Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне

Электронная книга - «La valse lente des tortues». Краткое содержание книги:

Qu'un crocodile aux yeux jaunes ait ou non dévoré son mari Antoine, disparu au Kenya, Joséphine s'en moque désormais. Elle a quitté Courbevoie pour un immeuble huppé de Passy, grâce à l'argent de son best seller, celui que sa sœur Iris avait tenté de s'attribuer, payant cruellement son imposture dans une clinique pour dépressifs. Libre, toujours timide et insatisfaite, attentive cependant à la comédie cocasse, étrange et parfois hostile que lui offrent ses nouveaux voisins, Joséphine semble à la recherche de ce grand amour qui ne vient pas. Elle veille sur sa fille Zoé, adolescente attachante et tourmentée et observe les succès de son ambitieuse aînée Hortense, qui se lance à Londres dans une carrière de styliste à la mode. Joséphine ignore tout de la violence du monde, jusqu'au jour où une série de meurtres vient détruire la sérénité bourgeoise de son quartier. Elle-même, prise pour une autre sans doute, échappe de peu à une agression. La présence de Philippe, son beau-frère, qui l'aime et la désire, peut lui faire oublier ces horreurs. Impossible d'oublier ce baiser, le soir du réveillon de Noël, qui l'a chavirée. Le bonheur est en vue, à condition d'éliminer l'inquiétant Lefloc-Pinel, son voisin d'immeuble, un élégant banquier dont le charme cache bien trop de turpitudes.
1 ... 111 112 113 114 115 116 117 118 119 ... 165
Перейти на страницу:

Elles se séparèrent en se promettant de dîner ensemble, le lendemain. Hortense avait rendez-vous avec un éclairagiste pour son défilé, le soir même, et devait effectuer des retouches sur deux modèles.

— On pourrait se retrouver à l’Osteria Basilico, c’est juste derrière ton hôtel dans Portobello. Dix-neuf heures ? Je ne veux pas me coucher tard.

Tu n’en vaux pas la peine, entendit Joséphine en se reprenant aussitôt. Mais qu’est-ce que j’ai ! Je me rebelle contre tout le monde, maintenant ? Je ne vais plus supporter personne !

— Parfait, dit-elle en attrapant au vol le baiser de sa fille. À demain !

Elle regagna son hôtel à pied en regardant les vitrines. Pensa à un cadeau pour Hortense. Petite, elle était si sérieuse qu’on avait l’impression parfois, son père et moi, d’être des gamins face à elle. Elle hésita devant un pull, elle a si bon goût, je ne voudrais pas faire d’erreur, j’aimerais tant qu’elle réussisse, son père serait fier d’elle. Que faisait-il à Lyon ? Y était-il parti avant ou après le meurtre de mademoiselle de Bassonnière ? Elle n’avait pas eu de nouvelles du capitaine Gallois, l’enquête tournait en rond. Elle pourrait dîner avec Shirley, oui mais il faudrait parler, elle avait envie de calme, de silence, de solitude, je ne suis jamais seule, profiter, profiter, observer les rues, les gens, faire le vide dans ma tête. Elle aperçut une jeune fille qui cirait les chaussures des passants, elle avait des mains délicates et un profil d’enfant, une pancarte à ses pieds indiquait : 3 £ 50 LES CHAUSSURES, 5 £ LES BOTTES, elle riait en se frottant le bout du nez de son seul doigt propre. Ce doit être une étudiante qui travaille pour payer sa chambre, c’est si cher de se loger dans cette ville, Hortense a l’air de bien se débrouiller, elle habite un beau quartier, et Philippe ?

Elle remonta Regent Street, les trottoirs grouillaient de piétons, d’hommes-sandwichs qui portaient des pancartes publicitaires, de touristes qui s’exclamaient et prenaient des photos. Par-dessus les immeubles, elle apercevait des dizaines de grues. La ville était un véritable chantier qui se préparait pour les Jeux olympiques. Des échafaudages métalliques, des palissades, des bétonneuses et des ouvriers casqués barraient les rues. Elle tourna à gauche sur Oxford Street, demain j’irai au British Museum et à la National Gallery, demain, j’appellerai Shirley…

Profiter, profiter, entendre les nouveaux bruits dans ma tête. Des bruits d’indignation, de colère. Pourquoi Hortense me rejette-t-elle ? A-t-elle vraiment le trac ou honte de moi ? « Le Tout-Londres sera là… »

Elle secoua la tête et entra dans une librairie.

Elle dîna seule, avec un livre. Les Nouvelles de Saki en édition Penguin. Elle adorait l’écriture de Saki, son phrasé sarcastique et sec. « Reginald closed his eyes with the elaborate weariness of one who has rather nice eyelashes and thinks it’s useless to conceal the fact. » En quelques mots, le personnage était posé. Pas besoin de détails psychologiques ou de longue description. « One of these days, he said, I shall write a really great drama. No one will understand the drift of it, but everyone will go back to their homes with a vague feeling of dissatisfaction with their lives and surroundings. Then they will put new wall-papers and forget. »

Elle ferma les yeux et savoura la phrase et son club-sandwich. Personne ne faisait attention à elle. Elle aurait pu entrer avec une soupière sur la tête qu’on ne l’aurait pas dévisagée. Ici, je n’aurais pas eu honte d’arborer mon bibi à trois étages, le bibi de madame Berthier, pauvre madame Berthier ! Et la serveuse de café ? Il ne s’en prend qu’aux femmes, ce lâche. Existait-il un lien entre les deux victimes ? Un secret… Elle était rassurée de savoir Zoé chez son amie, Emma. Au bout de combien de meurtres la police aura-t-elle assez d’indices ? Saki aurait tiré un récit désopilant de la mort de la méchante Bassonnière, il aurait décoré l’assassin pour service rendu à l’ordre public.

