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Dominium Mundi. Livre I - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Dominium Mundi. Livre I

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:

2202. Né des cendres d’une conflagration planétaire, l’Empire Chrétien Moderne règne sur une Terre ravagée et irradiée. Urbain IX, pape tout puissant et restaurateur du Dominium Mundi, y gouverne d’une main de fer ses peuples revenus à un mode de vie médiéval.Sous son impulsion, un vaisseau colonisateur est envoyé vers une planète d’Alpha du Centaure, dans l’espoir d’y trouver de nouveaux territoires pour l’humanité. Lorsque les passagers l’abordent, ils ont la surprise d’y découvrir un peuple, les Atamides. Le choc est grand. Mais ce n’est rien en comparaison d’une découverte encore plus bouleversante : le véritable tombeau du Christ ! Guidés par leur foi inébranlable, les missionnaires tentent de s’en emparer, en vain. Les indigènes les massacrent.Sur Terre, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Deux ans plus tard Urbain IX achève d’armer un gigantesque vaisseau, le St-Michel, capable d’abriter un million d hommes. Pour Tancrède de Tarente, le Méta-guerrier héros des champs de bataille, et Albéric Villejust, le génie de l’Infocosme enrôlé de force, débutera une croisade sanglante vers une nouvelle Jérusalem… Les événements feront-ils bégayer l’Histoire ?
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« Mon Dieu, vous êtes vraiment aussi bête que vous en avez l’air ! » dit-elle en portant la main à sa bouche.

Tancrède ne répondit pas, se contentant de lui tendre les fleurs, un petit sourire flottant sur les lèvres. Elle lui avait certes interdit d’apporter des fleurs, mais il est des interdictions faites pour ne pas être respectées. Elle finit par lever les yeux au ciel et accepta le bouquet.

« Je me demande comment vous avez bien pu vous débrouiller pour trouver ça à bord, dit-elle en respirant leur parfum.

— Je suis plein de ressources », répondit Tancrède laconiquement.

Il ne tenait pas à expliquer qu’il était allé les cueillir discrètement dans les Jardins d’Armide, inquiet à l’idée d’être pris en faute pour quelque chose d’aussi ridicule qu’un vol de fleurs.

« Venez, il y a des sièges par là-bas », dit-elle en l’invitant à le suivre.

Elle se dirigea vers le centre de la salle et il lui emboîta le pas, admirant au passage les longues bannières en cours de fabrication dont les pans descendaient si bas qu’il devait baisser la tête en passant dessous. De grandes tables sur tréteaux étaient dressées pour permettre aux peintres de travailler à plat, autour desquelles des pots aux couleurs vives s’entassaient dans un bric-à-brac de longues règles et de pinceaux tachés de peinture. Des bannières terminées étaient alignées le long du mur du fond, déjà accrochées au cintre dans lequel on enfilait la longue perche qui permettait de les brandir sur le champ de bataille ou dans les défilés, attendant que ceux qui les avaient commandées viennent les chercher. Tancrède connaissait la plupart des armes et blasons qui y étaient peints avec minutie, représentant toutes les grandes familles participant à la croisade.

« C’est drôle, j’avais beau savoir qu’elles étaient toujours fabriquées à la main, dit-il en parcourant les lieux du regard, je ne m’étais jamais figuré le travail que cela nécessitait.

— Une bannière est plus qu’un signe de ralliement, acquiesça Clorinde, c’est un véritable travail d’artiste. J’ai pour amie une des personnes qui travaillent ici. Elle m’a expliqué que la réalisation de ces peintures s’accompagne d’un rituel précis que les artistes perpétuent de génération en génération. Normalement, chaque maison noble a son peintre attitré, mais à bord, pour des raisons pratiques, c’est la même équipe qui les fabrique toutes. »

Tancrède se sentait sincèrement admiratif de ce qu’il découvrait.

« C’est vraiment magnifique. Finalement, je crois que je les ai toujours vues sans les regarder vraiment. Je vous avouerai même que j’ai souvent pensé que les bannières holo que les exos peuvent projeter étaient nettement plus pratiques. Mais maintenant que je vois le travail que cela représente, je comprends mieux la valeur qu’on leur prête. Elles proclament toutes la même chose, mais dans le fond, chacune est unique.

— En effet. Bien que les grandes lignes des dessins soient les mêmes, leurs nuances font qu’il n’y en pas deux pareilles. »

Ils arrivèrent à un coin où l’on avait disposé un canapé, deux fauteuils et une table basse, pour que les peintres puissent prendre leur pause.

« Mais nous ne sommes pas là pour parler d’art. Asseyez-vous et racontez-moi votre histoire.

