Les Habits Noirs Tome I
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome I». Краткое содержание книги:
La bande criminelle les «Habits Noirs», dirigée par Lecoq, le bras droit du colonel Bozzo-Corona, le «Maître à tous», organise le vol de la caisse du banquier Bancelle, en 1825, tout en montant une machination compliquée destinée à égarer la justice sur un faux coupable (manoeuvre que les Habits noirs appellent «payer la loi», et qu'ils renouvelleront à chaque épisode). Ce faux coupable est André Maynotte, sur lequel Lecoq satisfait ainsi une ancienne vengeance. André Maynotte est condamné, mais réussit à s'enfuir…
Au moment où nous entrons dans le sanctuaire, ces messieurs traversaient un de ces repos qui ponctuent les conversations graves, où chacun a besoin de réfléchir. M. Lecoq éloigna sa pipe de ses lèvres en disant:
– J’ai les Habits Noirs dans ma poche, et quand le préfet voudra, je lui ferai cette petite affaire-là pour pas cher.
M. le marquis garda le silence et lança au plafond un redoutable nuage. M. Lecoq quitta sa pipe.
Il prit le pavillon d’ivoire d’un conduit acoustique, pendant à la muraille à portée de sa main. Il y avait deux de ces conduits, dont les tuyaux verts, semblables à de longs serpents, allaient dans des directions opposées. M. Lecoq mit sa bouche dans le pavillon et souffla. Puis, le pavillon ayant rendu ce soupir sifflant qui signifie «on écoute», M. Lecoq y introduisit de nouveau ses lèvres et prononça tout bas:
– Trois-Pattes est-il arrivé?
– Non, répondit le conduit.
L’autre pavillon siffla un long soupir. M. Lecoq, l’ayant aussitôt approché de son oreille, reçut cette communication:
– Cocotte et Piquepuce attendent.
XXIX Un gentilhomme qui se prête
Peu importait, paraîtrait-il, à ce puissant M. Lecoq que Piquepuce et Cocotte attendissent, car il jeta, sans répondre, le pavillon d’ivoire pour reprendre le bout d’ambre de sa pipe. M. le marquis n’avait rien entendu des demandes, ni des réponses échangées.
– Ces Habits Noirs sont une grosse chose! dit-il après un silence. Les journaux s’en occupent et on s’en impatiente en haut lieu.
M. Lecoq leva les épaules.
– Ce que c’est que d’être bien servi! murmura-t-il. Que le préfet me fasse signe, et, si nous nous entendons, je les lui donnerai à manger.
– Je ne suis pas chargé des affaires de M. le préfet, répondit Gaillardbois d’un ton de mauvaise humeur.
M. Lecoq le regarda au travers d’une bouffée.
– Sans doute, sans doute, fit-il non sans une nuance d’ironie. C’est une jolie place, et qui n’est pas du tout au-dessus de vos moyens… J’y ai déjà songé.
– À quoi? demanda le marquis.
– À la préfecture de police pour vous.
Les deux pieds de Gaillardbois quittèrent le marbre de la cheminée pour retomber sur le parquet.
– Pas de folies, dit-il, j’ai besoin de ces gens-là.
– Est-ce que nous bornerions nos ambitions au secrétariat général? demanda M. Lecoq avec dédain, nous, fils des croisés!
Comme M. de Gaillardbois allait répondre, le pavillon qui avait annoncé la présence de Cocotte et de Piquepuce soupira. M. Lecoq l’approcha négligemment de son oreille.
– Il y a quelque chose dans la tour, lui fut-il dit.
Il se leva aussitôt et ouvrit une petite armoire en placard dont le battant unique ne se fermait qu’au bouton. Il en retira une boîte de carton et une large enveloppe qu’il déchira en prononçant l’inévitable:
– Vous permettez?… Bravo! s’écria-t-il, dès qu’il eut jeté un coup d’œil sur le contenu de l’enveloppe. Êtes-vous toujours bien en cour, monsieur le marquis?
– On le suppose, répliqua Gaillardbois avec une froideur affectée. Lecoq ouvrit la boîte de carton qui contenait un peu de cire à modeler et répéta:
– Bravo!
