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Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]

Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:

Vainqueur de la guerre des Sorciers, Prestimion, qui a manqué d’y perdre la vie, a payé chèrement le titre de Coronal. La fine fleur de Majipoor a été décimée, le monde ravagé, et la belle Thismet, la grande passion de Prestimion, est morte dans les combats.
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
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La douleur irradia de nouveau dans son côté gauche ; il réprima un frisson.

— Une chance pour nous qu’il soit allé à Suvrael, reprit Akbalik. J’avais pourtant essayé de l’en dissuader… Quel est votre plan, monseigneur ?

— Vous savez, je pense, que Septach Melayn et Gialaurys font marche vers la péninsule à la tête d’une armée. Ils se lanceront sur la piste de Dantirya Sambail en partant de la côte occidentale. Mon intention est de lever à Stoien une seconde armée qui s’engagera dans la péninsule pour le prendre à revers. Ma mère guidera les mouvements de nos troupes ; elle pense connaître le moyen d’utiliser le matériel de l’île pour le retrouver. Pendant ce temps, pour l’empêcher de s’échapper quand l’étau se refermera sur lui, nous bloquerons les ports sur tout le littoral, au nord comme au sud.

— Puis-je vous demander, monseigneur, qui commandera l’armée de Stoien ?

— Eh bien, moi, répondit Prestimion, visiblement surpris par la question.

— Non, monseigneur, je vous en conjure !

— Pourquoi ?

— Vous ne devez pas vous aventurer dans la jungle de Stoienzar. Vous ne pouvez savoir à quel point cette région est horrible. Je ne parle pas seulement de la chaleur et de l’humidité ni des insectes longs comme la moitié du bras qui bourdonnent du matin au soir autour de votre tête. Je parle des périls, monseigneur, des terribles dangers qui sont partout. Vous êtes-vous demandé pourquoi la région n’est pas habitée ? Ce n’est qu’un vaste marécage où les bottes s’enfoncent jusqu’à la hauteur des chevilles à chaque pas. Partout sont tapis des monstres venimeux, les crabes des marais, dont la morsure est mortelle, à moins d’avoir, comme moi, la chance d’être blessé par un tout petit. Les arbres eux-mêmes sont des ennemis ; il y a une espèce dont les graines explosent quand elles sont mûres, projetant en tout sens de longs fragments qui pénètrent aussi profondément dans les chairs qu’un poignard lancé avec force. Il y a un autre arbre, le palmier mangazona, dont les feuilles sont tranchantes comme…

— Je sais tout cela, Akbalik. Mais c’est à moi qu’il incombe de conduire nos troupes. Croyez-vous qu’un peu d’inconfort me fasse peur ?

— Nombre de soldats perdront la vie dans la traversée de ces marécages. J’en ai vu mourir et j’ai failli connaître le même sort. Je pense que vous n’avez pas le droit d’aller risquer votre vie là-bas, monseigneur.

Un éclair de colère brilla dans la prunelle de Prestimion.

— Pas le droit ? Pas le droit ? Vous allez trop loin, Akbalik ! Même le neveu du prince Serithorn n’a pas à dire au Coronal ce qu’il doit faire ou ne pas faire.

La réprimande de Prestimion frappa Akbalik comme un soufflet. Son visage s’empourpra ; il marmonna une excuse en formant précipitamment le symbole de la constellation. Pour reprendre son calme, il but une grande goulée de vin. Il fallait s’y prendre autrement.

— Votre mère sera-t-elle vraiment en mesure de vous aider dans cette guerre, monseigneur ? reprit-il d’une petite voix.

— Elle le croit. Elle pense même pouvoir neutraliser le pouvoir mental dont Barjazid fera usage.

— Vous pensez donc – pardonnez-moi encore, monseigneur – l’emmener avec vous dans la jungle de Stoienzar ? La Dame de l’île traversera à vos côtés ces marécages mortels ? Vous voulez vraiment lui faire courir un tel péril ?

Il vit aussitôt qu’il venait de marquer un point. Prestimion était pris de court ; il n’attendait visiblement pas un coup venant de cette direction.

— J’aurai besoin de l’avoir près de moi au long de la chaîne des événements. C’est elle qui aura la vision la plus claire des mouvements du Procurateur.

