À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1989
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2221056523
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
Elles étaient trop fatiguées et trop effrayées pour s’exécuter aussi rapidement qu’il l’eût souhaité. Mais il les caressa, il les câlina, il laissa sa main courir sur leur sexe, comme si finalement il avait décidé de s’accoupler avec elles et, au bout d’un certain temps, il sentit une communion s’ébaucher avec Weiawala. Quelques instants plus tard, timidement, craintivement, Thaloin se joignit à eux.
Un couplage à trois ? Qui aurait jamais imaginé cela ? Les images affluaient dans l’esprit de Salaman, y semant la confusion et le laissant totalement dérouté. Mais il se força à faire le tri pour s’y retrouver et, petit à petit, tout se mit en place dans sa tête. Il sentait qu’il accédait à une vision de nature divine.
— La seconde vue ! murmura-t-il d’une voix pressante. Utilisez votre seconde vue ! Oui, comme cela…
Et Salaman vit.
Avec l’aide de ses deux partenaires, il était en mesure de projeter ses perceptions très haut dans le ciel et vers les quatre points cardinaux. C’était une merveilleuse et étourdissante sensation. Ce qui n’avait été qu’un grondement sourd devint un épouvantable roulement de tonnerre, comme si la terre au loin tremblait sans fin. Et il ne provenait pas des collines du sud, comme Salaman l’avait cru, mais de très loin au nord. Ce qu’il avait perçu les autres fois n’était que l’écho du message, répercuté par les montagnes à une grande distance au sud.
Il vit les gigantesques animaux rouges des Beng, ces monstres hirsutes qu’ils appelaient vermilions, un troupeau immense de milliers et de milliers de têtes, un océan mouvant de vermilions, une masse ondoyante recouvrant les flancs des montagnes et remplissant les vallées. Et cette terrifiante et sauvage multitude se dirigeait d’un pas lent et inexorable vers le sud, droit sur la Cité de Yissou…
Et, au milieu de ce monstrueux piétinement, à la tête de la myriade d’animaux…
Des hjjk ! Une colossale armée de hjjk, un nombre incalculable d’insectes noir et jaune en ordre de marche. Il distinguait les globes à facettes de leurs nombreux petits yeux, il percevait les terrifiants claquements de leurs becs acérés.
Le peuple des insectes était en marche, avançant en rangs serrés avec leurs vermilions, ravageant tout sur leur passage. Et il se dirigeaient vers la Cité de Yissou !
Jamais Taniane n’avait eu un couplage aussi bizarre. Ils l’avaient accompli juste après leur accouplement, ce qui n’était peut-être pas une très bonne idée. Hresh s’était fort bien débrouillé pour quelqu’un qui prétendait être entièrement novice en la matière, mais il avait semblé trop soucieux de faire les choses comme il convenait et cette gaucherie avait fini par embarrasser Taniane. Cette gêne s’était peut-être partiellement répercutée sur leur couplage. Quand elle lui avait ouvert son esprit, il s’était projeté en elle avec une violence à couper le souffle, mais, presque aussitôt, elle avait senti qu’il commençait à lui cacher certaines choses, à élever des barrières, à lui dissimuler certains aspects de son âme, ce qui allait à l’encontre du but recherché. Et pourtant, malgré les mystérieuses réticence de Hresh, Taniane avait eu le sentiment d’une communion bouleversante et l’expérience avait été pour elle d’une inoubliable intensité. Elle était consciente de n’avoir eu accès qu’à une partie de son âme, mais, aussi incomplète qu’elle eût été, cette fusion avait été infiniment plus forte que tout ce qu’elle avait jamais connu avec ses différents partenaires de couplage.
Quand ce fut terminé, ils restèrent tranquillement allongés dans la salle de couplage, écoutant le vent balayer les rues de son souffle chaud.
— Je peux te dire quelque chose, Hresh ? demanda Taniane après un très long moment de silence.
— Est-ce que cela me fera plaisir ?
— Je n’en suis pas sûre.
— Vas-y, dit-il après un moment d’hésitation.
— Tu ne le prendras pas mal ? poursuivit-elle en laissant lentement courir sa main sur la fourrure très douce de la saignée du bras de Hresh.
