Les Habits Noirs Tome I
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome I». Краткое содержание книги:
La bande criminelle les «Habits Noirs», dirigée par Lecoq, le bras droit du colonel Bozzo-Corona, le «Maître à tous», organise le vol de la caisse du banquier Bancelle, en 1825, tout en montant une machination compliquée destinée à égarer la justice sur un faux coupable (manoeuvre que les Habits noirs appellent «payer la loi», et qu'ils renouvelleront à chaque épisode). Ce faux coupable est André Maynotte, sur lequel Lecoq satisfait ainsi une ancienne vengeance. André Maynotte est condamné, mais réussit à s'enfuir…
Corona haussa les épaules, disant:
– Sans ce vieux diable de Père, je serais veuf depuis le lendemain de mes noces!
– A-t-il révélé quelque chose en confession? demanda l’homme masqué au faux prêtre.
– Il a bien raconté quelques peccadilles, répliqua celui-ci, mais pour le gros, néant. Il est mort comme un saint, parole d’honneur!
– C’était un homme, et c’était le Père! prononça Toulonnais-l’Amitié avec emphase, faisant ainsi en deux mots l’oraison funèbre du Maître décédé.
– Mes frères, reprit-il en changeant de ton, il m’a été dit tout à l’heure: «Tu es arrivé trop tard.» Cela est vrai en ce qui vous concerne; pour ce qui me regarde, cela n’a pas de signification. Voici déjà plusieurs jours que j’ai reçu des mains du Père le secret des Habits Noirs, avec ses dernières instructions.
– Que cherchais-tu sous la chemise, demanda rudement le docteur, si tu as le scapulaire?
– Montre le scapulaire! ajouta l’Italien.
– Je montrerai le scapulaire, répliqua l’Amitié, à l’assemblée qui va se réunir pour reconnaître l’héritier; je dirai en même temps la dernière volonté du Père, et je donnerai le détail de l’immense opération dont le plan occupa sa veille suprême… moi seul puis faire cela: quelqu’un a-t-il à me démentir?
– Que cherchais-tu sous la chemise? répéta le docteur.
– Je cherchais un pli qui m’était annoncé et que je n’ai pas trouvé. Le Père m’avait donné son secret qui ne peut appartenir qu’à un seul et qui m’appartient; mais son or était à partager entre vous tous: et cela lui coûtait de se séparer de son or. Il y a de l’enfant chez l’homme qui s’en va. Le Père ne voulait pas, lui vivant, lâcher la clef du trésor.
– Cela doit être vrai, dit le prêtre; il conservait un vague espoir de vivre.
– Je cherchais la clef, poursuivit l’Amitié, et je cherchais le pli explicatif qui devait vous mettre en possession de votre héritage. Mais il y avait là, tout à l’heure, une femme. Nous veillions, il est vrai; tous nos yeux étaient braqués sur elle. Qu’importe, elle a du sang bohémien dans ses veines corses; elle est adroite, elle est hardie… Ne l’avez-vous pas vue qui se penchait pour embrasser le Père!
– Si fait! dit-on de toutes parts, nous l’avons vue.
– Cette femme est contre nous depuis les jours de son enfance. On répondit encore:
– C’est vrai! c’est vrai! son père et sa mère n’étaient point avec nous!
– Cette femme a pris votre bien pour le porter à vos ennemis; elle a volé ce qui vous eût fait riches tout d’un coup. Le Père n’est plus là pour mettre son amour entre elle et le châtiment. Il faut qu’elle meure.
Les sept répliquèrent d’une seule voix:
– C’est justice: elle mourra.
Et le comte Corona, riant d’un rire cynique, ajouta:
– Je suis jaloux, ne vous mêlez pas de cela; je m’en charge.
XXVIII L’agence
Cette agence Lecoq, dont nous allons franchir enfin le seuil fameux, était une grande maison où rien ne manquait et qui parlait d’argent: non point peut-être de cet argent, périodiquement bénédiction, venant aussi régulièrement que la marée sur les grèves et qui fait des logis cossus, propres, honnêtement ordonnés – des Rentes, joyeux amour de toutes les ménagères -, mais de l’argent capricieux, artiste, conquis de manière ou d’autre, venant d’ici tantôt, et tantôt de là, de l’argent de spéculation, de l’argent de combinaisons, de l’argent d’affaires, presque aussi cambrioleur que l’argent de jeu lui-même.
Si loin que soit de nous ce règne de Louis-Philippe, il est certain que Paris était déjà, en ce temps, une assez jolie ville, futée, madrée, industrieuse à l’excès et faisant monnaie de toutes sortes de frivolités. L’article annonces, mètre normal des civilisations, marchait dès lors tout seul; il y avait des laboratoires à mariages, des bureaux de renseignements.