— L’efficacité des pouvoirs de la Dame ne dépend pas de la distance, si je ne me trompe, poursuivit Akbalik. Il n’est pas nécessaire de l’emmener sur le lieu des opérations. Elle peut rester en sécurité à Stoien pendant que se déroule la campagne dans la jungle. Vous aussi, monseigneur. Vous pouvez élaborer des stratégies ensemble : vos décisions seront rapidement transmises sur le front. De grâce, monseigneur, écoutez-moi jusqu’au bout, poursuivit-il vivement en voyant que Prestimion s’apprêtait à l’interrompre. Lord Stiamot menait peut-être son armée au combat il y a sept mille ans, mais un tel risque de la part du Coronal est inacceptable aujourd’hui. Restez à Stoien, supervisez de loin les opérations avec l’aide de la Dame. Permettez-moi de conduire les troupes impériales contre le Procurateur. Vous n’êtes pas remplaçable, moi si. Et j’ai déjà un peu l’expérience des conditions que l’on trouve dans la jungle de Stoienzar. Laissez-moi partir à votre place.

— Vous ? Non, Akbalik. Jamais.

— Monseigneur…

— Vous croyez m’avoir abusé avec votre jambe ? Je vois bien que vous souffrez le martyre. Vous êtes à peine capable de marcher, certainement pas de partir en mission dans la jungle. Et comment pouvez-vous savoir si l’infection ne va pas empirer avant que vous ne commenciez à guérir ? Non, Akbalik. Vous avez peut-être raison d’estimer qu’il n’est pas prudent que je parte à la tête de nos troupes, mais il n’est pas question que ce soit vous.

Quelque chose d’inflexible dans la voix du Coronal fit comprendre à Akbalik qu’il était inutile de protester. Il demeura assis en silence, massant sa jambe douloureuse juste au-dessus de la plaie.

— Je vais suivre votre conseil, reprit Prestimion, et essayer de diriger les opérations de Stoien : nous verrons comment cela se passe. Pour ce qui vous concerne, je vous relève du service actif. La Dame Varaile va repartir au Château dans quelques jours – elle attend un heureux événement, le saviez-vous, Akbalik ? – et je vous confie le soin de l’escorter jusqu’au Mont.

— Mes félicitations, monseigneur. Mais, avec tout le respect que je vous dois, confiez cette mission à Dekkeret. Il est préférable que je reste à vos côtés pour vous aider dans la conduite de cette campagne. Ma connaissance de la jungle…

— Pourrait être utile, c’est un fait. Mais si vous perdez votre jambe, vous serez bien avancé. Il serait idiot de rester à Stoien ; ce n’est qu’une petite ville de province. Nous avons les meilleurs médecins de la planète au Château ; ils vous remettront sur pied en un rien de temps. Pour ce qui est de Dekkeret, j’ai besoin de lui ici. Il est le seul qui comprenne quelque chose à la manière dont fonctionne l’appareil de Barjazid.

— Je vous en conjure, monseigneur…

— Je vous conjure, Akbalik, de ne pas perdre votre salive. Ma décision est prise. Je vous remercie pour tout ce que vous avez accompli à Stoien. Vous allez escorter la Dame Varaile jusqu’au Château et faire soigner votre jambe.

Prestimion se leva. Akbalik l’imita, en faisant un effort qu’il fut incapable de dissimuler. Sa jambe blessée refusait de le soutenir. Le Coronal passa le bras autour de ses épaules et l’aida à trouver son équilibre.

De l’extérieur leur parvint un son strident de sirènes ; des gens hurlaient dans la rue. Akbalik se tourna vers la fenêtre : une nouvelle colonne de fumée noire montait au ciel dans le quartier sud de la cité.

— Les choses ne cessent d’empirer, fit Prestimion à mi-voix. Un jour, Akbalik, poursuivit-il, nous sourirons en repensant à ces temps troublés. Mais j’aimerais que le présent nous donne un peu plus matière à sourire.

Ce n’est que le lendemain, en fin d’après-midi, qu’Akbalik eut l’occasion de s’entretenir avec Dekkeret. Il n’avait pas vu le jeune homme depuis deux ans, depuis cette soirée dans une taverne de montagne, à Khyntor, où ils avaient vidé des flacons du vin doré qui réchauffe le cœur. La soirée où Dekkeret lui avait fait part de son intention de se rendre à Suvrael.

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