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Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]

Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:

Vainqueur de la guerre des Sorciers, Prestimion, qui a manqué d’y perdre la vie, a payé chèrement le titre de Coronal. La fine fleur de Majipoor a été décimée, le monde ravagé, et la belle Thismet, la grande passion de Prestimion, est morte dans les combats.
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
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— Il y a une drôle d’odeur, vous ne trouvez pas ?

Les vitres du flotteur étaient fermées, mais les odeurs du lac pénétraient par bouffées à l’intérieur. Il n’y avait pas à s’y tromper. C’était comme s’ils respiraient les émanations d’une cuve de distillerie : le lac était en fermentation. À l’évidence, la respiration de ces plantes aquatiques produisait de l’alcool et le lac avait fini par se transformer en une gigantesque cuve de vin.

— Que diriez-vous d’une dégustation ? lança Septach Melayn d’un ton badin. Ou cela nous retarderait-il trop de faire une courte halte ?

— Tu t’approcherais de ces monstres rosés pour une gorgée de vin ? fit Gialaurys. Oui. Oui, tu en serais bien capable. Eh bien, tu vas être servi : agenouille-toi là-bas et bois tout ton soûl.

Il tira sur la manette de contrôle du rotor et le véhicule s’immobilisa.

— Ton hostilité permanente commence à me sortir par les yeux, Amiral Gialaurys.

— Ton humour me sort par les yeux depuis un bon bout de temps, Haut Conseiller, répliqua Gialaurys.

— Messieurs, fit Navigorn en remettant le flotteur en marche. Je vous en prie, messieurs…

Ils poursuivirent leur route. La pluie avait cessé ; ils sortaient enfin de la forêt de Kajith Kabulon. Et le soleil réapparut, brillant avec une force tropicale juste devant eux, dans une direction qui ne pouvait être que l’ouest. Sippulgar la dorée et la côte de l’Aruachosia se trouvaient au sud, sur les rives de la Mer Intérieure. Devant eux s’étirait la péninsule de Stoienzar où s’était réfugié Dantirya Sambail.

L’heure n’était plus aux chamailleries. Ils s’engageaient dans un territoire inconnu de tous et, à chaque kilomètre, le paysage se faisait plus étrange, plus menaçant. La route s’était réduite à la largeur d’une piste, laissant à peine le passage pour les flotteurs. Par endroits, elle était complètement envahie par la végétation et il leur fallait s’arrêter pour s’ouvrir une voie à l’aide des lanceurs d’énergie. Au bout d’un moment, la route sembla avoir complètement disparu et les flotteurs se frayèrent un chemin dans la muraille végétale, avec de fréquentes interruptions pour couper des lianes ou dégager des troncs d’arbres qui bouchaient le passage. Il ne pleuvait pas, mais cette contrée était encore plus humide que la forêt de Kajith Kabulon. Tout était enveloppé dans un épais brouillard ; des vapeurs s’élevaient du sol qui projetait des jets au moindre rayon de soleil. Des plantes parasites pelucheuses pendaient comme des suaires de chaque branche. Les arbres eux-mêmes avaient un aspect cauchemardesque. L’un d’eux, qui semblait donner naissance à une véritable forêt, lançait à la verticale des milliers de fines pousses partant d’une unique et épaisse tige qui courait le long du sol comme un gros câble noir sur plus d’un kilomètre. Les racines d’un autre, dirigées vers le ciel, s’élevaient à quatre ou cinq mètres et s’agitaient comme si elles voulaient faire signe aux oiseaux de passage. Il y avait une troisième espèce qui semblait avoir fondu et coulé à la base : le tronc sortait d’une masse ligneuse informe, telle une tumeur botanique, large d’une quinzaine de mètres et plus haute qu’un homme.

