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Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]

Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:

Vainqueur de la guerre des Sorciers, Prestimion, qui a manqué d’y perdre la vie, a payé chèrement le titre de Coronal. La fine fleur de Majipoor a été décimée, le monde ravagé, et la belle Thismet, la grande passion de Prestimion, est morte dans les combats.
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
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Le Vroon s’excusa de nouveau et se pencha sur la blessure. Akbalik ne voyait plus ce que faisait la petite créature, mais c’était moins douloureux que précédemment. Il appliquait une émanation mentale à l’aide de ses fichus tentacules, un charme Vroon pour guérir la blessure ? Peut-être. Une pincée d’herbes séchées, encore un peu de ce liquide bleu rafraîchissant. Puis un bandage propre. C’était mieux, oui. Pour l’instant, en tout cas. Un répit dans les élancements furieux, dans la douleur atroce, dans l’impression abjecte que de minuscules vrilles d’infection et de pourriture remontaient le long de sa jambe pour atteindre l’aine, le ventre, le cœur pour finir.

— Terminé, annonça le Vroon.

Akbalik se leva. Il fit précautionneusement passer son poids sur la jambe blessée, grimaçant un peu, retenant son souffle. Des ondes de douleur se propageaient dans tout son côté gauche, remontaient dans le cou pour atteindre la joue, la pommette, les dents. Il revit pour la millième fois le grand crabe des marais pourpre, la créature hideuse à la carapace en dôme, aux yeux protubérants, gros comme la moitié d’un flotteur, se dresser devant lui dans le bourbier. Il se revit éviter adroitement le monstre, satisfait de la vivacité de ses réflexes, s’éloignant du danger si rapidement qu’il n’avait absolument pas remarqué la présence de l’autre crabe, pas plus grand que la paume de la main, tapi au creux d’une touffe de remuglon en fleurs, qui avançait sournoisement vers sa jambe une pince tranchante comme un rasoir…

— Ma canne ! s’écria-t-il. Où est passée cette fichue canne ? Ils sont déjà entrés dans le port !

Le Vroon montra la canne appuyée contre le mur, près de la porte, à sa place habituelle. Akbalik se dirigea vers la porte en claudiquant, saisit la canne et sortit. En arrivant sur le trottoir, il s’arrêta sous le soleil éclatant, prit une longue inspiration. Il ne voulait pas avoir l’air d’un estropié. Le Coronal dépendait de lui. Avait besoin de lui.

Il y avait à peine une cinquantaine de mètres à couvrir sur une large place pavée entre le bâtiment des douanes où se trouvait le bureau d’Akbalik et l’entrée des quais. Il se mit en marche lentement, prudemment, serrant de toutes ses forces le pommeau de sa canne. Il avait l’impression d’avoir cinquante kilomètres à parcourir.

À mi-chemin, son attention fut attirée par une forte odeur de fumée. Il tourna la tête vers le nord, vit un panache noir s’élever dans le ciel immaculé, puis une petite langue rouge léchant les murs d’une construction basse posée au sommet d’une plate-forme de brique haute d’une vingtaine de mètres. Il entendit les sirènes. Les cinglés avaient encore frappé ; c’était le premier incendie depuis trois ou quatre jours. Pourquoi fallait-il que ce soit aujourd’hui, au moment précis où le navire du Coronal allait accoster ?

Un cordon de douaniers Hjorts interdisait l’accès au débarcadère. Sans se donner la peine de présenter sa plaque d’identité, Akbalik les écarta impérieusement de son chemin d’un revers de main. Sans leur accorder un regard, il poursuivit sa route en clopinant vers le quai royal, pavoisé pour l’occasion de drapeaux vert et or.

Trois navires, oui, le grand yacht de croisière Lord Hostirin et deux escorteurs. La garde d’honneur du Coronal avait descendu l’échelle de coupée et s’alignait le long du quai. Un petit groupe de fonctionnaires municipaux rassemblé juste derrière eux formait un comité d’accueil, le maire Bannikap au premier rang. « Prestimion ! Prestimion ! Lord Prestimion ! Vive lord Prestimion ! » Les acclamations habituelles. Comme il devait en être las !

