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Электронная книга - «La valse lente des tortues». Краткое содержание книги:

Qu'un crocodile aux yeux jaunes ait ou non dévoré son mari Antoine, disparu au Kenya, Joséphine s'en moque désormais. Elle a quitté Courbevoie pour un immeuble huppé de Passy, grâce à l'argent de son best seller, celui que sa sœur Iris avait tenté de s'attribuer, payant cruellement son imposture dans une clinique pour dépressifs. Libre, toujours timide et insatisfaite, attentive cependant à la comédie cocasse, étrange et parfois hostile que lui offrent ses nouveaux voisins, Joséphine semble à la recherche de ce grand amour qui ne vient pas. Elle veille sur sa fille Zoé, adolescente attachante et tourmentée et observe les succès de son ambitieuse aînée Hortense, qui se lance à Londres dans une carrière de styliste à la mode. Joséphine ignore tout de la violence du monde, jusqu'au jour où une série de meurtres vient détruire la sérénité bourgeoise de son quartier. Elle-même, prise pour une autre sans doute, échappe de peu à une agression. La présence de Philippe, son beau-frère, qui l'aime et la désire, peut lui faire oublier ces horreurs. Impossible d'oublier ce baiser, le soir du réveillon de Noël, qui l'a chavirée. Le bonheur est en vue, à condition d'éliminer l'inquiétant Lefloc-Pinel, son voisin d'immeuble, un élégant banquier dont le charme cache bien trop de turpitudes.
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— Elle vient de sortir un livre formidable, Noble et forte maison, chez Picard. Un véritable ouvrage de référence.

— Ah ! avait marmonné Iris.

— Tu veux savoir de quoi ça parle ?

Iris avait étouffé un petit bâillement.

— C’est vraiment original, tu sais, parce que avant, on ne s’intéressait qu’aux châteaux forts et elle, elle a retracé la vie quotidienne en partant des maisons ordinaires. On les a longtemps négligées et, aujourd’hui, on se rend compte de leur potentiel archéologique. Elles ont conservé des structures d’époque, des systèmes d’arrivée d’eau, des latrines, des cheminées. C’est étonnant parce que, dans une maison qui ne paie pas de mine, on enlève les faux plafonds, on sonde les murs et on retrouve tous les éléments médiévaux, les décors, les plafonds moulurés et peints, tout ce qui faisait la vie de l’homme du Moyen Âge. La maison devient une sorte de poupée russe avec les différentes époques et tout au centre, apparaît le noyau médiéval, c’est génial !

Elle était prête à lui résumer le livre pour rendre son mensonge crédible.

Iris n’avait plus posé de questions.

De même qu’elle n’avait rien dit en lui tendant le courrier. Il y avait une lettre d’Antoine. Postée de Lyon. Zoé avait montré la lettre à sa mère. Toujours le même discours, je vais bien, je me refais une santé, je pense à mes petites filles que j’aime et que je vais bientôt retrouver, je travaille dur pour elles. « Il se rapproche, maman, il est à Lyon », « Oui mais il n’en parle même pas dans sa lettre… », « Il doit vouloir nous faire la surprise… ». Il a donc quitté Paris. Quand, pourquoi ? Je devrais surveiller mes points Intermarché et enquêter la prochaine fois que des achats sont effectués.

Quatre jours seule ! Incognito. Dans trois heures, elle poserait le pied sur le quai de Saint Pancras. Trois heures ! Au XIIe siècle, il fallait trois jours pour traverser la Manche en bateau. Trois jours pour faire Paris-Avignon à bride abattue sans s’arrêter, si ce n’est pour changer de monture. Sinon, il fallait compter dix jours. Tout va si vite, aujourd’hui, j’ai la tête qui tourne. Parfois, elle avait envie d’arrêter le temps, de crier pouce, de se réfugier sous sa carapace. Elle n’avait prévenu personne de son arrivée. Ni Hortense, ni Shirley, ni Philippe. Sur les conseils de son éditeur anglais, elle avait retenu une chambre dans un hôtel de charme sur Holland Park, dans le quartier de Kensington. Elle partait à l’aventure.

