À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1989
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2221056523
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
— Mais, Haniman…
— Que Dawinno emporte Haniman ! Il n’est que mon partenaire d’accouplement ! C’est toi, Hresh, que je veux comme partenaire de couplage ! Comment peut-on être aussi bête ? Pourquoi m’obliges-tu à dire ce qui est tellement évident ?
— Tu me veux pour moi ? Pas parce que le couplage te permettra d’apprendre le Beng ?
— Oui.
— Mais pourquoi ne le disais-tu pas, Taniane ?
— Oh ! toi ! soupira-t-elle en levant les bras dans un geste d’impuissance.
Hresh garda le silence pendant un long moment. Aucune expression n’était visible sur son visage.
— Je me suis vraiment conduit d’une manière très stupide, dit-il enfin d’une voix tout à fait calme.
— Oui, véritablement très stupide.
— C’est vrai. C’est vrai.
Il plongea les yeux dans ceux de Taniane et la regarda encore un long moment sans rien dire.
— Veux-tu t’accoupler avec moi ? dit-il en rompant le silence.
— Un accouplement ? Pas un couplage ?
— D’abord l’accouplement. Sais-tu que je ne l’ai jamais fait avec personne ?
— Non, je ne savais pas.
— Alors, tu veux bien ? Même si je ne le fais pas très bien ?
— Bien sûr que je veux, Hresh. Et tu le feras aussi bien que n’importe qui.
— Et après, nous pourrons essayer le couplage. D’accord, Taniane ?
— D’accord, répondit-elle en souriant.
— Mais pas pour t’enseigner le Beng. Un couplage pour le plaisir du couplage. Et plus tard, la prochaine fois, je t’apprendrai le Beng. D’accord ?
— C’est promis ?
— Oui, c’est promis. Oui. Oui.
— Tout de suite ? demanda-t-elle.
— Oh ! Oui ! Oui, tout de suite !
La matinée était déjà radieuse quand Salaman partit creuser sa tranchée. Il ne croyait déjà plus depuis longtemps à l’utilité de cette tranchée, mais le travail de terrassement avait au moins le mérite de l’aider à se concentrer.
Il n’avait pas creusé pendant plus de cinq minutes quand une ombre s’allongea de part et d’autre de la tranchée. Salaman leva la tête et vit Harruel, les mains sur les hanches, debout au bord de la tranchée. Le roi oscillait dangereusement d’avant en arrière et il donnait l’impression de devoir basculer d’une seconde à l’autre dans le fossé. Salaman trouva qu’il était bien tôt pour être déjà ivre à ce point.
— Déjà au travail, hein ? dit Harruel en éclatant d’un rire gras. Par Dawinno, tu ferais bien de te méfier ! Tu vas nous déterrer un mangeur de glace un de ces jours !
— Les mangeurs de glace ont tous disparu, répliqua Salaman en reprenant son travail. Prends donc une pelle, Harruel, et viens m’aider à creuser. Un peu d’exercice te fera le plus grand bien.
— Pouah ! Tu crois que je n’ai rien de mieux à faire ?
Salaman ne répondit pas. Il était toujours dangereux d’asticoter Harruel et il préféra s’en tenir là. Il se concentra sur son ouvrage et, au bout de quelques instants, il entendit le roi s’éloigner d’un pas lent et mal assuré en ahanant.
La tranchée de Salaman était un long fossé sinueux qui traversait le centre de la Cité de Yissou comme un immense serpent noir, longeant l’arrière du palais royal, passant entre la hutte de Konya et Galihine et celle de Salaman et Weiawala, puis se poursuivant en une ligne onduleuse qui contournait la hutte de Lakkamai. La profondeur de la tranchée était supérieure à la taille d’un homme et sa largeur égale à celle de la largeur d’épaules d’un homme de forte carrure.
