Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
L'assommoir - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

L'assommoir

Электронная книга - «L'assommoir». Краткое содержание книги:

L'assommoir
1 ... 107 108 109 110 111 112 113 114 115 116
Перейти на страницу:

-Entrez.

La premiere chambre, celle de madame Goujet, etait conservee pieusement dans l'etat ou elle l'avait laissee. Pres de la fenetre, sur une chaise, le tambour se trouvait pose, a cote du grand fauteuil qui semblait attendre la vieille dentelliere. Le lit etait fait, et elle aurait pu se coucher, si elle avait quitte le cimetiere pour venir passer la soiree avec son enfant. La chambre gardait un recueillement, une odeur d'honnetete et de bonte.

-Entrez, repeta plus haut le forgeron.

Elle entra, peureuse, de l'air d'une fille qui se coule dans un endroit respectable. Lui, etait tout pale et tout tremblant, d'introduire ainsi une femme chez sa mere morte. Ils traverserent la piece a pas etouffes, comme pour eviter la honte d'etre entendus. Puis, quand il eut pousse Gervaise dans sa chambre, il ferma la porte. La, il etait chez lui. C'etait l'etroit cabinet qu'elle connaissait, une chambre de pensionnaire, avec un petit lit de fer garni de rideaux blancs. Contre les murs, seulement, les images decoupees s'etaient encore etalees et montaient jusqu'au plafond. Gervaise, dans cette purete, n'osait avancer, se retirait loin de la lampe. Alors, sans une parole, pris d'une rage, il voulut la saisir et l'ecraser entre ses bras. Mais elle defaillait, elle murmura:

-Oh! mon Dieu!... oh! mon Dieu!...

Le poele, couvert de poussiere de coke, brulait encore, et un restant de ragout, que le forgeron avait laisse au chaud, en croyant rentrer, fumait devant le cendrier. Gervaise, degourdie par la grosse chaleur, se serait mise a quatre pattes pour manger dans le poelon. C'etait plus fort qu'elle, son estomac se dechirait, et elle se baissa, avec un soupir. Mais Goujet avait compris. Il posa le ragout sur la table, coupa du pain, lui versa a boire.

-Merci! merci! disait-elle. Oh! que vous etes bon! Merci!

Elle begayait, elle ne pouvait plus prononcer les mots. Lorsqu'elle empoigna la fourchette, elle tremblait tellement qu'elle la laissa retomber. La faim qui l'etranglait lui donnait un branle senile de la tete. Elle dut prendre avec les doigts. A la premiere pomme de terre qu'elle se fourra dans la bouche, elle eclata en sanglots. De grosses larmes roulaient le long de ses joues, tombaient sur son pain. Elle mangeait toujours, elle devorait goulument son pain trempe de ses larmes, soufflant tres-fort, le menton convulse. Goujet la forca a boire, pour qu'elle n'etouffat pas; et son verre eut un petit claquement contre ses. dents.

-Voulez-vous encore du pain? demandait-il a demi-voix.

Elle pleurait, elle disait non, elle disait oui, elle ne savait pas. Ah! Seigneur! que cela est bon et triste de manger, quand on creve!

Et lui, debout en face d'elle, la contemplait. Maintenant, il la voyait bien, sous la vive clarte de l'abat-jour. Comme elle etait vieillie et degommee! La chaleur fondait la neige sur ses cheveux et ses vetements, elle ruisselait. Sa pauvre tete branlante etait toute grise, des meches grises que le vent avait envolees. Le cou engonce dans les epaules, elle se tassait, laide et grosse a donner envie de pleurer. Et il se rappelait leurs amours, lorsqu'elle etait toute rose, tapant ses fers, montrant le pli de bebe qui lui mettait un si joli collier au cou. Il allait, dans ce temps, la reluquer pendant des heures, satisfait de la voir. Plus tard, elle etait venue a la forge, et la ils avaient goute de grosses jouissances, tandis qu'il frappait sur son fer et qu'elle restait dans la danse de son marteau. Alors, que de fois il avait mordu son oreiller, la nuit, en souhaitant de la tenir ainsi dans sa chambre! Oh! il l'aurait cassee, s'il l'avait prise, tant il la desirait! Et elle etait a lui, a cette heure, il pouvait la prendre. Elle achevait son pain, elle torchait ses larmes au fond du poelon, ses grosses larmes silencieuses qui tombaient toujours dans son manger.

Gervaise se leva. Elle avait fini. Elle demeura un instant la tete basse, genee, ne sachant pas s'il voulait d'elle. Puis, croyant voir une flamme s'allumer dans ses yeux, elle porta la main a sa camisole, elle ota le premier bouton. Mais Goujet s'etait mis a genoux, il lui prenait les mains, en disant doucement:

-Je vous aime, madame Gervaise, oh! je vous aime encore et malgre tout, je vous le jure!