Elle lut plusieurs nouvelles en gloussant de plaisir, referma le livre, demanda l’addition et rentra à l’hôtel. Il avait plu et il traînait une vapeur humide dans l’air comme une écharpe. Elle étouffa un bâillement de fatigue, demanda sa clé et monta se coucher.

On était vendredi, elle avait la permission de vivre seule et libre jusqu’à mardi. La vie est belle ! Que la vie est belle ! Que fait Philippe à cette heure-ci ? Il dîne avec Dottie Doolittle, il la raccompagne chez elle, il monte l’escalier ? Demain ou après-demain, j’irai m’asseoir en face de lui, je lirai au fond de ses yeux et je saurai si c’est vrai ou pas, cette histoire de Dottie Doolittle. Demain, je brosserai mes cheveux jusqu’à ce qu’ils crépitent, mettrai du noir sur mes cils et les baisserai devant lui pour qu’il les admire… Je n’aurai même pas besoin de lui parler. Rien qu’à le regarder, je saurai, je saurai, eut-elle encore le temps de se dire avant de sombrer dans un sommeil paisible où elle rêva qu’elle enfourchait des nuages et volait retrouver Philippe.

— Est-ce que tu crois aux fantômes ? demanda Marcel à René, réfugié dans son petit bureau à l’entrée de l’entrepôt.

— Je ne peux pas dire que je n’y crois pas, répondit René, occupé à ranger des factures dans un classeur, mais ce n’est pas ma tasse de thé.

— Est-ce que tu crois qu’on peut marabouter quelqu’un et lui faire perdre la raison ?

René leva les yeux sur son ami et l’observa, perplexe.

— Si je peux croire aux fantômes, je peux croire aussi aux forces obscures, répliqua René en mâchonnant son cure-dents.

Marcel eut un petit rire embarrassé et, s’appuyant contre le chambranle de la porte, il énonça distinctement :

— Je crois que Josiane a été envoûtée…

— C’est de ça que tu parlais avec Ginette, l’autre matin ?

— J’ai pas osé te le dire de peur que tu me traites de maboul, mais comme Ginette ne m’aide pas à avancer, je reviens vers toi.

— Deuxième choix ! Morceau de bas étage ! Merci beaucoup !

— Je me suis dit que, peut-être, t’avais connu des trucs semblables ou que t’en avais entendu parler.

— J’apprécie que tu te confies à moi, après avoir choisi ma femme comme confessionnal… On est copains depuis combien de temps, Marcel ?

Marcel étendit les bras comme s’il ne pouvait pas embrasser toutes les années.

— C’est ça, tu l’as dit : une éternité ! Et tu me prends pour un poney !

— Mais non ! C’est juste que j’avais peur de passer pour un idiot. C’est spécial comme sujet, avoue… C’est pas du tout-venant ! Les femmes, c’est plus intuitif, plus tolérant, toi t’as pas la tête d’un mec à qui on raconte des effervescences du cerveau.

— Je suis un poney, tu le répètes ! Un connard de poney qui tourne en rond et pige rien à rien !

— Écoute, René, il faut que tu m’aides. Je n’arrête pas de me prendre des enclumes sur la tête… L’autre jour, je suis sorti acheter des croissants et quand je suis rentré, elle avait dégringolé d’un tabouret posé près de la fenêtre parce qu’elle avait voulu sauter !

— De quel côté ? Dehors ou dedans ? demanda René, goguenard, en retirant le cure-dents mâchouillé pour en prendre un nouveau.

— Tu crois que c’est drôle ? Je suis au bord de l’abîme et tu galèjes !

— Je galèje pas, je souligne l’affront. Je l’ai mal vécu, Marcel. Ça m’est resté là !

Il enfonçait son doigt dans son estomac et grimaçait.

— Je te demande pardon, là ! T’es content ? Je t’ai pris pour un poney et j’avais tort. Tu m’absous maintenant ?

Marcel le suppliait de ses yeux inquiets et désolés. René rangea son classeur sur l’étagère et fit traîner sa réponse. Marcel donnait des coups de pied contre le bas de la porte en répétant « Alors ? Alors ? Faut que je me roule par terre, que je mime la moquette ? ». Il piaffait d’impatience que René l’absolve et René prenait son temps. Son meilleur pote, tout de même ! Trente ans qu’ils étaient ensemble, qu’ils faisaient tourner la maison tous les deux, qu’ils affrontaient les Chinetoques et les Peaux-Rouges et Marcel allait pleurer ailleurs que dans son giron. Il avait tourné vinaigre depuis ce matin-là. Même son café lui restait sur l’estomac. Et Ginette ! Il lui parlait plus, il aboyait. Il était blessé, jaloux. Sombre comme un veuf inconsolable enfermé dans sa tour. Il se retourna et observa son vieux copain.

1 ... 111 112 113 114 115 116 117 118 119 ... 165
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)