À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1989
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2221056523
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
— Non. Nous ne sommes pas humains.
— C’est impossible !
— J’en ai eu la preuve devant les yeux. Il faut savoir regarder la vérité en face. Il y a des statues des Six Peuples dans toutes les ruines de la Grande Planète et, contrairement aux Faiseurs de Rêves, notre race n’y est pas représentée. De plus, dans une vision de la Vengiboneeza antique que j’ai eue grâce à une machine de la Grande Planète, j’ai découvert un endroit où étaient présentés toutes sortes d’animaux, pas des êtres civilisés, non… des animaux sauvages. Dans une cage se trouvaient nos ancêtres… Ils étaient presque comme nous, Taniane, et ils étaient enfermés dans une cage ! Exposés aux regards ! Des animaux !
— Non, hresh !
— Des animaux très intelligents, Taniane. Si intelligents qu’ils ont construit des cocons à l’arrivée du Long Hiver pour nous permettre d’en attendre la fin. Il est également possible que nous ayons construit les cocons nous-mêmes, je n’en sais rien. Et Dawinno nous a lentement changés. Il a fait de nous des êtres encore plus intelligents, tellement intelligents que nous avons mal interprété les chroniques et que nous avons cru être les humains. Mais il n’en est rien. Je le sais et l’ancien des Beng le sait, lui aussi. Il n’est jamais venu à l’esprit des siens qu’ils pouvaient être les descendants des humains vivant à l’époque de la Grande Planète.
— Mais si, comme l’affirment les chroniques, les humains sont censés prendre possession de la planète, maintenant que l’hiver est terminé…
— Non, dit Hresh. Les humains ont tous disparu. Ils sont morts pendant le Long Hiver, à l’exception de Ryyg qui était peut-être le dernier d’entre eux. C’est nous qui sommes censés prendre possession de la planète, mais, pour y parvenir, nous devrons nous rendre humains, Taniane !
— Je ne te suis plus. Si nous ne sommes pas humains, comment pouvons-nous…
— En vivant comme des humains. C’est presque ce que nous faisons. Nous avons un langage, une écriture, une histoire. Nous savons construire. Nous pouvons transmettre notre savoir à nos enfants. Tout cela est le propre des humains, pas des animaux. Le comportement des animaux est déterminé par leur instinct ; le nôtre par le savoir. Tu comprends ? Les Faiseurs de Rêves n’étaient pas les seuls humains, Taniane ! Les Six Peuples de la Grande Planète étaient humains ! Les humains humains, les yeux de saphir, les végétaux…
— Les hjjk aussi ? Ils étaient humains ?
— Si « humain » signifie civilisé, oui, répondit Hresh après un instant d’hésitation. Si cela signifie posséder la faculté d’apprendre, de créer, de transformer le monde, oui. Si l’on en juge selon ce critère, même les hjjk sont humains. C’est simplement une forme différente d’humanité. Et nous serons humains, nous aussi. Les nouveaux humains, les derniers humains. Il nous faudra pour cela continuer à nous développer et puis bâtir et réfléchir. Mais la première chose à faire, ce sera de quitter Vengiboneeza pour créer quelque chose qui sera véritablement à nous, plutôt que de nous terrer dans ces ruines. Bâtir pierre à pierre notre propre capitale, et non reconstruire une civilisation à partir des décombres de la précédente. Comprends-tu ce que je veux dire, Taniane ?
— Oui, je comprends. Je crois que je comprends, Hresh. C’est à peu près ce que disait Harruel.
