Dominium Mundi. Livre I
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-10-90648-12-8
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:
— Je ne m’en fais pas pour ça, va. Tu devras juste faire attention pendant une semaine ou deux, voilà tout. »
Tandis qu’ils traversaient la petite esplanade de verdure qui s’étendait devant l’hôpital, Liétaud prit une grande et profonde inspiration, savourant le plaisir d’être dehors (autant que l’on puisse être dehors à l’intérieur d’un vaisseau, pensa-t-il) puis ils se dirigèrent vers la station du Tube la plus proche.
« Il me tarde de retrouver l’unité. Comment vont Olinde et Dudon ? Ils ne sont pas venus me voir une seule fois, les misérables !
— Ne leur en veux pas. C’est parce que l’unité a attaqué la partie la plus difficile des entraînements : celle en exosquelette de guerre. Du coup, les hommes n’ont plus une minute à eux.
— Ah, ne retourne pas le couteau dans la plaie, frangin ! s’écria Liétaud. Les exos, je n’attendais que cela depuis le début du voyage, et pile au moment où ça commence, je me retrouve à l’hosto !
— Tu sais à qui tu le dois… »
Liétaud fut si surpris et choqué par ce qu’il venait d’entendre qu’il mit quelques instants à répondre.
« C’est très injuste de présenter les choses ainsi », finit-il par dire.
Même si Engilbert n’avait pas l’air très fier de lui, il persista néanmoins : « Moi, je ne vois qu’une seule chose, ce sont les ennuis que Tancrède de Tarente s’est attirés qui t’ont envoyé deux semaines au Central-Charité.
— Bon Dieu, tu ne vas pas recommencer avec ça !
— Liétaud, je te l’ai rappelé mille fois, ne jure pas ! »
Alors qu’en général, après une réprimande comme celle-ci, Liétaud cherchait plutôt à se faire oublier, cette fois il s’arrêta et se tourna vers son frère avec, sur le visage, un air fâché et peiné en même temps.
« Peut-être que tu ne jures pas, toi, mais ce que tu dis est bien pire. »
Engilbert encaissa la riposte sans rien dire. Ils se remirent en route et entrèrent dans la station. Le panneau d’affichage indiquait quatre minutes d’attente avant la prochaine rame. Engilbert rompit enfin le silence :
« Tout ce que je dis, Liétaud, c’est pour ton bien, tu le sais. »
Celui-ci se renfrogna aussitôt, il ne connaissait que trop bien ce genre de conversation et préférait encore se taire plutôt que de rentrer dans le jeu de son frère.
« Je pourrais te citer d’innombrables exemples, continua Engilbert, montrant que le comportement de Tancrède a depuis longtemps passé les limites. De son passé militaire tumultueux à son coup d’éclat aux buanderies, de ses relations avec des individus louches jusqu’à son enquête personnelle sur ce Foudroyeur…
— Il ne fait que chercher l’assassin de Viviane ! lâcha Liétaud qui sentait qu’il n’allait pas tarder à perdre patience si son frère continuait sur ce registre. Ce que la police elle-même se refuse à faire !
— Si la police conclut que c’est un accident, je ne vois aucune raison de ne pas la croire.
— Mais tu as vu toi-même ce légionnaire au commissariat…
— Je ne sais pas, j’étais influencé par Tancrède. Après tout, ce type aurait pu être n’importe qui. » Ils s’écartèrent du bord du quai tandis que la rame entrait dans la station. « D’après toi, que se passerait-il dans une société si tout le monde s’arrogeait le droit de se faire justice soi-même ?
— La question n’est pas là, répliqua Liétaud, qui sentait son estomac se nouer tant cette discussion l’attristait.
— En effet, tu as raison, la question n’est pas là, poursuivit Engilbert sur sa lancée. La question est de savoir si Tancrède de Tarente représente un danger pour Liétaud Tournai. À en juger par les rumeurs qui courent sur son compte, la réponse est oui ! Hier encore, j’entendais dire que…
— Arrête ça ! »
L’éclat de voix avait fait se tourner quelques têtes vers eux, mais Liétaud n’en avait cure, il était furieux. Engilbert s’interrompit, surpris par l’emportement de son frère.
