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Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]

Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:

Vainqueur de la guerre des Sorciers, Prestimion, qui a manqué d’y perdre la vie, a payé chèrement le titre de Coronal. La fine fleur de Majipoor a été décimée, le monde ravagé, et la belle Thismet, la grande passion de Prestimion, est morte dans les combats.
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
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— C’est vrai, Prestimion, glissa Varaile. Tu te souviens peut-être que j’ai essayé de te raconter l’histoire de Dekkeret, le jour de ton retour de Muldemar… mais tu étais trop occupé, bien sûr, avec la préparation du voyage dans l’île…

Prestimion grimaça ; c’était la vérité. Il n’avait même pas pris la peine d’interroger lui-même Dekkeret sur ce qui lui était arrivé à Suvrael. Il avait éludé la question avec insouciance, se disant qu’il y reviendrait plus tard, mais elle lui était complètement sortie de la tête.

Un appareil permettant de contrôler les esprits ! Et ce Barjazid était en route pour le remettre entre les mains de Dantirya Sambail !

Encore une affreuse bévue dans un règne qui commençait à en être parsemé. Le Coronal, se dit-il, ne peut donc même pas se permettre de dormir, de crainte qu’une catastrophe s’abatte sur le monde dès qu’il fermera un instant les yeux. Comment Confalume avait-il réussi à maintenir les choses en équilibre pendant plus de quatre décennies ? Certes, Confalume n’avait pas eu sur les bras une guerre civile et ses conséquences, et Dantirya Sambail – que les démons lui dévorent le cœur ! – avait choisi d’attendre la fin du règne de Confalume pour commencer à semer la zizanie.

Il se tourna vers Dekkeret. Le jeune homme le regardait avec un respect confinant à l’adoration ; il ne semblait pas soupçonner que le Coronal était affreusement gêné et s’en voulait amèrement.

— Donnez-moi les détails, voulez-vous, reprit Prestimion, de ce que l’appareil de Barjazid a provoqué dans votre esprit.

Dekkeret lança vers Varaile un regard hésitant ; elle hocha vigoureusement la tête.

— Cela a commencé comme un cauchemar. J’ai cru être appelé par la Dame et j’avais le cœur empli de joie ; mais au moment où je courais vers elle, elle a disparu et je me suis retrouvé devant le cratère d’un volcan éteint. Il n’est jamais possible, monseigneur, de sentir toute la force du rêve d’un autre. Il faut le vivre de l’intérieur. Je peux vous dire que c’était un cauchemar, un terrible cauchemar, et vous croirez comprendre en vous souvenant de certains de vos propres cauchemars. Mais on ne peut pas comprendre à quel point le rêve d’un autre peut être terrifiant. C’était, croyez-moi, la pire expérience qui se puisse imaginer. Je me sentais envahi… vidé… violé… Barjazid savait ce qui s’était passé. Il m’a questionné le lendemain pour obtenir des détails sur mon rêve. Il réalisait des expériences sur l’esprit de ceux qui l’accompagnaient ; il essayait son matériel, monseigneur.

— C’est tout ? Il vous a envoyé un mauvais rêve ?

— Si vous pouviez dire vrai, monseigneur. Ce mauvais rêve n’était que le commencement. J’ai rêvé de nouveau le jour suivant. Il y avait cette femme que j’avais connue à Tolaghai, une fonctionnaire du Pontificat. Elle est venue à moi dans mon rêve ; nous étions nus tous deux ; elle me conduisait dans un jardin ravissant. Je dois préciser que nous avions eu une liaison à Tolaghai. Je la suivais avec grand plaisir, mais, cette fois encore, tout changea : le jardin se transforma en un affreux désert peuplé de silhouettes fantomatiques et je crus que j’allais mourir là, à cause de la chaleur et des fourmis qui avaient commencé à me piquer. En me réveillant, je me suis rendu compte que Barjazid m’avait fait marcher dans mon sommeil ; j’étais perdu dans le désert au moment le plus chaud de la journée, nu, loin du campement, sans eau, le corps brûlé par le soleil et gonflé par la chaleur. Si un Vroon qui voyageait avec nous n’était pas venu à mon secours, je serais mort. Je ne suis pas somnambule, monseigneur. C’est Barjazid qui m’a ordonné dans mon sommeil de me lever et de marcher. Je me suis levé et j’ai marché.

