L'assommoir
- Автор: Золя Эмиль
- Серия: les rougon-macquart #7
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «L'assommoir». Краткое содержание книги:
Le lendemain, les Boche la virent partir a midi, comme les deux autres jours. Ils lui souhaitaient bien de l'agrement. Ce jour-la, a Sainte-Anne, le corridor tremblait des gueulements et des coups de talon de Coupeau. Elle tenait encore la rampe de l'escalier, qu'elle l'entendit hurler:
-En v'la des punaises!... Rappliquez un peu par ici, que je vous desosse!... Ah! ils veulent m'escoffier, ah! les punaises! Je suis plus rupin que vous tous! Decarrez, nom de Dieu!
Un instant, elle souffla devant la porte. Il se battait donc avec une armee! Quand elle entra, ca croissait et ca embellissait. Coupeau etait fou furieux, un echappe de Charenton! Il se demenait au milieu de la cellule, envoyant les mains partout, sur lui, sur les murs, par terre, culbutant, tapant dans le vide; et il voulait ouvrir la fenetre, et il se cachait, se defendait, appelait, repondait, tout seul pour faire ce sabbat, de l'air exaspere d'un homme cauchemarde par une flopee de monde. Puis, Gervaise comprit qu'il s'imaginait etre sur un toit, en train de poser des plaques de zinc. Il faisait le soufflet avec sa bouche, il remuait des fers dans le rechaud, se mettait a genoux, pour passer le pouce sur les bords du paillasson, en croyant qu'il le soudait. Oui, son metier lui revenait, au moment de crever; et s'il gueulait si fort, s'il se crochait sur son toit, c'etait que des mufes l'empechaient d'executer proprement son travail. Sur tous les toits voisins, il y avait de la fripouille qui le mecanisait. Avec ca, ces blagueurs lui lachaient des bandes de rats dans les jambes. Ah! les sales betes, il les voyait toujours! Il avait beau les ecraser, en frottant son pied sur le sol de toutes ses forces, il en passait de nouvelles ribambelles, le toit en etait noir. Est-ce qu'il n'y avait pas des araignees aussi! Il serrait rudement son pantalon pour tuer contre sa cuisse de grosses araignees, qui s'etaient fourrees la. Sacre tonnerre! il ne finirait jamais sa journee, on voulait le perdre, son patron allait l'envoyer a Mazas. Alors, en se depechant, il crut qu'il avait une machine a vapeur dans le ventre; la bouche grande ouverte, il soufflait de la fumee, une fumee epaisse qui emplissait la cellule et qui sortait par la fenetre; et, penche, soufflant toujours, il regardait dehors le ruban de fumee se derouler, monter dans le ciel, ou il cachait le soleil.
-Tiens! cria-t-il, c'est la bande de la chaussee Clignancourt, deguisee en ours, avec des flafla...
Il restait accroupi devant la fenetre, comme s'il avait suivi un cortege dans une rue, du haut d'une toiture.
-V'la la cavalcade, des lions et des pantheres qui font des grimaces... Il y a des momes habilles en chiens et en chats... Il y a la grande Clemence, avec sa tignasse pleine de plumes. Ah! sacredie! elle fait la culbute, elle montre tout ce qu'elle a!.. Dis donc, ma biche, faut nous carapatter... Eh! bougres de roussins, voulez-vous bien ne pas la prendre!... Ne tirez pas, tonnerre! ne tirez pas...
Sa voix montait, rauque, epouvantee, et il se baissait vivement, repetant que la rousse et les pantalons rouges etaient en bas, des hommes qui le visaient avec des fusils. Dans le mur, il voyait le canon d'un pistolet braque sur sa poitrine. On venait lui reprendre la fille.
-Ne tirez pas, nom de Dieu! ne tirez pas...
Puis, les maisons s'effondraient, il imitait le craquement d'un quartier qui croule; et tout disparaissait, tout s'envolait. Mais il n'avait pas le temps de souffler, d'autres tableaux passaient, avec une mobilite extraordinaire. Un besoin furieux de parler lui emplissait la bouche de mots, qu'il lachait sans suite, avec un barbotement de la gorge. Il haussait toujours la voix.
-Tiens, c'est toi, bonjour!... Pas de blague! ne me fais pas manger tes cheveux.
Et il passait la main devant son visage, il soufflait pour ecarter des poils. L'interne l'interrogea.
