret à moi, ce Foudroyeur. »

Toujours bon public, Germandière s’esclaffa, provoquant aussitôt un froncement de sourcils de Blanche qui supportait mal que l’on rie d’elle – surtout une roturière.

« D’accord, admettons que ce soit bien lui que tu aies vu, concéda-t-elle de mauvaise grâce. Ce sera peut-être le moindre des ennuis que t’apportera ce Tancrède de Tarente. Si vraiment cet homme est un frondeur en délicatesse avec la hiérarchie, alors tu devrais peut-être te montrer prudente. Je te rappelle que nous sommes engagées dans une croisade et que les tribunaux militaires n’y badinent pas. Tu ne voudrais tout de même pas prendre des risques pour ta carrière après tous les sacrifices que tu as consentis pour arriver là où tu es ? »

Comme souvent, Blanche de Chausaley était parvenue à refroidir l’ambiance en quelques mots. Germandière poussa un long soupir.

« Oh, toi, tu es toujours si terriblement terre-à-terre », dit-elle, dépitée.

Clorinde aurait bien voulu trouver une répartie bien sentie pour renvoyer Blanche dans les cordes, mais rien ne vint. Cela ne voulait dire qu’une chose : elle avait malheureusement raison.

« Non, finit-elle par dire, je ne réduirai pas à néant toutes ces années d’efforts juste pour un homme. Je ne suis pas si stupide. Néanmoins, j’irai quand même à ce rendez-vous. Après tout, je n’ai encore rien fait de mal !

— Bravo ! s’exclama Germandière en faisant claquer ses mains. Voilà qui est parlé. »

* * *

Consultant régulièrement son messageur qui lui indiquait le meilleur itinéraire pour rejoindre l’atelier des bannières, Tancrède pressa le pas afin d’être à l’heure à son rendez-vous avec Clorinde di Severo. Il avait bien failli ne pas pouvoir l’honorer.

Deux heures plus tôt, en sortant de l’ordinaire, l’enquêteur Danon était venu lui demander de le suivre jusque dans les locaux de la police militaire pour lui poser quelques questions. Même si Tancrède s’attendait à cette convocation, elle ne pouvait pas tomber plus mal. Une fois au commissariat central, Danon l’avait interrogé pendant plus d’une heure sur la poursuite de la veille, persuadé que c’était lui le responsable de ce nouveau trouble à l’ordre public et rageant de ne pouvoir l’inculper, faute de preuves. Finalement, il avait été contraint de le laisser partir.

Le cœur battant d’avoir marché d’un pas vif sur tout le trajet, Tancrède arriva enfin devant une double porte sur laquelle était inscrit « Atelier des bannières ». Il rajusta sa chemise, se passa la main dans les cheveux, puis donna un coup sur la porte. Il entra sans attendre de réponse et se retrouva dans une grande salle, très haute de plafond, encombrée de matériel de couture et de peinture. De longues bannières pendaient, accrochées à une structure métallique dans les hauteurs, au-dessus de tables et d’étagères bourrées à craquer de pots et de pinceaux de toutes sortes. Pour un peu, on se serait cru dans un atelier d’artiste et non plus à bord d’un navire de guerre interstellaire. Soudain, Clorinde surgit devant lui.

« Vous êtes en retard ! » dit-elle en braquant sur lui un regard courroucé.

Tancrède la fixa un instant sans broncher, fasciné par ses grands yeux d’un vert si profond (il remarqua que, ce soir, elle portait des boucles d’oreille) puis sans prévenir, sortit un petit bouquet de fleurs de derrière son dos. À en juger par l’expression qu’elle eut, la jeune femme semblait s’attendre à tout sauf à ça.

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