Le front creusé de plis profonds, mordillant sa lèvre inférieure, Prestimion fit signe à Dekkeret de poursuivre son récit. Il savait que ce n’était pas tout. Il en avait la conviction.

En effet.

— Et puis, monseigneur, il y a eu le troisième rêve. Dans les Marches de Khyntor, quand je chassais le steetmoy avec le prince Akbalik, j’ai commis un péché atroce. Nous avions des guides, des montagnards. Une femme a été blessée par le steetmoy que je pourchassais, mais j’étais tellement obsédé par la traque de l’animal que je l’ai laissée où elle était pour ne pas perdre mon steetmoy de vue. Quand je suis revenu, bien plus tard, j’ai découvert qu’elle avait été tuée et partiellement dévorée par un animal nécrophage.

— C’était donc cela, coupa Prestimion.

— Quoi, monseigneur ?

— Ce que vous avez fait ; la raison de votre départ à Suvrael. Akbalik m’avait informé que vous aviez fait quelque chose à Khyntor qui vous avait causé une telle honte que vous vous étiez embarqué pour Suvrael dans l’espoir de souffrir assez pour expier votre péché.

— J’aurais préféré ne pas revenir là-dessus, monseigneur, fit Dekkeret, le visage cramoisi. Mais vous m’avez demandé de parler des effets de l’appareil de Barjazid sur mon esprit. Grâce à cette machine, il y a pénétré, il a découvert l’histoire de la chasse au steetmoy et m’a obligé à la revivre. Mais c’était dix fois plus douloureux que dans la réalité : cette fois je savais depuis le début tout ce qui allait se passer et je ne pouvais rien faire pour empêcher que cela se reproduise. Au moment le plus intense du rêve, Barjazid était là, dans la forêt enneigée, et il m’interrogeait sur le choix que j’avais fait d’abandonner la montagnarde pour poursuivre mon steetmoy. Il voulait connaître tous les détails, ce que j’éprouvais d’avoir placé le plaisir de la chasse au-dessus d’une vie humaine, si je me sentais honteux, comment je vivrais avec ce sentiment de culpabilité. Et je lui ai demandé, toujours dans le rêve : « Êtes-vous mon juge ? » Il a répondu : « Bien sûr. Regardez mon visage. » Et il a soulevé la peau de son visage, comme on retire un masque ; dessous il y avait un autre visage, rieur, narquois et c’était le mien. C’était mon propre visage, monseigneur.

Les épaules voûtées, il détourna la tête. La seule évocation de ce cauchemar l’horrifiait encore.

— Vous ne m’aviez pas fait part de tous ces détails quand vous m’avez raconté l’histoire la première fois, glissa Varaile. La chasse, la femme, le masque…

— Non, madame. Je trouvais cela trop affreux pour en parler. Mais c’est à la demande du Coronal que je… que je vous…

— Exact, fit Prestimion. Que s’est-il passé ensuite ?

— Je me suis réveillé, en proie à une terrible souffrance. J’ai vu Barjazid qui ne s’était pas encore débarrassé de son appareil. J’ai sauté sur lui, j’ai exigé une explication, je lui ai dit qu’il était mon prisonnier et que je l’emmenais au Château où je vous mettrais au courant de ce qui s’était passé.

— Mais j’étais trop occupé pour vous écouter, fit Prestimion. Et aujourd’hui, Barjazid s’apprête à remettre son matériel entre les mains de Dantirya Sambail.

— J’ai tout expliqué au Haut Conseiller, monseigneur.

Il a donné des ordres pour que Barjazid et son fils soient interceptés, si faire se peut.

— Si faire se peut, oui. Mais il est équipé d’un appareil qui lui permet de déformer la réalité. Il passera entre les patrouilles comme il est sorti des tunnels et comme il a quitté le Château. Venez avec moi, tous les deux, poursuivit Prestimion en se levant. Je pense que ce serait une bonne idée de parler de cette affaire avec ma mère.

Assise à son bureau dans son petit cabinet de travail, la Dame Therissa écouta avec gravité Prestimion reprendre dans ses grandes lignes le récit de Dekkeret. Quand il eut terminé, elle resta un moment silencieuse.

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