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READ-E-BOOK » Научная фантастика » À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
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À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]

Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:

La chute des comètes avait apporté le long hiver, comme, cent millions d’années plus tôt, lorsque les dinosaures avaient disparu. L’Hiver durait depuis soixante-dix mille ans.
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
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Taniane ne souhaitait aucunement recourir à la manière forte et elle ne pensait pas que le Peuple la soutiendrait si elle s’avisait de le faire, même si elle était la seule femme de la tribu ayant l’âge et les qualités voulues pour succéder à Koshmar. De toute façon, se dit-elle, il faut faire quelque chose. Nous devons changer de chef, et sans tarder. Trouver quelqu’un qui réussisse à mettre un terme au grignotage des Beng.

Elle traversa l’esplanade et pénétra dans la salle où étaient entreposés les objets fabriqués de la Grande Planète. Elle espérait y trouver Haniman et assouvir avec lui le plus simple des désirs qui la tourmentaient.

Mais, au lieu d’Haniman, c’est Hresh qu’elle découvrit, circulant d’un air morose au milieu des mystérieux appareils rassemblés par les Chercheurs et dont tout le monde se désintéressait quelque peu depuis l’arrivée des Beng. Il leva la tête en l’entendant approcher, mais demeura silencieux.

— Je te dérange ? demanda-t-elle.

— Pas vraiment. Je peux faire quelque chose pour toi ?

— Je cherchais… non, cela n’a pas d’importance. Tu as l’air malheureux, Hresh.

— Toi aussi.

— C’est ce maudit vent. Va-t-il s’arrêter de souffler un jour ?

— Il s’arrêtera quand il s’arrêtera, dit Hresh en haussant les épaules. Il y a de la pluie au nord et cet air sec se précipite à sa rencontre.

— Tu comprends tellement de choses, Hresh.

— Je comprends si peu de choses, répliqua-t-il en détournant la tête.

— Qu’est-ce qui te rend si malheureux, Hresh ?

Elle s’approcha de lui. Les épaules tombantes et les yeux baissés, il maniait distraitement un petit appareil argenté, d’apparence complexe, dont nul n’avait encore réussi à déterminer la fonction. Comme il est maigre, songea-t-elle. Comme il est frêle. Elle sentit soudain une grande bouffée d’amour monter en elle. Et elle comprit qu’il avait peut-être vraiment peur d’elle, lui dont la sagesse et les mystérieuses facultés mentales lui avaient toujours paru si effrayantes. Elle eut envie, comme l’eût fait Torlyri, de passer le bras autour de ses épaules pour le réconforter et de le serrer très fort contre elle. Mais il s’était retranché derrière son chagrin.

— Dis-moi ce qui te rend malheureux.

— Je n’ai jamais dit que quelque chose me rendait malheureux.

— Cela se voit sur ton visage.

— Laisse-moi tranquille, Taniane, dit-il en secouant la tête avec agacement. C’est Haniman que tu es venue chercher ? Je ne sais pas où il est. Il est peut-être parti pêcher au bord de la mer avec Orbin. Ou bien…

— Ce n’est pas Haniman que je suis venue chercher, dit-elle.

Et, à son grand étonnement, elle s’entendit dire :

— C’est toi que je suis venue chercher, Hresh.

— Moi ? Que me veux-tu donc ?

— Je me demandais si tu pourrais m’apprendre quelques mots de Beng, improvisa Taniane. Juste quelques-uns…

— Toi aussi !

— Quelqu’un te l’a déjà demandé ?

— Torlyri. Tu sais qu’elle passe son temps à rire et à flirter avec un Beng, celui qui a la cicatrice, tu vois ? Eh bien, elle est amoureuse de lui ! Elle est venue me voir il y a quelques jours et elle avait un drôle d’air. Elle m’a dit : « Enseigne-moi le Beng ! Il faut que tu m’enseignes le Beng ! Tout de suite ! » Et elle a exigé que je le fasse ! As-tu déjà vu Torlyri exiger quelque chose ?

— Et alors, qu’as-tu fait ?

— Je lui ai appris à parler le Beng.

— C’est vrai ? Je croyais que tu ne connaissais pas encore assez bien la langue pour nous apprendre plus que quelques mots.

