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Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]

Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:

Vainqueur de la guerre des Sorciers, Prestimion, qui a manqué d’y perdre la vie, a payé chèrement le titre de Coronal. La fine fleur de Majipoor a été décimée, le monde ravagé, et la belle Thismet, la grande passion de Prestimion, est morte dans les combats.
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
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Dans les heures sombres qu’il traversait, la présence de la Dame était pour Prestimion un grand réconfort. Quand il lui fit part de sa décision de prolonger son séjour dans l’île, un appartement fut mis à la disposition du Coronal et de son épouse dans le Temple Intérieur.

Dix jours s’écoulèrent paisiblement. La nouvelle de l’arrivée à Numinor d’un navire de pèlerins en provenance de Stoien atteignit la Troisième Falaise. Cela n’avait rien d’exceptionnel à la saison des vents d’ouest. Mais, peu après, un second message arriva du port : une importante dépêche adressée au Coronal avait été transportée à bord de ce navire. Un messager était en route vers le Temple Intérieur.

— Cela vient d’Akbalik, fit Prestimion en brisant le morceau de cire qui scellait le message. Il a passé près d’un an à Stoien, tu sais, à réunir des renseignements pour essayer de déterminer où Dantirya Sambail pourrait s’être caché. Je me demande pourquoi il a tenu à m’écrire ici, à moins qu’il… Oh ! Varaile ! Pour l’amour du Divin !

— Qu’y a-t-il, Prestimion ? Dis-moi !

— D’après Akbalik, le Procurateur est vivant, répondit-il, le doigt pointé sur la feuille. Et toujours à Alhanroel. Il est resté caché tout ce temps quelque part sur la côte méridionale de la province de Stoien. Au milieu des palmiers-scies, des crabes des marais et des plantes animales. Il y a établi sa base, semble-t-il, pour déclencher une nouvelle guerre civile !

Les questions se bousculaient sur les lèvres de Varaile ; Prestimion la fit taire d’un geste.

— Laisse-moi finir de lire, veux-tu ?… Des messages codés interceptés… Un mage Su-Suheris qui entre en transe pour les décrypter… Le texte intégral ci-joint…

Il feuilleta fébrilement la liasse de papiers envoyés par Akbalik.

Il lui fut naturellement impossible de comprendre quoi que ce soit aux messages codés qui semblaient avoir été glissés subrepticement à l’intérieur d’innocents manifestes de cargaison. Emijiquk gybpij jassnin ys ? Kesixm ricthip jumlee ayviy ? Il faut un Su-Suheris à trois têtes, se dit Prestimion, pour y comprendre quelque chose. Mais, à l’évidence, Akbalik avait déniché l’homme qu’il fallait. Le sorcier avait déclaré que le camp clandestin de Dantirya Sambail se trouvait sur la côte sud de la péninsule ; Akbalik avait aussitôt envoyé des hommes passer la région au peigne fin. Ils avaient découvert le camp du Procurateur à l’endroit même que les messages codés indiquaient.

— Comment se fait-il que personne n’ait rien remarqué pendant tout ce temps ? demanda Varaile.

— Sais-tu à quoi ressemble la côte sud de la péninsule de Stoienzar ? Non, tu ne peux pas savoir. Aucun être sensé ne s’y aventure ni même ne songe à s’y aventurer. C’est pour cette raison, j’imagine, qu’il a choisi de s’y cacher. Il paraît que c’est un véritable bain de vapeur ; en une heure, les os fondent sous cette chaleur. Il y a un arbre là-bas – le manganoza –, aux feuilles tranchantes, qu’on appelle le palmier-scie et qui forme des bosquets si denses qu’ils sont absolument impénétrables. Les insectes géants y grouillent et il y a un crabe énorme dont les pinces peuvent couper en deux la cheville d’un homme. Peut-on imaginer un endroit plus approprié pour Dantirya Sambail ?

— Tu dois le haïr profondément, glissa Varaile.

Prestimion eut un mouvement de surprise. Le haïr ? Il ne pensait pas avoir un caractère haineux ; le mot ne faisait pas partie de son vocabulaire.