Le marquis ajouta en secouant la cendre de son cigare:
– Mon bon, je vous parlais des Habits Noirs comme j’aurais parlé d’autre chose. Je ne veux pas dire que vous ayez au ministère ni même à la préfecture ce qui s’appelle des ennemis. Mais, vous m’entendez bien, on n’est pas fixé… vous avez pris une diable de position, qui est remarquée… Et dans tous les pays du monde où il y a une administration, le besoin se fait sentir de créer du nouveau pour s’accréditer. Il ne faut pas que cela vous attriste…
– Cela ne m’attriste pas, l’interrompit rondement M. Lecoq. Je me moque de vos ministres et de votre préfecture comme de Colin-Tampon!
– Vous avez des mots à vous, murmura le marquis, mais, sans vous attrister, il ne faudrait pas non plus, c’est du moins mon avis, vous laisser aller à de maladroites fanfaronnades.
M. Lecoq lisait attentivement le document contenu dans l’enveloppe et jetait de temps en temps un regard de côté à la pelote de cire.
– Voici un garçon qui a nom Piquepuce! dit-il tout à coup, et qui me sert comme un chien pour un os à ronger. Je ne le changerais pas contre une demi-douzaine d’administrateurs à vingt mille francs par an. Est-ce qu’on voudrait me faire du chagrin, là-bas, hé? Tâchez de parler la bouche ouverte, vous!
– Mon cher monsieur de la Perrière, répondit Gaillardbois en gardant sa distance, il n’y a rien de si dangereux que de jouer au fin, avec un homme comme moi. Je n’ai jamais dû connaître le vrai de votre situation. Si je connaissais le vrai de votre situation, je pourrais vous être beaucoup plus utile.
M. Lecoq contemplait d’un œil admiratif le papier illustré par la belle et large écriture de notre ami Piquepuce. Il souriait. Il prit la pelote de cire, l’examina et murmura: «Cocotte est aussi un bien joli sujet!»
Le pavillon acoustique qui était à sa gauche soupira de nouveau et lui dit à l’oreille:
– M. le baron Schwartz est au cabinet.
– Dans une petite minute, je suis aux ordres de M. le baron, répliqua M. Lecoq dans le cornet.
Il se tourna vers le marquis et reprit bonnement:
– Vous me servez, cher monsieur, absolument comme je désire être servi par vous.
Et comme le gentilhomme rougissait de colère, il ajouta:
– Il est un point que nous devons établir une fois pour toutes… Qu’est-ce encore! s’interrompit-il en saisissant avec impatience l’ivoire qui avait sifflé.
– Mme la baronne Schwartz est au boudoir, lui dit-on.
Il se prit à rire et répondit:
– Dans une petite minute, je suis aux ordres de Mme la baronne.
– Oh! oh! nous avons une baronne à ces heures-ci, fit Gaillardbois saisissant au vol ce dernier mot.
M. Lecoq répéta au lieu de répondre:
– Il est un point, disais-je, que nous devons établir une fois pour toutes: ne vous blessez jamais, croyez-moi, de ce que je puis vous dire. J’ai fréquenté un monde qui n’est pas le vôtre et où j’ai pris des habitudes que je ne perdrai point. Je n’ai pas la moindre prétention d’être votre supérieur, ni même votre égal. Nous faisons des affaires, nous sommes ensemble dans de bonnes relations. Cher monsieur, par état, j’ai un grand nombre de ces relations, les unes placées beaucoup plus bas que vous; pour les autres, je tiens tout simplement mon niveau à moi, qui me convient et dont je me contente. Je suis M. Lecoq, de la Perrière si vous voulez, je n’y tiens pas énormément, un industriel, ni plus ni moins. Il m’est précieux de savoir très exactement ce qui se passe dans les ministères et à la préfecture, parce que j’ai de grands intérêts engagés… des intérêts immenses. Vous êtes un de ceux qui me fournissent des renseignements excellents et je vous en tiens compte. Mais quant à redouter personnellement les ministères ou la préfecture, non. Si j’étais attaqué ici ou là, j’évalue à plus de cent mille écus la publicité que cette ânerie me produirait. Puis-je espérer que vous êtes désormais fixé là-dessus?