Seule, seule, seule, chantaient les secousses du train. En paix, en paix, en paix, scandait-elle en leur répondant. Anglais, anglais, anglais, reprenaient les roues du train. Français, français, français, martelait Joséphine en regardant défiler les champs et les forêts qu’avaient si souvent traversés les armées anglaises pendant la guerre de Cent Ans. Les Anglais n’hésitaient pas à faire l’aller-retour entre les deux pays. Ils étaient chez eux en France. Édouard III ne parlait que français. Les lettres patentes royales, la correspondance des reines, des maisons religieuses, de l’aristocratie, les actes de justice, les testaments étaient rédigés en français ou en latin. Henri Grosmont, duc de Lancastre et interlocuteur anglais de Du Guesclin, avait écrit un livre de piété en français ! Quand il traitait avec lui, Du Guesclin n’avait pas besoin d’interprète. La notion de patrie n’existait pas. On appartenait à un seigneur, à un domaine. On se battait pour faire respecter les droits du seigneur, mais on se moquait bien de porter les couleurs du roi de France ou de celui d’Angleterre et certains soldats passaient de l’un à l’autre en fonction de la solde. Du Guesclin, lui, resta fidèle toute sa vie au royaume de France et aucun tonneau d’écu ne lui fit changer d’avis.

— Pourquoi me hais-tu, Joséphine ? avait demandé sa mère ce soir-là en arrivant chez elle.

Henriette avait ôté son grand chapeau et c’était comme si elle avait ôté sa perruque. Joséphine avait du mal à la regarder en face : elle ressemblait à une poire blette. Iris n’était pas rentrée des courses.

— Mais je ne te hais pas !

— Si. Tu me hais…

— Mais non…, avait balbutié Joséphine.

— Cela fait près de trois ans que tu ne m’as pas vue. Tu trouves cela normal de la part d’une fille ?

— Nous n’avons jamais eu des relations normales…

— La faute à qui ? avait jeté Henriette en pinçant ses lèvres en un trait sec et amer.

Joséphine avait secoué la tête tristement.

— Tu sous-entends que c’est de ma faute ? C’est ça ?

— Je me suis sacrifiée pour Iris et toi, et me voilà bien récompensée !

— J’ai entendu ça toute ma vie…

— Mais c’est la vérité !

— Il y a une autre vérité dont on n’a jamais parlé…

Ignorer est la pire des choses, s’était dit Joséphine, ce soir-là, face au visage accusateur de sa mère. On ne peut pas ignorer toute sa vie, il y a toujours un moment où la vérité nous rattrape et nous force à la regarder en face. J’ai toujours esquivé cette explication avec ma mère. La vie m’ordonne de parler en m’imposant ce tête-à-tête avec elle.

— Il y a un événement dont on n’a jamais parlé… Un souvenir terrible qui m’est revenu, il n’y a pas longtemps, et qui éclaire bien des choses…

Henriette s’était redressée dans un petit mouvement brusque du torse.

— Un règlement de comptes ?

— Je ne te parle pas d’une dispute, mais de quelque chose de plus grave.

— Je ne vois pas à quoi tu fais allusion…

— Je peux te rafraîchir la mémoire, si tu veux…

Henriette avait pris un air dédaigneux et avait dit : « Vas-y, si ça te fait plaisir de me salir… »

— Je ne te salis pas. Je raconte un fait, un simple fait, mais qui explique justement cette… – Elle cherchait le mot juste. – Cette réticence de ma part… Ce besoin de me tenir à l’écart. Tu ne vois pas de quoi je veux parler ?

Henriette ne se souvenait pas. Elle avait oublié. Cet épisode a été si peu important pour elle qu’elle l’a effacé de sa mémoire.

— Je ne vois pas en quoi j’aurais pu te blesser…

— Tu ne te souviens pas de ce jour où nous sommes allées nous baigner dans les Landes, Iris, toi et moi ? Papa était resté sur le bord…

— Il ne savait pas nager, le pauvre homme !

— On est parties toutes les trois, loin, loin. Le vent s’est levé et les courants, soudain, sont devenus violents. On ne pouvait plus regagner le rivage. Iris et moi, on buvait la tasse, toi, comme d’habitude, tu fendais les vagues. Tu étais une très bonne nageuse…

— Une nageuse remarquable ! Championne de natation synchronisée !

— À un moment, quand a vu qu’on était en difficulté et qu’on a voulu revenir, je me suis accrochée à toi, pour que tu me prennes sur ton dos, que tu me remorques, mais tu m’as rejetée et tu as choisi de sauver Iris.

— Je ne me souviens pas.

— Si, fais un effort… Un rouleau s’était formé, nous rejetant plus loin chaque fois qu’on essayait de le franchir, les courants nous entraînaient, je suffoquais, je criais à l’aide, j’ai tendu la main vers toi et tu m’as repoussée pour empoigner Iris. Tu voulais sauver Iris, pas moi…

— Tu inventes, ma pauvre fille ! Tu as toujours été jalouse de ta sœur !

— Je me souviens très bien. Papa était sur la plage, il a tout vu, il t’a vue remorquer Iris, il t’a vue me laisser sur place, il t’a vue franchir le rouleau avec Iris, la déposer sur la terre ferme, la sécher, te sécher et tu n’es pas repartie me chercher ! J’aurais dû mourir !

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