Il se demanda s’il avait jamais haï quelqu’un. Korsibar, peut-être ? Non, certainement pas. Il avait de l’indulgence pour Korsibar. Son coup de force l’avait pris par surprise et plongé dans une colère noire, certes, mais il ne l’avait jamais tenu que pour un imbécile satisfait, un prince à l’esprit lent placé dans une situation qui le dépassait par une poignée de sinistres conseillers avides de pouvoir.

Farquanor et Farholt, alors, les vils suppôts de Korsibar, que personne ne regretterait ? Les avait-il haïs ?

Pas véritablement. Farholt, le petit intrigant retors, et Farquanor, la brute qui aimait à plastronner ? Prestimion les avait détestés, mais on ne pouvait parler de haine. Il doutait même d’avoir haï Sanibak-Thastimoon dont les manœuvres ténébreuses avaient mis la planète sens dessus dessous et qui, il ne devait pas l’oublier, avait donné la mort à Thismet. Mais Thismet s’était jetée sur lui en brandissant une épée ; Sanibak-Thastimoon l’aurait-il tuée si elle n’avait pas été armée ?

Tout cela n’avait plus d’importance. On ne haïssait pas les gens parce qu’ils étaient stupides comme Korsibar, perfides comme Farquanor ou fanfarons comme Farholt. Quant à Sanibak-Thastimoon, il croyait servir de son mieux les intérêts de son maître : y avait-il la matière à le haïr ? Dans l’idéal, on ne haïssait pas les gens : on était simplement en désaccord avec eux, on les empêchait de nuire, à vous et à vos proches, et chacun s’occupait de ses affaires.

Il restait Dantirya Sambail, le véritable auteur des malheurs qui avaient frappé la planète. Était-ce de la haine qu’il éprouvait pour lui ?

— Oui, dit-il d’une voix ferme. Lui, je le hais. Cet homme est l’incarnation du mal. Il suffit de le regarder pour comprendre : ces yeux à la trompeuse beauté, ce regard doux dans un visage hideux et adipeux. Jamais un tel être n’aurait dû venir au monde. Dans un moment d’indulgence stupide, je lui ai laissé la vie sauve à Thegomar Edge, dans un autre, j’ai permis qu’on rétablisse ses souvenirs effacés de la guerre qu’il a menée contre moi. Je regrette aujourd’hui ces deux décisions.

Prestimion se mit à marcher de long en large avec une agitation croissante. Le simple fait de penser au Procurateur le mettait dans tous ses états.

Les traîtrises de Dantirya Sambail avaient été d’un précieux soutien aux partisans de Korsibar alors que l’usurpateur, laissé à lui-même, aurait pu être victime de ses propres insuffisances. À chaque tournant de la guerre civile, Dantirya Sambail avait été à ses côtés pour provoquer diaboliquement une nouvelle défection, une nouvelle trahison. C’est le Procurateur qui avait nommé ses deux détestables frères, Gaviad l’alcoolique et la grande brute hideuse de Gaviundar, à la tête des armées de Prestimion, en leur donnant secrètement pour instruction de changer brusquement de parti au moment critique. C’est Dantirya Sambail qui avait exhorté Korsibar à faire sauter le barrage de Mavestoi. C’est lui qui…

— Cet homme est un monstre, reprit Prestimion. S’il s’était rebellé par simple avidité, par une soif incoercible de pouvoir, je pourrais le comprendre. Mais il règne déjà sur tout un continent ; les richesses qu’il a amassées dépassent l’entendement. Rien d’autre ne le guide qu’une haine gratuite, Varaile. Un venin bouillonne en lui, qui empoisonne chacun de ses actes. Et il nous oblige à répondre à la haine par la haine. Cela fait à peine deux ans que nous sommes sortis de la guerre civile, nous souffrons encore de ses séquelles et voilà qu’il se dispose à en déclencher une autre ! Comment ne pas éprouver de la haine envers un homme comme celui-là ? Je le détruirai, Varaile, j’en fais le serment, si jamais l’occasion m’en est de nouveau donnée !

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