— Oui. Lui aussi, à sa manière, il avait compris. Et il est parti pour accomplir ce que nous aurons à accomplir. Même si c’est un être grossier et brutal, il a au moins le mérite d’avoir commencé à bâtir quelque chose. C’est la tâche à laquelle, nous aussi, nous allons devoir nous atteler. Il nous incombera de relier le passé à l’avenir. Être humain, c’est poursuivre une œuvre, c’est établir des liens entre ce qui fut et ce qui sera. Voilà pourquoi il importe maintenant que nous finissions d’explorer ces ruines pour découvrir tous les objets de la Grande Planète qui sont encore en état de marche. Nous les emporterons avec nous quand nous quitterons Vengiboneeza et nous les utiliserons pour bâtir ce que nous avons à bâtir. Nous n’avons pas fait beaucoup de recherches depuis l’arrivée des Beng, poursuivit-il en souriant à Taniane. Mais un soir, il n’y a pas longtemps, je suis parti tout seul à l’autre bout de la ville et j’ai découvert une nouvelle salle où sont entreposées des machines. Je n’ai pas eu le temps d’y entrer, car les Beng m’ont arrêté. Je ne suis pas sûr qu’ils sachent exactement ce qu’il y a là-bas, mais ils tiennent à ce qu’aucun de nous n’en approche. Nous ne pouvons les laisser faire. Que dirais-tu d’y retourner avec moi ? Pour voir ce qu’il y a ? D’accord, Taniane ? D’accord ?
— Bien sûr, dit-elle. Quand veux-tu y aller ?
— Dans un ou deux jours. Bientôt.
— D’accord. Bientôt.
Il tendit les bras vers elle et Taniane crut qu’il avait de nouveau envie d’un couplage ; mais il voulait simplement la serrer dans ses bras. Puis il se leva et tendit la main pour l’aider à se mettre debout. Il lui annonça qu’il devait voir Koshmar pour discuter de tout cela avec elle. Et il avait d’autres choses importantes à faire. Toujours des discussions, toujours des choses à faire. Il partit et elle resta seule, secouant la tête.
Quel être bizarre tu es, Hresh ! songea-t-elle. Et si merveilleux !
Les idées se bousculaient dans sa tête. Pas humains… Nous devrons nous rendre humains… Il nous faudra bâtir… Il nous incombera de relier le passé à l’avenir…
Elle sortit sur l’esplanade où elle demeura seule, s’efforçant de calmer son esprit enfiévré. Soudain, elle entendit quelqu’un arriver derrière elle. C’était Haniman.
— Tu n’as pas envie d’un couplage ? murmura-t-il.
— Non !
— Tu me dis toujours non.
— Fiche-moi la paix, Haniman !
— Alors, un accouplement ?
— Non !
— Même pas ça ?
— Mais vas-tu me laisser tranquille !
— Que se passe-t-il, Taniane ? Tu as l’air perturbée.
— Oui.
— Dis-moi ce qui ne va pas.
— Va-t’en, soupira-t-elle.
— J’essaie simplement de t’aider. Cela fait partie des très anciennes coutumes de l’humanité : quand un homme voit une femme en plein désarroi, il essaie de la réconforter.
— Nous ne sommes pas humains ! s’écria-t-elle en lui lançant un regard exaspéré.
— Qu’est-ce que tu dis ?
— C’est Hresh qui l’affirme. Il en a la preuve. Nous ne sommes que des animaux, comme les gardiens artificiels nous l’avaient dit. Les humains étaient ceux que nous appelions les Faiseurs de Rêves et ils sont tous morts. Tu n’es qu’un singe au cerveau bien développé, Haniman, et moi aussi. Va donc le demander à Hresh si tu ne me crois pas. Et maintenant laisse-moi tranquille, veux-tu ? Laisse-moi tranquille ! Laisse-moi tranquille !
Haniman la regarda fixement, béant de surprise.
Puis il s’éloigna lentement. Taniane le suivit du regard, la main sur la bouche.
Dans la pénombre de sa chapelle, dans les volutes de fumée du feu d’herbes aromatiques, Koshmar voyait des formes masquées évoluer devant ses yeux. Il y avait Lirridon, avec son masque de guerre au bec acéré. Il y avait Nialli, avec un masque noir et vert hérissé de pointes rouge sang. Il y avait Sismoil, fuyante, énigmatique. Il y avait Thekmur. Et Yanla. Et puis Vork…