Konya et Lakkamai lui avaient donné un petit coup de main, mais il en avait creusé seul la majeure partie, cherchant avec acharnement à mettre au jour quelque vestige de l’étoile de mort dont il avait la conviction que la chute était à l’origine du cratère. Depuis les premiers temps de leur installation, il avait réussi à consacrer quotidiennement ou presque une ou deux heures à sa tâche. Il creusait pendant quelque temps, soigneusement, absorbé par son travail, puis il transportait la terre retournée à l’autre bout de la tranchée afin de ne pas trop gêner les déplacements à l’intérieur du village. Salaman était en butte à de nombreuses railleries et à quelques critiques, mais il poursuivait imperturbablement sa tâche.
A force d’affirmer aux autres qu’un fragment de l’étoile de mort deviendrait pour eux un talisman capable d’écarter tous les périls, il avait fini par le croire lui-même. Mais le principal objectif qu’il poursuivait en creusant sa tranchée était de prouver que le cratère était réellement le point d’impact d’une étoile de mort. Toute théorie doit être vérifiée, se disait Salaman, et l’on ne saurait se satisfaire d’une hypothèse. Voilà pourquoi il continuait de creuser. Il rêvait du jour où il entendrait sa pelle heurter le métal, où il découvrirait une énorme masse d’acier enfouie dans le sol à la lisière de leur village et où il crierait aux autres de venir voir, de venir tout de suite…
Mais jusqu’à présent il n’avait rien trouvé d’autre que des pierres, de grosses racines et quelques ossements enterrés par des animaux nécrophages. Peut-être l’étoile de mort était-elle si profondément enfouie dans le sol qu’il lui faudrait au moins cinq vies pour l’exhumer. Mais il se pouvait aussi, comme il l’avait soupçonné dès le début, que les étoiles de mort eussent été faites d’une matière qui ne durait pas ; des boules de feu ou de glace ayant accompli leurs effroyables ravages, mais dont il ne restait rien. La seule hypothèse que Salaman refusait d’accepter, car il était persuadé de sa fausseté, était que cet énorme cratère circulaire, d’une forme si régulière et qui avait manifestement défoncé la surface unie de cette vallée enchanteresse, aurait pu être formé par autre chose qu’une étoile de mort. Toute une civilisation avait été anéantie par ces astres de mort et il ne faisait aucun doute pour Salaman qu’ils avaient laissé sur la surface de la planète d’affreuses cicatrices et que ces cicatrices avaient la forme du cratère où Harruel avait choisi de fonder la Cité de Yissou.
Mais, ce matin-là, les étoiles de mort n’étaient pas la préoccupation première de Salaman. Ses pensées étaient essentiellement tournées vers l’étrange et lointain message — s’il s’agissait bien d’un message — qu’il avait perçu du haut de l’éminence quand son organe sensoriel était entré en contact avec celui de Weiawala.
Un roulement de tambour lancinant ; un grondement, un martellement sourd ; le sentiment diffus d’une terrifiante menace. Tout cela n’avait-il été que le fruit de son imagination ? Non, impossible. Le signal était très faible ; la distance devait être très grande. Mais Salaman était certain de ne pas avoir rêvé tout cela. C’était léger mais réel. Il avait perçu un mouvement, une agitation au cœur du continent. Peut-être cela recelait-il une menace pour la Cité de Yissou et peut-être y avait-il certaines précautions à prendre.
Inquiet, tremblant, dégoulinant de sueur, il creusa d’arrache-pied pendant plus d’une heure, défonçant la terre comme si toutes les réponses qu’il cherchait y étaient profondément enfouies. Du sable boueux volait en tous sens et sa fourrure en était couverte. Il le sentait crisser entre ses dents et il crachait sans cesse, mais sans parvenir à s’en débarrasser. Salaman creusait comme un forcené, avec une telle violence que la terre sableuse qu’il projetait derrière lui décrivait un grand arc de cercle en l’air avant de retomber, mais il ne regardait même pas où elle tombait. Quand il s’arrêta enfin, le cœur battant à se rompre, les yeux brouillés par la fatigue, il s’appuya sur sa pelle pour réfléchir.