« Comment peux-tu reprendre à ton compte de minables ragots ? gronda Liétaud. Toi qui m’as toujours répété de ne pas écouter les médisances odieuses que les gens passent leur temps à colporter les uns sur les autres ! »
Engilbert se sentit un peu honteux devant la réaction de Liétaud, mais la colère qu’il ressentait envers Tancrède pour avoir dévoyé son frère était trop forte. Il voulait le convaincre.
« Je… Oui, c’est vrai qu’il ne faut pas prêter attention aux rumeurs, néanmoins, dans ce cas précis…
— Encore une fois, l’interrompit Liétaud, Tancrède ne poursuit qu’un seul but, la vérité ! Tous les racontars que tu pourras entendre ne feront jamais le poids face à cela.
— La vérité ? ironisa Engilbert.
— Parfaitement, la vérité sur le Foudroyeur, par exemple. (Engilbert leva les yeux au ciel d’un air consterné) Ah, tu ne veux pas entendre parler du Foudroyeur ? Alors, parlons de mon accident par exemple. Comment expliques-tu que… »
Alors qu’il s’apprêtait à raconter ce que Tancrède lui avait dit à propos des pressions subies par Van Nizan, Liétaud se ravisa soudain. Il réalisa qu’il jugeait risqué de transmettre à son frère cette information. Cela signifiait qu’il ne considérait plus Engilbert comme un allié de Tancrède – son meilleur ami – mais comme l’un de ses ennemis potentiels. Il n’aurait su dire quand ce changement d’état d’esprit s’était opéré en lui, mais il le percevait désormais avec une glaçante lucidité.
Il sentit alors un poids terrible sur son cœur, comme si une gangue de tristesse l’enveloppait et commençait à l’empêcher de battre, l’étouffant peu à peu.
« Quoi, qu’est-ce que tu as soudain ? s’inquiéta Engilbert en voyant son désarroi. Qu’allais-tu me dire ?
— Rien… Oublie ça. » Il vit alors son frère avec un regard neuf, un regard débarrassé des illusions de l’enfance. « Je me demande juste qui a bien pu te mettre toutes ces idées dans la tête ?
— Mais, personne, répondit son frère qui parut troublé. Pourquoi cette question ? Que veux-tu dire par là ?
— Rien, rien », fit Liétaud, le regard perdu dans le lointain.
Le passage de l’Épreuve était un moment capital de la vie militaire. Comme pour tout événement important, une foule de curieux se pressait toujours pour y assister, venant acclamer ou huer les participants suivant la performance qu’ils produisaient. Aujourd’hui, c’était sous le dôme 25 – le plus vaste du navire – qu’elle se déroulait et le public avait pris place dans la baie d’observation circulaire qui en faisait le tour.
Lorsque Tancrède arriva, les épreuves avaient commencé depuis longtemps. Aujourd’hui, ils étaient plusieurs centaines à tenter leur chance, la plupart concourant pour la Classe 2, quelques-uns pour la Classe 3 et deux seulement pour la quatrième, la classe « Méta ». Habillé en civil (certains cherchaient à se faire remarquer en venant en uniforme précisément ce jour-là), Tancrède descendit les gradins en se frayant un chemin à travers la foule. Il voulait s’approcher le plus possible de la verrière inclinée qui donnait directement sur l’intérieur du dôme, afin de ne pas être contraint de suivre le déroulement de l’Épreuve sur les écrans suspendus en hauteur. Par chance, un spectateur abandonna sa place au moment même où il passait devant lui, lui offrant ainsi un siège inespéré au premier rang.
Pour l’occasion, les concepteurs des épreuves avaient entièrement réaménagé l’immense terrain du dôme, creusant d’un côté une étroite vallée en courbe et élevant de l’autre une série de collines. Le vallon débouchait sur une plaine encaissée où un village fortifié en bois avait été construit, comprenant une dizaine de petites maisons, presque toutes en ruines. Depuis la baie d’observation, on pouvait voir toutes les constructions, mais la combe demeurait cachée. À l’inverse, les concurrents arriveraient par celle-ci, découvrant ainsi le village au dernier moment.