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Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]

Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:

Vainqueur de la guerre des Sorciers, Prestimion, qui a manqué d’y perdre la vie, a payé chèrement le titre de Coronal. La fine fleur de Majipoor a été décimée, le monde ravagé, et la belle Thismet, la grande passion de Prestimion, est morte dans les combats.
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
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Il serra la main de Varaile dans la sienne, lui embrassa le bout des doigts et l’entraîna vers les flotteurs.

— Il faut partir. Mais où est Akbalik ? Il devrait être là.

— N’est-ce pas lui, Prestimion ? Tout là-bas ?

Elle indiqua l’autre côté de la place. Un homme avec une canne, oui. Il allait très lentement, s’arrêtait tous les trois pas pour reprendre des forces et soulager sa jambe gauche. Prestimion le suivit du regard, la mine sombre. C’était inquiétant, cette blessure infectée d’Akbalik. La sorcellerie Vroon avait ses limites ; Akbalik était un homme important : il devait être confié le plus rapidement possible aux soins des meilleurs médecins du Château. Prestimion se demandait quelle était réellement la gravité de la blessure.

— Il n’est pas près d’arriver, fit-il. Tu devrais aller t’asseoir dans le flotteur, Varaile. Il n’est pas bon pour toi de rester si longtemps debout.

Elle lui sourit, monta dans le flotteur.

À ce moment-là, quelque chose lui revint à l’esprit, une question qu’il voulait lui poser depuis plusieurs semaines.

— Une dernière chose avant que tu partes, Varaile. Te souviens-tu, quand je vous ai raconté dans le Temple Intérieur, à ma mère et à toi, l’histoire de l’oblitération, j’ai dit que le nom du fils de lord Confalume qui s’était emparé du trône était Korsibar. Tu as eu l’air très surprise. Puis-je te demander pourquoi ?

— J’avais entendu ce nom. Mon père l’avait prononcé un jour, dans le courant de ses divagations. Il semblait croire que Confalume était encore Coronal ; quand je lui ai dit que non, qu’il y en avait un nouveau, il s’est écrié : « Ah oui ! Lord Korsibar ! » « Non, père, ai-je dit, le nouveau Coronal s’appelle lord Prestimion. Il n’y a pas de lord Korsibar. » J’ai cru que c’était sa folie qui le faisait parler ainsi. Mais quand tu nous as dit que l’usurpateur dont le nom avait été effacé par tes mages de la mémoire du monde s’appelait Korsibar…

— Je vois, fit Prestimion en sentant un frisson d’appréhension le parcourir. Le père de Varaile connaissait ce nom. Il se souvenait de Korsibar. Est-il possible que les effets de l’oblitération commencent à s’estomper, que le véritable passé remonte à la surface ?

Il n’avait pas vraiment besoin de cela maintenant. Peut-être seuls ceux qui étaient le plus profondément atteints par la folie étaient-ils capables de ces retours en arrière ? Et nul ne pouvait prendre très au sérieux ce qu’ils disaient. « Dans le courant de ses divagations », venait de dire Varaile en parlant de son père. Il n’en devrait pas moins garder cela présent à l’esprit. Et il consulterait un des mages : Maundigand-Klimd ou, peut-être, Heszmon Gorse.

C’était un problème sur lequel il se pencherait plus tard. Akbalik était enfin arrivé, arborant un large sourire peu convaincant.

— Je vois que tout le monde est prêt ! s’écria-t-il avec un entrain forcé.

— Tout le monde est prêt et attend, fit Prestimion. Comment va cette jambe ?

Elle donnait l’impression d’être encore plus gonflée que la veille. Peut-être n’était-ce qu’une illusion.

— La jambe ? Elle va bien, monseigneur. Un petit élancement de temps en temps. Encore quelques jours et…

— Oui, un petit élancement, fit Prestimion. J’ai cru observer plusieurs de ces petits élancements tandis que vous traversiez la place. Dès votre arrivée au Château, ne perdez pas de temps pour la faire examiner, voulez-vous ?

Il détourna la tête pour ne pas voir avec quelle difficulté Akbalik montait dans le flotteur.

— Bon voyage ! cria-t-il.

Varaile et Akbalik lui firent des signes de la main. Les rotors du véhicule se mirent à bourdonner. Les autres flotteurs du convoi commencèrent eux aussi à se mettre en marche. Prestimion demeura un long moment immobile sur la place quand les véhicules eurent disparu.

