À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1989
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2221056523
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
— Que m’importe le nom que les Beng donnent à leurs dieux ! répliqua Koshmar. Leurs dieux n’existent pas ! Leurs dieux sont imaginaires !
— Koshmar…
— Nous ne participerons pas à la fête des Beng, Torlyri !
— Mais, Koshmar…
Koshmar se tourna brusquement pour faire face à la femme- offrande. Une idée lui était venue à l’esprit, avec une telle soudaineté que la tête lui tournait et que sa respiration s’était accélérée.
— Que dirais-tu si je t’annonçais que nous allons quitter Vengiboneeza dans deux ou trois semaines, un mois au plus ?
— Quoi ?
— Et nous allons avoir besoin de tout le temps qu’il nous reste pour faire les préparatifs du départ. Nous ne pourrons donc assister à la fête des Beng.
— Quitter… Vengiboneeza…
— En restant ici, Torlyri, nous n’avons rien à attendre d’autre que des ennuis. Tu le sais bien et moi aussi. Hresh est venu me voir et il m’a dit qu’il fallait partir. Mais je n’ai pas voulu l’écouter. Et puis mes yeux se sont ouverts et la voie à suivre m’est clairement apparue. Je me suis demandé ce qu’il fallait faire pour nous sauver et la réponse est venue : il nous faut quitter cette ville. C’est la mort pour nous, si nous restons ici. Regarde le sourire de cette statue des yeux de saphir ! C’est de nous qu’il se moque. Nous étions juste venus pour découvrir des objets de l’ancien monde susceptibles de nous être utiles et nous sommes déjà là depuis… combien d’années maintenant, Torlyri ? Dans cette cité qui ne nous a jamais appartenu. Dans cette cité où même les pierres se moquent de nous. Dans cette cité où grouillent maintenant des étrangers arrogants, accoutrés d’une manière ridicule et adorant des dieux imaginaires.
Une vive inquiétude passa dans les yeux de Torlyri. Elle n’échappa pas à Koshmar qui comprit avec tristesse que sa ruse avait réussi, qu’elle avait arraché la vérité à la femme-offrande, cette vérité qu’elle redoutait tant, mais qu’elle avait désespérément besoin de connaître.
— Tu parles sérieusement ? demanda Torlyri.
— Je fais préparer le décret et je vais l’annoncer très bientôt.
Nous emporterons tout ce qui pourra nous être utile, tous les appareils que Hresh et ses Chercheurs ont trouvés. Et nous prendrons la route — cap au sud, vers la chaleur ! — comme nous aurions déjà dû le faire depuis plusieurs années. C’est Harruel qui était dans le vrai. Cette ville veut notre perte. Comme il n’avait pas réussi à m’en convaincre, il est parti. Harruel est impétueux. Il est impétueux et il manque de jugement, mais, dans cette affaire, il s’est montré plus clairvoyant que moi. Notre séjour à Vengiboneeza touche à sa fin, Torlyri.
La femme-offrande était abasourdie.
Koshmar sentait ses forces revenir et elle éprouvait une ardeur telle qu’elle n’en avait pas connu depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois.
— Viens, Torlyri, dit-elle d’une voix rauque. Ma chère Torlyri, ma bien-aimée ! Nous sommes seules ici. Tu n’as pas envie d’un couplage, Torlyri ? Cela fait si longtemps… Et après, nous rentrerons au campement.
— Koshmar… commença Torlyri, sans pouvoir achever sa phrase.
— Un couplage, Torlyri… Tu n’en as pas envie ?
Torlyri la regardait, les lèvres et les narines frémissantes, des larmes brillant au coin de ses yeux.
— Si tu as envie d’un couplage, dit-elle d’une voix étouffée, je veux bien le faire pour toi.
— Et toi, tu n’en as pas envie ? Tu m’as dit que tu me cherchais pour avoir le plaisir d’être auprès de moi. Comment peux-tu être plus près de moi que par le couplage ?
Torlyri baissa les yeux.
— J’ai déjà eu un couplage aujourd’hui, dit-elle d’une voix hésitante. C’était… mon devoir, tu comprends ? Quelqu’un avait besoin du réconfort de la femme-offrande et je n’ai pas le droit de refuser…
— Et tu es trop fatiguée pour recommencer si peu de temps après ?