-Qui voyez-vous donc?
-Ma femme, pardi!
Il regardait le mur, tournant le dos a Gervaise.
Celle-ci eut un joli trac, et elle examina aussi le mur, pour voir si elle ne s'apercevait pas. Lui, continuait de causer.
-Tu sais, ne m'embobine pas... Je ne veux pas qu'on m'attache... Fichtre! te voila belle, t'as une toilette chic. Ou as-tu gagne ca, vache! Tu viens de la retape, chameau! Attends un peu que je t'arrange!... Hein? tu caches ton monsieur derriere tes jupes. Qu'est-ce que c'est que celui-la? Fais donc la reverence, pour voir... Nom de Dieu! c'est encore lui!
D'un saut terrible, il alla se heurter la tete contre la muraille; mais la tenture rembourree amortit le coup. On entendit seulement le rebondissement de son corps sur le paillasson, ou la secousse l'avait jete.
-Qui voyez-vous donc? repeta l'interne.
-Le chapelier! le chapelier! hurlait Coupeau.
Et, l'interne ayant interroge Gervaise, celle-ci begaya sans pouvoir repondre, car cette scene remuait en elle tous les embetements de sa vie. Le zingueur allongeait les poings.
-A nous deux, mon cadet! Faut que je te nettoie a la fin! Ah! tu viens tout de go, avec cette drogue au bras, pour te ficher de moi en public. Eh bien! je vas t'estrangouiller, oui, oui, moi! et sans mettre des gants encore!... Ne fais pas le fendant... Empoche ca. Et atout! atout! atout!
Il lancait ses poings dans le vide. Alors, une fureur s'empara de lui. Ayant rencontre le mur en reculant, il crut qu'on l'attaquait par derriere. Il se retourna, s'acharna sur la tenture. Il bondissait, sautait d'un coin a un autre, tapait du ventre, des fesses, d'une epaule, roulait, se relevait. Ses os mollissaient, ses chairs avaient un bruit d'etoupes mouillees. Et il accompagnait ce joli jeu de menaces atroces, de cris gutturaux et sauvages. Cependant, la bataille devait mal tourner pour lui, car sa respiration devenait courte, ses yeux sortaient de leurs orbites; et il semblait peu a peu pris d'une lachete d'enfant.
-A l'assassin! a l'assassin!... Foutez le camp, tous les deux. Oh! les salauds, ils rigolent. La voila les quatre fers en l'air, cette garce!... Il faut qu'elle y passe, c'est decide... Ah! le brigand, il la massacre! Il lui coupe une quille avec son couteau. L'autre quille est par terre, le ventre est en deux, c'est plein de sang... Oh! mon Dieu, oh! mon Dieu, oh! mon Dieu...
Et, baigne de sueur, les cheveux dresses sur le front, effrayant, il s'en alla a reculons, en agitant violemment les bras, comme pour repousser l'abominable scene. Il jeta deux plaintes dechirantes, il s'etala a la renverse sur le matelas, dans lequel ses talons s'etaient empetres.
-Monsieur, monsieur, il est mort! dit Gervaise les mains jointes.
L'interne s'etait avance, tirant Coupeau au milieu du matelas. Non, il n'etait pas mort. On l'avait dechausse; ses pieds nus passaient, au bout; et ils dansaient tout seuls, l'un a cote de l'autre, en mesure, d'une petite danse pressee et reguliere.
Justement, le medecin entra. Il amenait deux collegues, un maigre et un gras, decores comme lui. Tous les trois se pencherent, sans rien dire, regardant l'homme partout; puis, rapidement, a demi-voix, ils causerent. Ils avaient decouvert l'homme des cuisses aux epaules, Gervaise voyait, en se haussant, ce torse nu etale. Eh bien c'etait complet, le tremblement etait descendu des bras et monte des jambes, le tronc lui-meme entrait en gaiete, a cette heure! Positivement, le polichinelle rigolait aussi du ventre. C'etaient des risettes le long des cotes, un essoufflement de la berdouille, qui semblait crever de rire. Et tout marchait, il n'y avait pas a dire! les muscles se faisaient vis-a-vis, la peau vibrait comme un tambour, les poils valsaient en se saluant. Enfin, ca devait etre le grand branle-bas, comme qui dirait le galop de la fin, quand le jour parait et que tous les danseurs se tiennent par la patte en tapant du talon.