10

— Dis-moi franchement, fit Septach Melayn. T’attendais-tu à revenir un jour dans cette région ?

— Pourquoi pas, répondit Gialaurys.

Ils entraient de nouveau dans la forêt pluviale de Kajith Kabulon, dans ce voyage vers le sud qui les avait vus traverser Bailemoona, Ketheron et Arvyanda en suivant le même itinéraire que deux ans plus tôt. Contrairement au précédent voyage où ils accompagnaient Prestimion dans une expédition modeste, ils étaient cette fois à la tête d’une force imposante.

— Nous sommes au service du Coronal, poursuivit Gialaurys. Quand Prestimion nous dit d’aller quelque part, nous y allons. Si cela implique de faire dix voyages à Ketheron dans une année ou de traverser quinze fois le Valmambra, qu’est-ce que cela change pour nous ?

— Une réponse pesante à une question légère, mon ami, fit Septach Melayn en riant. Je voulais seulement dire que la planète est si vaste qu’on ne s’attend pas à visiter deux fois le même endroit. Sauf, bien entendu, pour les allers et retours dans les cités du Mont. Et nous voilà dans la chaleur humide de la forêt de Kajith Kabulon pour la deuxième fois en trois ans.

— Ma réponse est la même, grommela Gialaurys. Nous sommes ici parce que le Coronal lord Prestimion nous a envoyés dans la péninsule de Stoienzar et que le plus court chemin du Château à la péninsule passe par Kajith Kabulon. Je ne comprends pas le sens de ta question. Mais ce ne serait pas la première fois que tu ouvres la bouche pour le simple plaisir de faire du bruit. N’est-ce pas, Septach Melayn ?

— Croyez-vous, lança Navigorn, en partie pour apaiser la tension de plus en plus perceptible, que quelqu’un ait vécu assez longtemps pour voir toute la planète ? Je ne veux pas seulement dire partir d’ici pour aller sur la côte opposée de Zimroel ; les Coronals le font tous quand ils accomplissent leur Grand Périple. Mais aller partout, dans chaque province, chaque cité, relier la côte orientale d’Alhanroel à la côte occidentale de Zimroel et descendre du pôle nord jusqu’à la pointe méridionale de Suvrael.

— Il faudrait cinq cents ans, je pense, fit Septach Melayn. Plus longtemps, je le crains, que nous ne vivrons. Mais Prestimion n’est Coronal que depuis peu et nous avons déjà, Gialaurys et moi, parcouru les territoires du levant, puis nous sommes descendus jusqu’à Sippulgar et nous avons maintenant le grand plaisir de visiter la magnifique péninsule…

— Tu m’insupportes, Septach Melayn, lança Gialaurys. Je crois que je vais voyager dans un autre flotteur.

Mais il ne fit pas mine d’arrêter le véhicule ; ils poursuivirent leur route ensemble. La voûte de feuillage devenait plus dense. C’était un univers de verdure dont l’uniformité n’était rompue de loin en loin que par les taches de couleur éclatante des lichens sur les troncs, écarlates le plus souvent, parfois d’un jaune plus vif encore que le jaune soufre de Ketheron. Ce n’était que le début de l’après-midi, mais le soleil n’était déjà plus visible à travers l’entrelacement des lianes unissant les cimes des arbres au fut mince qui bordaient la route. Le roulement incessant de la pluie sur les feuilles mettait les nerfs à rude épreuve ; une petite pluie, d’une intensité constante, qui tombait sans discontinuer, heure après heure.

Une longue file de flotteurs s’étirait devant eux. Chacun portait sur ses flancs le symbole du Labyrinthe ; ce n’était pas officiellement une armée, seulement une force de maintien de la paix engagée dans une opération de police et placée – toujours officiellement – sous le commandement du Pontificat. Il n’y avait pas d’armée sur Majipoor, seulement des troupes pontificales chargées du maintien de la paix. Le Coronal n’avait à sa disposition d’autres troupes que celles qui constituaient la garde du Château. L’armée que Korsibar avait lancée contre Prestimion pendant la guerre civile était une version gonflée, probablement inconstitutionnelle, de la garde du Coronal ; celle que Prestimion avait levée pour détrôner l’usurpateur une milice composée de volontaires.

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