— Comment veux-tu que je le sache ?
— Bon, bon. Ce que je voulais te dire, c’est que… c’est que tu déclenches en moi des réactions si fortes qu’elles me font très peur. Voilà, c’est tout.
— Et comment suis-je censé prendre cela ?
— Très bien. Je t’assure.
— J’espère, dit-il.
Il posa à son tour la main sur le bras de Taniane et commença de la caresser. Ils restèrent silencieux pendant quelque temps. Taniane avait la tête sur la poitrine de Hresh et elle entendait le battement sourd de son cœur.
— Torlyri ne t’a donc pas appris qu’il ne fallait rien cacher pendant le couplage ? demanda-t-elle brusquement.
— Je t’ai caché quelque chose ?
— C’est l’impression que j’ai eue.
— Tu sais, Taniane, je n’ai pas encore une grande expérience de la chose.
— Crois-tu que j’en aie beaucoup plus que toi ? Mais je sais ce que doit être le couplage et je sais que tu t’es dérobé, au moins en partie, et cela m’a fait mal, Hresh. Cela m’a donné l’impression que tu ne me faisais pas confiance, et même que tu te servais de moi…
— Non !
— Je ne veux pas te faire de la peine. J’essaie simplement de t’expliquer ce que j’ai ressenti… Afin que ce soit mieux pour nous la prochaine fois. Car je veux qu’il y ait une prochaine fois, Hresh, tu le sais bien, et qu’après il y en ait encore beaucoup d’autres…
— Je ne me suis pas dérobé, Taniane.
— Très bien. C’est peut-être moi qui me suis trompée.
Il s’écarta d’elle, s’appuya sur un coude et la regarda au fond des yeux.
— Si je t’ai dissimulé quelque chose, commença-t-il, c’est ce que j’ai découvert sur le monde, sur le Peuple, sur les Beng et sur la Grande Planète… des découvertes que je n’ai pas encore fini d’analyser, mais par lesquelles j’ai été secoué comme par un tremblement de terre. Des découvertes si écrasantes, Taniane, que je commence seulement à en comprendre la portée. Elles sont là, juste à la lisière de mon âme, et si je n’ai pas voulu te les faire partager pendant notre couplage, c’est sans doute… Je ne sais pas, sans doute parce que j’ai pensé qu’elles pourraient te faire du mal… Voilà pourquoi j’ai préféré les dissimuler.
— Raconte-moi, dit-elle.
— Je ne crois pas qu’il…
— Raconte-moi !
Il la considéra longuement d’un air grave.
— Te souviens-tu du jour où je me suis servi du Barak Dayir pour nous faire pénétrer dans le grand bâtiment de pierre verte où nous avons vu se déplacer les esprits des Faiseurs de Rêves ?
— Bien sûr que je m’en souviens.
— Qu’était cet édifice, à ton avis ?
— Un temple, répondit-elle. Un temple de la Grande Planète.
— Le temple de qui ?
— Le temple des Faiseurs de Rêves, répondit-elle en plissant le front.
— Et qui étaient les Faiseurs de Rêves ? poursuivit Hresh.
Taniane ne répondit pas tout de suite.
— Tu veux savoir ce que j’ai réellement pensé ce jour-là ? dit-elle d’une voix hésitante.
— Oui.
— Tu ne te moqueras pas de moi ?
— Certainement pas.
— J’ai pensé ce jour-là que les Faiseurs de Rêves étaient les humains dont parlent les chroniques. Qu’ils étaient les humains, eux, et pas nous. Et c’est bien ce que nous ont dit les yeux de saphir artificiels aux portes de Vengiboneeza… Ils nous ont dit que nous avions tort de nous considérer comme des humains et que nous ne sommes qu’une espèce d’animaux supérieurs. Nous n’avons jamais fait partie de la Grande Planète. Voilà ce que je pense au fond de moi-même depuis le jour où nous sommes entrés dans ce bâtiment. Mais je sais que je me trompe. Cela ne peut pas être vrai, Hresh ! Dis-moi que ce ne sont que des absurdités ! Les Faiseurs de Rêves sont probablement des voyageurs venus d’une autre planète et nous sommes les êtres humains que nous avons toujours cru être.