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Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]

Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:

Vainqueur de la guerre des Sorciers, Prestimion, qui a manqué d’y perdre la vie, a payé chèrement le titre de Coronal. La fine fleur de Majipoor a été décimée, le monde ravagé, et la belle Thismet, la grande passion de Prestimion, est morte dans les combats.
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
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— C’est un véritable danger, Prestimion, déclara-t-elle enfin.

— J’en ai conscience.

— A-t-il rejoint le Procurateur ?

— Je n’ai aucun moyen de le savoir, mais je ne crois pas. Même avec l’aide de son matériel diabolique, il aura du mal, après Kajith Kabulon, à trouver Dantirya Sambail sur la côte de Stoienzar.

— Je pense que tu as raison, fit Varaile. Il ne doit pas encore être arrivé. S’il avait trouvé Dantirya Sambail, ils se seraient empressés d’utiliser l’appareil pour amplifier la vague de folie. Des villes entières seraient en proie à la démence. Tu ne crois pas ?

— J’en suis sûr, déclara Dekkeret.

Il se tenait à l’écart, visiblement impressionné de se trouver au cœur du sanctuaire de la Dame de l’île. En prononçant cette phrase, il parut étonné d’avoir osé ouvrir la bouche sans y avoir été invité en présence de deux des Puissances du Royaume. Il rentra légèrement la tête dans les épaules, comme s’il voulait se faire tout petit. En souriant, la Dame Therissa lui fit signe de poursuivre.

— Je ne sais pas grand-chose sur le Procurateur, reprit-il, même si je n’ai entendu dire que du mal de lui. Mais je ne connais que trop bien Barjazid : je le crois capable d’utiliser son appareil de la manière que Dantirya Sambail lui indiquera.

— Est-il réellement aussi puissant que vous le donnez à entendre ? demanda la Dame. Nous avons aussi dans l’île, vous ne l’ignorez pas, des appareils qui pénètrent profondément dans les esprits. Mais rien qui puisse contraindre quelqu’un à se lever dans son sommeil et à s’enfoncer dans le désert sous le feu du soleil. Rien qui puisse changer du tout au tout la nature d’un rêve.

— Celui que tu m’as fait essayer, mère, fit Prestimion, le bandeau d’argent que je portais quand nous avons bu le vin de l’interprétation… est-ce l’instrument le plus puissant dont tu disposes ?

— Non, répondit la Dame Therissa, il en existe des plus puissants qui peuvent non seulement entrer en contact avec les esprits, mais leur envoyer des messages. Je n’ai pas osé te permettre d’expérimenter leur puissance ; leur utilisation exige des mois d’entraînement. Mais même ceux-là sont loin d’avoir la puissance de celui que votre Barjazid utilise.

— Vous avez utilisé le matériel de l’île, monseigneur, fit Dekkeret. Comment était-ce ?

— Comment était-ce ? répéta Prestimion d’un ton songeur.

Il revint en esprit à cet étrange voyage dont le souvenir était encore si fort en lui.

— Eh bien, Dekkeret, cela nous ramène à la question que vous avez soulevée en disant qu’on ne peut réellement se faire une idée de la force du rêve d’un autre. Le seul moyen pour vous de le savoir serait de porter ce cercle d’argent.

— Dites-moi quand même, monseigneur. Je vous en prie.

Le regard de Prestimion se perdit au loin, comme s’il voyait à travers les murs du Temple Intérieur, au-delà des trois falaises de l’île, par-dessus les flots dorés brasillant sous le soleil.

— C’était comme être un dieu, Dekkeret, fit-il doucement. Cela m’a donné le pouvoir d’être en communion mentale avec des millions d’êtres à la fois. Cela m’a permis d’être partout sur Majipoor en même temps. Comme le sont l’atmosphère, le climat, la pesanteur.

Ses yeux plissés se réduisirent à des fentes. La pièce, sa mère, son épouse, Dekkeret, tout disparut de sa vue. Il avait l’impression d’entendre le souffle du vent. Pendant un moment à donner le vertige, il imagina que son front était ceint du bandeau d’argent et qu’il s’élevait dans les airs, plus haut que le Mont, qu’il se fondait dans la vastitude du monde, qu’il effleurait des esprits partout, des esprits par milliers, par centaines de milliers, par millions, par milliards, les esprits sains de la planète et les pauvres et tristes esprits malades aussi, qu’il pénétrait en eux, offrant de-ci de-là un mot, une caresse, le réconfort de la Dame, la guérisseuse de l’île.