Ce n’étaient pourtant que des curiosités de la nature, qui ne présentaient aucun danger pour les voyageurs. Il y en avait d’autres, aux particularités plus agréables, comme cet arbre dont la multitude de fleurs d’un jaune éclatant pendaient comme des lanternes à l’extrémité de longues tiges souples ou un autre dont les téguments gris-bleu s’entrechoquaient au plus petit souffle d’air pour produire un tintement harmonieux. Un peu plus loin, ils tombèrent sur une vaste forêt d’arbres qui fleurissaient tous au même moment, à l’aube. C’est Septach Melayn, le plus matinal, qui assista à la scène. « Venez voir ! » s’écria-t-il, réveillant les autres, tandis que des fleurs écarlates géantes s’ouvraient partout en même temps. Tout le long du jour, ils traversèrent la merveilleuse forêt d’arbres en fleurs, mais, le crépuscule venant, tous les pétales commencèrent à tomber avec la simultanéité de la floraison. Le lendemain, à l’aube, il n’y en avait plus un seul et le sol était couvert d’un tapis rosé.

À mesure que l’expédition progressait vers le couchant, ces moments de beauté se faisaient plus rares et ce qu’ils voyaient devenait de plus en plus menaçant.

Il y eut d’abord quelques manculains qui se glissaient dans les broussailles : des créatures solitaires à long nez, aux nombreuses pattes, lentes et craintives, aux étroites oreilles rouges. Couvertes de la tête à la queue par de longues épines jaunes, pointues comme des stylets, dont l’extrémité noire, se brisant au moindre contact, s’enfonçait profondément dans la chair, comme si elles avaient une volonté propre.

Puis des insectes velus tout ronds, avec une double rangée d’yeux malveillants, qui dévoraient un petit mikkinong dont une des pattes fragiles était blessée, le réduisant en quelques instants à un tas d’os. Ensuite, dans une clairière, les voyageurs découvrirent un essaim de créatures d’énergie, chacune ayant la forme d’un éclair brillant pas plus gros que le pouce. Se rendant compte qu’elles avaient été repérées, elles formèrent des fils horizontaux longs de deux mètres qui dansaient dans l’air en groupes inaccessibles. Un officier imprudent s’étant aventuré trop près, elles se jetèrent sur lui avec un bourdonnement joyeux, l’enveloppant dans un nuage de traits mobiles de lumière ; quand elles s’éloignèrent, il ne restait de lui que quelques cendres noircies.

Les créatures d’énergie ne réapparurent pas. Mais la chaleur et l’humidité, écrasantes depuis que l’expédition avait pénétré dans la péninsule, ne faisaient qu’empirer. Ils n’étaient plus loin de la côte. La brise soufflait directement de Suvrael, de sorte que la chaleur ardente du continent méridional se mêlant aux vapeurs qui s’élevaient de la mer chaude séparant les deux continents transformait l’air des basses terres de la péninsule en une soupe salée.

Les insectes de toutes sortes y étaient gigantesques ; avec leurs pattes velues et leurs mâchoires claquantes, ils grouillaient sur le sol boueux et sablonneux. Ils virent les premiers crabes des marais, de sinistres crustacés au dôme pourpre, d’une taille invraisemblable, à demi submergés dans le terrain marécageux. Il y avait aussi des bouquets des célèbres plantes animales de Stoienzar, enracinées sur place, qui fabriquaient leur nourriture par photosynthèse, mais qui avaient aussi des bras charnus se déplaçant lentement et des rangées d’yeux brillants dans la section supérieure de leur corps tubulaire et des bouches minces comme des fentes juste au-dessous. Il y en avait de toutes les tailles, qui se tournaient d’une manière inquiétante au passage des voyageurs dans leurs flotteurs. À en croire Galielber Dorn, elles saisissaient tous les petits animaux passant à portée de leurs mains pour les dévorer.

— Il faudrait les détruire par le feu ! grommela Gialaurys avec une grimace de dégoût.

Mais ils savaient qu’ils auraient besoin de leurs lanceurs d’énergie pour un usage plus important. Ils entraient dans le pays des palmiers manganozas, des arbres disgracieux, poussant de guingois les uns contre les autres en laissant si peu d’espace entre eux qu’ils formaient un mur quasi impénétrable. Ces arbres avaient de longues palmes recourbées, groupées en plumets, entièrement bordées de cellules cristallines extraordinairement tranchantes. La plus légère brise suffisait à faire frémir ces palmes, un effleurement à faire couler le sang ; un coup de vent plus fort et ces palmiers étaient capables de trancher une main, un bras et même une tête.

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