Il apparut au bastingage, Varaile à ses côtés, la Dame Therissa légèrement en retrait, à moitié cachée par son fils. Derrière eux Akbalik vit sortir de l’ombre la haute silhouette de Maundigand-Klimd, le mage bicéphale de Prestimion. Il était étrange de voir que Prestimion, qui rejetait autrefois la sorcellerie en bloc, ne semblait plus pouvoir aller nulle part sans être accompagné de son mage Su-Suheris. Dans le groupe qui s’avançait, Akbalik découvrit aussi le jeune Dekkeret, marchant près de la Dame Varaile. Pour une surprise, c’était une surprise ! Que pouvait bien faire Dekkeret à bord d’un navire en provenance de l’île ? Akbalik le croyait encore à Suvrael, cherchant dans les rigueurs du désert et de la chaleur le pardon du Divin pour la mort de la montagnarde, ou, ce qui était plus vraisemblable, déjà de retour au Château.

Mais Suvrael ne lui avait peut-être pas permis d’assouvir le désir de pénitence, d’expiation qui le rongeait quand Akbalik l’avait vu pour la dernière fois, à Zimroel. Cette exigeante quête spirituelle avait peut-être conduit le jeune homme du sinistre continent méridional au sanctuaire de la douce Dame pour finir de réparer les dégâts causés à son âme. Où Prestimion l’avait rencontré à l’occasion de la visite qu’il faisait à sa mère. Oui, se dit Akbalik, c’est ce qui a dû se passer.

Il pressa l’allure, grimaçant de douleur à chaque pas. Se frayant un chemin au milieu des badauds, il prit position juste devant la garde d’honneur. C’était la cité de Bannikap, certes, mais c’est à la demande d’Akbalik que le Coronal était là et il voulait se dispenser des niaiseries officielles. Il n’avait pas la patience d’attendre, avec cette douleur atroce qui lui labourait la jambe.

— Monseigneur ! s’écria-t-il. Monseigneur ! Le Coronal le vit, lui adressa un petit signe amical. Akbalik forma le symbole de la constellation, puis, quand la Dame apparut, il la salua avec le geste d’hommage qui lui était réservé. Ils commencèrent à descendre. Bannikap fit un pas en avant, actionnant déjà les mâchoires pour articuler le préambule de son discours de bienvenue. D’un regard noir, Akbalik le réduisit au silence et fut le premier à s’avancer vers le Coronal.

Prestimion lui ouvrit les bras. Ne sachant que faire de sa canne, Akbalik la glissa sous son bras et reçut gauchement l’accolade du Coronal.

— Qu’avez-vous là ? demanda Prestimion.

— Une légère blessure à la jambe, monseigneur, répondit Akbalik en s’efforçant de prendre un ton détaché. Gênante, mais pas particulièrement grave. Il y a des choses beaucoup plus importantes dont nous avons à parler.

— Oui, fit Prestimion. Dès que j’en aurai terminé avec les formalités d’usage.

Il indiqua le maire Bannikap d’un petit signe de tête et adressa un clin d’œil à Akbalik.

Akbalik se tourna vers la Dame pour lui présenter ses hommages, fit de même avec Varaile. Dekkeret lui adressa un sourire emprunté, gêné ; il restait en retrait.

Akbalik crut remarquer que la Dame Varaile était en état de grossesse ; ses vêtements semblaient le confirmer. Et elle avait déjà cet air radieux qu’arborent les femmes enceintes. Intéressant, se dit-il, que Prestimion soit père si peu de temps après être monté sur le trône. Et en ces temps troublés, de surcroît. Il fallait pourtant s’y attendre. C’était un Prestimion nouveau, mûri par les responsabilités, visiblement avide de stabilité, de continuité, dans la plénitude de l’âge.

La Dame Therissa était superbe : sereine, gracieuse, tranquille. Tout ce qu’était Akbalik avant sa funeste expédition au cœur de la péninsule. Il se sentait rasséréné par la simple proximité de la Dame.

— Est-ce de la fumée que je sens ? demanda Prestimion.

— Un bâtiment est en flammes à quelques centaines de mètres d’ici. Il y en a eu beaucoup ces derniers temps. Des déments transportent des bottes d’herbe séchée sur les toits et y mettent le feu, expliqua Akbalik en baissant la voix. C’est devenu le dernier passe-temps à la mode. Le maire vous en dira plus.

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