Les Habits Noirs Tome I
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome I». Краткое содержание книги:
La bande criminelle les «Habits Noirs», dirigée par Lecoq, le bras droit du colonel Bozzo-Corona, le «Maître à tous», organise le vol de la caisse du banquier Bancelle, en 1825, tout en montant une machination compliquée destinée à égarer la justice sur un faux coupable (manoeuvre que les Habits noirs appellent «payer la loi», et qu'ils renouvelleront à chaque épisode). Ce faux coupable est André Maynotte, sur lequel Lecoq satisfait ainsi une ancienne vengeance. André Maynotte est condamné, mais réussit à s'enfuir…
Le boudoir était la dernière pièce officielle de l’agence Lecoq. Un petit carré, donnant sur l’escalier de service, la séparait de la salle à manger, qui commençait la série des appartements privés du patron. La maison tournait ici. Une chambre à coucher de style, hyperanacréontique, et dont la description messiérait tout à fait, s’ouvrait également sur le petit carré. Le patron menait, disait-on, une assez joyeuse vie privée.
Là, aucun papier ne traînait; il y avait des cartons crénelés et défendus par des chevaux de frise, des tiroirs à triple serrure qui défiaient la sape, un coffre-fort, chef-d’œuvre de la maison Berthier, à l’abri du pétard. Impénétrable mystère! C’était ici le temple où M. Lecoq accomplissait la partie sacerdotale de ses fonctions. Les secrets des messieurs et des dames restaient en sûreté là-dedans et dormaient jusqu’à l’heure où M. Lecoq trouvait intéressant de les éveiller.
La vie est un combat. Jadis, on se servait d’armes lourdes et brutales pour frayer son chemin dans cette mêlée. Aujourd’hui, la vieille Europe, goutteuse et rhumatisante, répugne à ces exercices salutaires. Il y a bien le duel du pharmacien, qui conviendrait aux personnes sédentaires, mais la loi entêtée persécute les pilules, et la médecine se fâche contre tout empoisonnement qui ne rentre pas dans le codex.
Où donc trouver des armes pour livrer la bataille de la vie?
À l’agence Lecoq, s’il vous plaît. M. Lecoq fournit des renseignements. Je vous prie de croire qu’un renseignement bien établi vaut trois ou quatre revolvers.
La guerre joue de son reste, vous devez bien le voir. Tant mieux! Demain, la guerre ayant dansé sa dernière gigue, nous passerons la revue de nos armées de diplomates.
M. Lecoq était un diplomate. Il avait fondé à Paris la première maison de renseignements. Parmi la cohue de ses imitateurs, son souvenir reste haut. Il est de l’histoire. Ce fut chez lui que se fournit Argus, quand l’âge eut mis sur ses cent yeux cinquante paires de besicles. Il n’était pas la police, mais la police achetait à bas bruit ses almanachs excellents.
Eussiez-vous souhaité plus de faste dans la maison d’un homme si considérable? C’est là-bas un quartier riche, mais sans gêne et ombrageux. Le luxe l’offense. On y gagne beaucoup plus d’argent qu’on n’en dépense: c’est le contraire de la Chaussée-d ’Antin: pour y faire des affaires, il n’est pas nécessaire de s’afficher en or.
Depuis longtemps, il ne nous a pas été donné de voir M. Lecoq face à face. Nous avons eu à prononcer son nom très souvent, et le lecteur sait que, depuis l’époque où il plaçait, en province, les caisses à secret et à défense de la maison Berthier et Cie, M. Lecoq a fait brillamment son chemin, mais c’est un spectacle intéressant et toujours nouveau que d’assister aux transformations opérées par l’âge dans une riche nature. Telle jeunesse un peu orageuse mûrit en virilité splendide. C’est donc avec l’émotion d’un légitime orgueil que nous présentons ici M. Lecoq, transfiguré, à nos amis et à nos ennemis: M. Lecoq de la Perrière, chevalier de plusieurs ordres.
Nous sommes loin du commis voyageur, doué d’un certain brio, mais entaché du détestable goût qui pestifère cet élément social. M. Lecoq n’avait certes pas pris ces manières de l’Ancien Régime dont la Comédie-Française fait si bien la caricature; il ne secouait pas son jabot, il ne tournait pas sur le talon, il ne jetait pas sous son bras un claque. L’effronterie était, chez lui, devenue aplomb, la brutalité rondeur, la fanfaronnade autorité: de sorte qu’on peut dire que le fond était resté le même, tout en s’épurant et se sublimant. M. Lecoq de la Perrière était tout uniment la quintessence éthérée de cet illustre Gaudissart, qui fut l’amphitryon de notre J.-B. Schwartz à l’auberge de Caen, dans les premiers chapitres de cette histoire.
Il était là, dans ses appartements privés, en conférence intime, non point avec le premier venu, mais bien avec le marquis de Gaillardbois. Voyez où mène la conduite! un homme posé, un homme influent, un homme de ministère et même un peu de cour, lancé au mieux dans les affaires politiques et qui, dirait-on, avait vendu très cher à la royauté, quasi légitimement, son passé de conspirateur vendéen. M. le marquis et M. Lecoq étaient ensemble dans des rapports familiers, cela se voyait; M. le marquis fumait un cigare et buvait du shot ale, commodément assis qu’il était et reposant ses pieds sur la tablette de la cheminée: des pieds vernis comme un guéridon chinois; M. Lecoq demi-couché dans une causeuse, buvait du shot ale et fumait une grosse pipe albanaise à bout d’ambre. Il ne faut point que le choix du breuvage étonne. La bière est la boisson universelle des gens qui fument: peuple ou princes.
M. Lecoq avait une robe de chambre de velours noir à cordelière d’or et doublée de satin cerise; son habit de ville, à la boutonnière duquel brillait un ruban multicolore, était jeté sur un meuble. Nous savons qu’il passait la quarantaine; mais il était conservé parfaitement et semblait être encore jeune homme, malgré le faisceau de petites rides que son caractère joyeux avait groupées en éventail aux coins de ses yeux clairs. Ses traits étaient solidement dessinés, surtout son nez, de carrure romaine; il avait la bouche grande, sculptée avec énergie et marquée du pli sarcastique. Ses cheveux, d’un châtain sombre et fauve, frisaient ou plutôt crêpaient sur son front largement développé, d’un luisant de bronze; par contre, ses sourcils avaient blanchi, ce qui donnait un clignotement à ses yeux. Il ne portait pas de barbe. Sa jeunesse était surtout dans sa taille souple et robuste. Ce devait être, en la rigueur du terme, un luron solide.
M. le marquis de Gaillardbois, plus âgé d’une dizaine d’années, était un ancien beau, fatigué, mais suffisamment confit. Ses cheveux n’étaient peut-être pas teints, quoiqu’ils en eussent l’air. Il portait barbe entière et moustaches, le tout d’un noir de jais. Il était de qualité, cela se voyait; il était du monde aussi, malgré ce lieu douteux où nous le rencontrons; l’abandon exagéré qu’il affectait ne cachait pas entièrement une sincère distinction de manières que les façons de M. Lecoq faisaient encore mieux ressortir. Il n’y avait pas jusqu’à sa mise élégante et simple qui ne trahît un niveau supérieur.
Un dernier trait: les yeux noirs de M. le marquis, hautains, fendus et entourés d’un large cercle d’estompé, semblaient avoir, par moments, un irrésistible penchant à la déroute – mais il les posait alors d’aplomb et les forçait à soutenir le regard.