— Si vous parvenez à trouver des verres, répondit Tancrède avec le même sourire entendu qu’il avait en arrivant, j’ai aussi apporté ça. »

De la poche intérieure de sa veste, il sortit une bouteille de vin et la présenta à Clorinde, qui sembla de nouveau atterrée.

« Dites, vous ne croyez pas que vous poussez un peu, là ? » grommela-t-elle en prenant la bouteille.

Tancrède crut deviner que la protestation faisait partie du jeu, elle ne paraissait pas si mécontente.

Après quelques minutes de recherche dans le fatras de l’atelier, ils réussirent à dénicher deux verres à peu près propres et purent enfin s’installer. Clorinde se plaça à un bout du divan et, après une brève hésitation entre le fauteuil d’en face et l’autre extrémité du canapé, Tancrède s’assit finalement à côté d’elle.

Le vin s’avéra moins médiocre qu’il ne l’avait craint. Durant une demi-heure, il raconta à Clorinde comment il avait connu les frères Tournai et s’était lié d’amitié avec eux, puis avait appris à connaître et à apprécier Liétaud en particulier. Comment celui-ci avait croisé la route de Viviane et conçu le projet de l’épouser. Il lui raconta tout jusqu’au soir fatidique où la malheureuse avait été retrouvée carbonisée sur le sol des Buanderies Générales puis comment, scandalisé par le classement de l’affaire, il avait entrepris de mener sa propre enquête qui l’avait amené à découvrir le premier repaire du Foudroyeur.

« … et malheureusement, Engilbert, croyant sans doute bien faire, rapporta à la police militaire dès le lendemain tout ce que j’avais vu dans la nuit. On envoya donc deux policiers me chercher – en plein entraînement et devant tous mes hommes – pour m’emmener sur les lieux. Une fois là-bas, l’inspecteur Danon m’a demandé de leur montrer la cachette que je prétendais avoir découvert et évidemment…

— Il n’y avait plus rien, compléta Clorinde.

— Exactement. » Tancrède termina son verre d’un trait avant de continuer : « À ce moment, j’ai cru entendre quelques railleries sur mes prétendues affabulations et j’admets que j’ai vu un peu rouge.

— Un peu rouge ? »

Un officier est toujours gêné lorsqu’il évoque ses propres manquements à la discipline, mais après tout, Tancrède pensait qu’il n’avait pas à avoir honte de ce qu’il avait fait.

« Disons que… comme je sortais de l’entraînement, j’avais mon T-farad sur moi, et je me suis dit que l’entrée avait peut-être été simplement camouflée…

— Oh non, s’exclama Clorinde, mi-scandalisée, mi-amusée, vous n’avez tout de même pas tiré dans le mur ?

— Si. »

La jeune femme se tapa sur les cuisses : « Parbleu, ça a dû faire un sacré esclandre ! »

Tancrède ne put s’empêcher de sourire à cette réaction spontanée.

Décidément, pensa-t-il, cette femme présente un mélange insolite de manières un peu rigides, voire guindées, et d’attitudes familières qui ne détonneraient pas dans une tente d’infanterie. Quel peut bien être son parcours, son histoire, pour qu’elle présente des facettes si différentes ?

« Oui, j’ai eu quelques ennuis après ça. Mais il semble qu’être le neveu du comte de Tarente m’ait protégé de représailles vraiment sérieuses. »

Il savait que c’était faux, bien sûr. Bohémond n’aurait d’ailleurs pas apprécié qu’on laisse entendre qu’il avait montré un quelconque favoritisme à l’égard de son neveu, cependant, Tancrède ne pouvait révéler que c’était son appartenance à l’Ordre du Temple qui lui avait servi de bouclier.

Clorinde reposa son verre et Tancrède lui proposa aussitôt de le remplir de nouveau, mais elle refusa d’un geste de la main tandis qu’elle disait :

« Pour le moment, ce lien familial avec l’un des principaux barons de la croisade vous a peut-être mis à l’abri, mais c’est aussi une position très exposée : certaines personnes mal intentionnées pourraient être tentées de l’exploiter à des fins politiques. »

Encore une fois, Tancrède fut étonné par la jeune femme ; il lui avait lui-même fallu quelque temps pour imaginer que l’intérêt d’Albéric pour son histoire n’était peut-être pas désintéressé. Toutefois, il espérait qu’il s’en rendrait compte si tel était le cas.

« Je vous accorde qu’il y a pour moi un risque non négligeable d’être instrumentalisé. Mais je pense que mon statut ou ma position familiale ne doit pas être un obstacle à ma quête personnelle de la vérité et de la justice.

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