Derrière cet huis à deux battants, qui portait pour enseigne: Agence Lecoq, on trouvait une très vaste antichambre, transformée en bureau, et coupée, selon sa largeur, en deux parties égales, dont l’une appartenait au public, l’autre aux employés, défendus par un grillage que doublaient des rideaux de soie verte. Cela ressemblait assez au vestibule d’une banque de second ordre ou au bureau public d’un agent de change. Quoique neuf heures du soir eussent sonné et que ce fût dimanche, on entendait causer derrière la soie, la preuve que les affaires marchaient.
Le salon suivait le bureau, une fort noble pièce, meublée à la papa, velours ponceau et acajou bruni, pendule à sujet philosophique, candélabres riches, mais d’un fâcheux modèle, tapis d’Aubusson un peu fatigué, guéridon portant des brochures politiques, piano à queue immense, tableaux dont les cadres avaient de la valeur. Tout cela, pour le quartier, était splendide. Le salon, éclairé par une lampe qui brûlait tristement sur le guéridon, était solitaire.
On ne saurait exprimer d’un mot la physionomie du «cabinet» qui venait après le salon. C’était ample et grave, mais on y flairait une odeur de pipe. En 1842, la pipe n’avait pas dans le monde la position qu’elle a aujourd’hui. Nos mœurs laissaient encore à désirer. Cette odeur de pipe pouvait donc passer pour une note médiocre; mais, d’autre part, les respectables paperasses, empilées partout, les cartons d’excellente tournure, les meubles naïfs et austères donnaient au «cabinet» une apparence quasi ministérielle. Le maître d’un pareil sanctuaire devait faire en grand, cela sautait aux yeux. Mais, que faisait-il? Rien d’illicite ou même de caché, car le bureau à cylindre, tout ouvert, montrait ingénument ses papiers épars et le fouillis des lettres décachetées. Vous n’auriez pas remarqué un plus grand désordre sur la table de travail d’un poète. Cette absence de précautions parle naturellement de loyauté; ceux qui se peuvent montrer ainsi à découvert inspirent la confiance.
Néanmoins, comme ce ne sont pas leurs propres affaires que traitent ces obligeants chrétiens qui ont l’honneur de porter le mot Agence écrit sur leurs portes, un tel laisser-aller pourrait avoir des inconvénients sérieux. Veuillez vous rassurer. Pas d’agence sans discrétion. C’est l’abc du métier: discrétion à toute épreuve. Le patron est un confesseur; le cabinet est une tombe. Essayez, puisqu’il n’y a personne, furetez, cherchez, quêtez, tournez et retournez, vous ne trouverez rien, à moins que vous ne tombiez précisément sur l’amorce de quelque ligne dormante, tendue là tout exprès pour un poisson de votre espèce. Vous êtes encore aux bagatelles de la porte. Une agence est mieux machinée que cela. Ceci est le foyer public; le tabernacle est ailleurs, le foyer privé, cadenassé pour les profanes. Dans cette partie-là, nous sommes loyaux, c’est vrai, mais nous sommes prudents par état.
Nous faisons toutes les choses que le tabellion ne sait ou ne peut faire. Et si nous manquons de diplômes, c’est que nous sommes à cent coudées au-dessus des vulgaires examens.
Une lampe, jumelle de celle qui éclairait le salon, brillait sur la cheminée du cabinet et montrait la porte entrouverte d’un boudoir, car il y a le côté des dames.
Le boudoir était charmant, et d’un goût très passable. On ne peut dissimuler, cependant, que l’odeur de la pipe y persistait. Or, en 1842, cette odeur de pipe était une insolence et un symptôme: elle prouvait que le faune de ces grottes avait ce qu’il fallait de valeur pour imposer ses habitudes. Dans le boudoir, il y avait des tableaux tendres et deux réductions de Pradier; le guéridon, en bois de rose, orné de cuivres coquets, portait Le Figaro, Le Vert-Vert, Le Corsaire-Satan, La Mode et les œuvres de Gavarni très galamment reliées. Des fleurs fraîches emplissaient les vases, et le velours des rideaux, dégagés de leurs embrasses, tombait à larges plis devant les croisées. Il y avait, bien entendu, ce qu’il faut d’issues pour éviter tout danger de rencontres entre celles qui arrivent et celles qui s’en vont. Hélas! vous n’eussiez pas trouvé de boudoir à l’agence Échalot! Point d’antichambre, point de commis derrière la soie verte d’un treillage; point de salon, point de cabinet! Similor, brillant mais inutile, était une gêne plutôt qu’un profit; le jeune Saladin, qui nuisait si abondamment à la propreté de la mansarde, pouvait néanmoins passer pour un luxe. Tout aux uns, rien aux autres! Échalot avait toujours manqué de trente-cinq francs pour monter en grand son affaire!