— Oui. Exactement.
Koshmar regarda Torlyri droit dans les yeux et la femme-offrande déroba son regard.
Elle refuse un couplage avec moi, songea Koshmar, car elle sait que je pourrai lire dans son âme et que je découvrirai la profondeur de son amour pour l’Homme au Casque.
Mais non. Mais non. Notre dernier couplage ne remonte pas à si longtemps que cela et j’ai déjà vu ce qu’elle éprouve pour son Beng. Et elle sait que je l’ai vu. Il y a donc autre chose qu’elle tient à me cacher. Quelque chose de nouveau, quelque chose d’encore plus grave. Et je crois que je devine ce que c’est.
— Très bien, dit Koshmar. Je crois que je pourrai me passer de couplage aujourd’hui.
Elle se leva et fît signe à Torlyri de l’imiter.
— Allons-nous réellement quitter Vengiboneeza dans quelques jours ? demanda la femme-offrande.
— Dans un mois. Peut-être six semaines.
— Tout à l’heure, tu as dit un mois au plus.
— Nous partirons quand nous serons prêts à partir. S’il nous faut un mois, nous partirons dans un mois. S’il nous en faut deux, nous partirons dans deux mois.
— Mais nous partirons de toute façon ?
— Rien ne pourra me faire changer d’avis.
Torlyri eut un petit mouvement de recul, comme si Koshmar venait de la frapper.
— Alors, tout est fini, dit-elle.
— Que veux-tu dire ?
— Laisse-moi, Koshmar, je t’en prie.
Koshmar hocha lentement la tête. Elle comprenait tout maintenant. Torlyri avait refusé le couplage parce qu’elle n’osait pas lui avouer que si le Peuple quittait Vengiboneeza pour de bon, elle ne partirait pas avec eux. Elle préférait rester avec l’Homme au Casque et elle savait que Koshmar n’autoriserait certainement pas le Beng à accompagner la tribu, même s’il en exprimait le désir.
Torlyri est perdue à jamais pour moi, se dit Koshmar.
Côte à côte, elles regagnèrent le campement en silence.
14. Les temps derniers
Ce fut pour Hresh une période de grand bonheur qui lui apporta la réalisation de nombreux rêves et lui permit de dépasser certaines de ses plus hautes aspirations.
Taniane était devenue sa compagne de couplage et sa partenaire d’accouplement. Maintenant qu’entre eux toutes les barrières étaient tombées, il comprenait enfin que tout au long de leur enfance et de leur jeunesse elle n’avait jamais cessé de l’aimer. Tandis que lui, aveugle à toute cette passion, plongé dans l’étude des chroniques, puis dans l’exploration de Vengiboneeza, n’avait jamais perçu la nature des sentiments de Taniane ni d’ailleurs celle de ses propres sentiments pour la jeune fille.
Haniman n’avait été qu’une distraction pour elle. Un amant de passage, qui lui servait peut-être aussi à éveiller la jalousie de Hresh. Hresh s’était lourdement trompé sur la nature de leurs rapports et tout le monde en avait souffert.
Mais le mal était réparé. Hresh et Taniane passaient maintenant toutes leurs nuits ensemble, jamais rassasiés, poitrine contre poitrine, organes sensoriels étroitement enroulés l’un autour de l’autre, dans une intense communion de l’esprit et de la chair dont Hresh ne cessait de s’émerveiller. Il comptait, dès qu’il en aurait trouvé le courage, demander à Koshmar l’autorisation de prendre Taniane pour compagne. Il avait en vain cherché un précédent dans les chroniques : jamais un ancien de la tribu n’avait pris une compagne. Mais rien non plus ne l’interdisait et Torlyri avait bien pris Lakkamai pour compagnon. Ce qui était permis à la femme- offrande ne l’était-il pas au chroniqueur ?
Hresh n’ignorait rien de l’ambition qui animait Taniane. Il savait qu’à ses yeux Koshmar était trop vieille, déjà usée, détruite et qu’elle aspirait à prendre la place du chef.