-Ne dites pas cela, monsieur Goujet! s'ecria-t-elle, affolee de le voir ainsi a ses pieds. Non, ne dites pas cela, vous me faites trop de peine!

Et comme il repetait qu'il ne pouvait pas avoir deux sentiments dans sa vie, elle se desespera davantage.

-Non, non, je ne veux plus, j'ai trop de honte... pour l'amour de Dieu! relevez-vous. C'est ma place, d'etre par terre.

Il se releva, il etait tout frissonnant, et d'une voix balbutiante:

-Voulez-vous me permettre de vous embrasser?

Elle, eperdue de surprise et d'emotion, ne trouvait pas une parole. Elle dit oui de la tete. Mon Dieu! elle etait a lui, il pouvait faire d'elle ce qu'il lui plairait. Mais il allongeait seulement les levres.

-Ca suffit entre nous, madame Gervaise, murmura-t-il. C'est toute notre amitie, n'est-ce pas?

Il la baisa sur le front, sur une meche de ses cheveux gris. Il n'avait embrasse personne, depuis que sa mere etait morte. Sa bonne amie Gervaise seule, lui restait dans l'existence. Alors, quand il l'eut baisee avec tant de respect, il s'en alla a reculons tomber en travers de son lit, la gorge crevee de sanglots. Et Gervaise ne put pas demeurer la plus longtemps; c'etait trop triste et trop abominable, de se retrouver dans ces conditions, lorsqu'on s'aimait. Elle lui cria:

-Je vous aime, monsieur Goujet, je vous aime bien aussi... Oh! ce n'est pas possible, je comprends... Adieu, adieu, car ca nous etoufferait tous les deux.

Et elle traversa en courant la chambre de madame Goujet, elle se retrouva sur le pave. Quand elle revint a elle, elle avait sonne rue de la Goutte-d'Or, Boche tirait le cordon. La maison etait toute sombre. Elle entra la dedans, comme dans son deuil. A cette heure de nuit, le porche, beant et delabre, semblait une gueule ouverte. Dire que jadis elle avait ambitionne un coin de cette carcasse de caserne! Ses oreilles etaient donc bouchees, qu'elle n'entendait pas a cette epoque la sacree musique de desespoir qui ronflait derriere les murs! Depuis le jour ou elle y avait fichu les pieds, elle s'etait mise a degringoler. Oui, ca devait porter malheur, d'etre ainsi les uns sur les autres, dans ces grandes gueuses de maisons ouvrieres; on y attraperait le cholera de la misere. Ce soir-la, tout le monde paraissait creve. Elle ecoutait seulement les Boche ronfler, a droite; tandis que Lantier et Virginie, a gauche, faisaient un ronron, comme des chats qui ne dorment pas et qui ont chaud, les yeux fermes. Dans la cour, elle se crut au milieu d'un vrai cimetiere; la neige faisait par terre un carre pale; les hautes facades montaient, d'un gris livide, sans une lumiere, pareilles a des pans de ruine; et pas un soupir, l'ensevelissement de tout un village raidi de froid et de faim. Il lui fallut enjamber un ruisseau noir, une mare lachee par la teinturerie, fumant et s'ouvrant un lit boueux dans la blancheur de la neige. C'etait une eau couleur de ses pensees. Elles avaient coule, les belles eaux bleu tendre et rose tendre!

Puis, en montant les six etages, dans l'obscurite, elle ne put s'empecher de rire; un vilain rire, qui lui faisait du mal. Elle se souvenait de son ideal, anciennement: travailler tranquille, manger toujours du pain, avoir un trou un peu propre pour dormir, bien elever ses enfants, ne pas etre battue, mourir dans son lit. Non, vrai, c'etait comique, comme tout ca se realisait! Elle ne travaillait plus, elle ne mangeait plus, elle dormait sur l'ordure, sa fille courait le guilledou, son mari lui flanquait des tatouilles; il ne lui restait qu'a crever sur le pave, et ce serait tout de suite, si elle trouvait le courage de se flanquer par la fenetre, en rentrant chez elle. N'aurait-on pas dit qu'elle avait demande au ciel trente mille francs de rente et des egards? Ah! vrai, dans cette vie, on a beau etre modeste, on peut se fouiller! Pas meme la patee et la niche, voila le sort commun. ce qui redoublait son mauvais rire, c'etait de se rappeler son bel espoir de se retirer a la campagne, apres vingt ans de repassage. Eh bien! elle y allait, a la campagne. Elle voulait son coin de verdure au Pere-Lachaise.

1 ... 107 108 109 110 111 112 113 114 115 116
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)