— Eh bien, je mentais, dit Hresh d’une toute petite voix. Je parle le Beng comme un Beng. Je me suis servi du Barak Dayir pour l’apprendre avec l’ancien de leur tribu. Je voulais garder cela pour moi, c’est tout. Mais je n’ai pas pu refuser de l’enseigner à Torlyri quand elle me l’a demandé avec tant d’insistance. Et maintenant elle parle le Beng.

— Je serai la prochaine à l’apprendre, dit Taniane.

Hresh parut très troublé et extrêmement mal à l’aise.

— Taniane… Non, je t’en prie…

— De quoi me pries-tu ? Il est de ton devoir de m’enseigner le Beng, Hresh. De l’enseigner à tout le monde. Les Beng sont nos ennemis. Si nous devons les affronter un jour, il nous faudra être capables de les comprendre.

— Ce ne sont pas nos ennemis, dit Hresh.

— C’est ce qu’ils essaient de nous faire croire. Peut-être est-ce la vérité, mais comment saurons-nous à quoi nous en tenir si nous ne comprenons pas ce qu’ils disent ? Et tu es le seul qui les comprenne… avec Torlyri maintenant. Imagine qu’il t’arrive quelque chose ? Tu n’as pas le droit de nous tenir plus longtemps dans l’ignorance, Hresh ! Tu as reconnu que tu pouvais nous enseigner le Beng et nous avons tous besoin de connaître la langue… et pas seulement pour aller retrouver un amant dans l’autre tribu, comme le fait Torlyri. C’est une question de survie pour nous tous. J’espère que tu es d’accord !

— Peut-être. Oui, je suppose…

— Alors, enseigne-moi le Beng. Je veux commencer aujourd’hui. Si tu estimes qu’il me faut l’autorisation de Koshmar, allons la trouver tout de suite. Il faudra que tu le lui enseignes aussi. Et, après elle, à tous les principaux membres de la tribu.

Hresh garda le silence. Il semblait être au supplice.

— Qu’est-ce qui ne va pas ? demanda Taniane. Qu’y a-t-il de si terrible dans le fait que je veuille apprendre le Beng ?

— Le seul moyen de l’apprendre, dit Hresh d’un ton lugubre et en dérobant son regard, c’est le couplage.

— Et alors ? demanda Taniane dont les yeux étincelaient. Où est le problème ?

— Je t’ai demandé un jour de le faire avec moi et tu as refusé…

— C’était donc cela ! Elle éprouva une gêne passagère, puis, voyant qu’il était encore plus embarrassé qu’elle, elle lui sourit.

« C’est à cause de la manière dont tu l’as demandé, Hresh, dit-elle d’une voix aussi douce que possible. A peine sorti des bras de Torlyri, tu es venu me voir et tu m’as dis à brûle-pourpoint : « Allons-y, Taniane ! allons-y tout de suite ! » Tu n’as pas compris que j’ai été choquée par ton attitude ? Nous nous connaissons depuis treize ans, nous avons attendu pendant tout ce temps d’atteindre ensemble l’âge du couplage et toi, tu as tout gâché d’un seul coup, tu as tout gâché avec ta fichue maladresse…

— Je sais, dit-il d’un ton dolent. Ce n’est pas la peine de me rappeler tout cela.

— Le fait d’avoir refusé la première fois, reprit Taniane avec un regard aguichant, ne signifiait pas nécessairement que je refuserais la seconde.

— C’est aussi ce que Koshmar m’a dit, fit Hresh du même ton sinistre, sans paraître avoir remarqué l’œillade.

— Tu en as parlé avec Koshmar ? demanda Taniane en refrénant une brusque envie de rire.

— Elle semblait être au courant de tout et elle m’a conseillé de te le demander une seconde fois.

— Eh bien, dit Taniane, Koshmar avait raison.

Hresh la considéra en silence pendant quelques instants.

— Tu veux dire, commença-t-il très sèchement, que maintenant qu’un couplage avec moi peut t’apporter quelque chose, tu es disposée à accepter. C’est bien cela ?

— Tu es l’être le plus exaspérant que j’aie jamais rencontré !

— Mais j’ai raison, non ?

— Tu te trompes complètement ! Cela n’a absolument rien à voir avec l’enseignement du Beng. J’attends simplement depuis le jour où tu me l’as demandé que tu me manifestes un peu d’intérêt.

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