Tous les regards étaient braqués sur lui. Il se rendit compte qu’il s’était laissé entraîner en leur présence dans un étrange et lointain état de conscience. Il lui fallut encore un moment avant de sentir qu’il en était entièrement revenu.

— Ce que j’ai appris en portant ce bandeau d’argent, expliqua-t-il à Dekkeret, c’est que lorsque la Dame accomplit sa tâche, elle n’est plus un être humain ordinaire, mais devient une force de la nature… une Puissance. Une Puissance véritable, comme ni le Coronal ni le Pontife, simples monarques désignés, ne peuvent le devenir. Je ne t’en ai rien dit, mère, mais le jour où j’ai porté le cercle d’argent, j’ai vu de la manière la plus claire qui soit – et je ne l’oublierai jamais – à quel point ta fonction est importante pour le monde. Et j’ai compris que devenir la Dame de l’île avait dû transformer ta vie.

— Mais lorsque vous avez voyagé par toute la planète grâce au pouvoir de ce cercle, insista Dekkeret, l’idée vous est-elle venue qu’il pourrait exister un moyen d’implanter des rêves dans l’esprit des gens ? Ou d’acquérir une telle emprise sur eux qu’ils feraient automatiquement vos volontés ?

— Non, répondit Prestimion, je ne pense pas. Mère ? ajouta-t-il se tournant vers la Dame.

— Comme je l’ai dit, répondit-elle en secouant la tête, il est possible d’envoyer des rêves. Pas des ordres.

— Dans ce cas, reprit Dekkeret, la mine sombre, ce que Barjazid possède et va remettre à Dantirya Sambail est la plus mortelle des armes. Si on ne met pas un terme aux agissements de ces deux-là, c’est la paix de la planète qui sera menacée. Voilà pourquoi, monseigneur, je suis venu vous remettre mon message en main propre au lieu d’utiliser les moyens de communication habituels. Qui n’a pas ressenti la force de l’appareil de Barjazid ne peut comprendre la menace qu’il recèle. Et je suis le seul à l’avoir ressenti et à pouvoir en parler.

9

Par la fenêtre de son bureau dominant le front de mer, Akbalik observait l’arrivée de la flotte royale dans le port de Stoien. Trois vaisseaux rapides sur lesquels flottaient le pavillon du Coronal et celui de la Dame de l’île.

— Il faut que je descende et que je sois sur le quai quand ils débarqueront. J’y vais. Il le faut.

— Votre jambe, prince…, murmura Odrian Kestivaunt.

— Tant pis pour ma jambe ! Ma jambe n’est pas une excuse ! Le Coronal arrive avec la Dame. Ma place est sur le quai.

— Permettez-moi au moins de changer le cataplasme, prince, insista le petit Vroon avec douceur. Nous avons largement le temps.

La requête était raisonnable. Akbalik prit place sur le tabouret placé près de la fenêtre et présenta son mollet blessé au Vroon. Akbalik avait de la peine à suivre les déplacements des tentacules qui donnaient l’impression de voler ; Kestivaunt retira prestement le bandage de la veille, dénudant la plaie enflammée. Son aspect ne faisait qu’empirer : rouge, gonflée, elle ne cessait de s’étendre le long de la jambe malgré les soins du Vroon. Kestivaunt la nettoya avec un liquide bleu pâle frais et légèrement astringent, palpa délicatement de l’extrémité d’un tentacule la région entourant la plaie dont il écarta doucement les lèvres pour regarder à l’intérieur.

Vous me faites mal ! lança Akbalik entre ses dents serrées.

— Veuillez me pardonner, prince. Il faut que je regarde…

— S’il y a des bébés crabes des marais qui s’y développent ?

— Je vous ai dit, prince, qu’il est peu probable que celui qui vous a pincé ait été assez âgé pour…

— Ouille ! Pour l’amour du Divin, Kestivaunt, faites attention ! Changez le cataplasme et cessez d’appuyer partout, voulez-vous ? Vous prenez plaisir à me torturer !

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