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Электронная книга - «La valse lente des tortues». Краткое содержание книги:

Qu'un crocodile aux yeux jaunes ait ou non dévoré son mari Antoine, disparu au Kenya, Joséphine s'en moque désormais. Elle a quitté Courbevoie pour un immeuble huppé de Passy, grâce à l'argent de son best seller, celui que sa sœur Iris avait tenté de s'attribuer, payant cruellement son imposture dans une clinique pour dépressifs. Libre, toujours timide et insatisfaite, attentive cependant à la comédie cocasse, étrange et parfois hostile que lui offrent ses nouveaux voisins, Joséphine semble à la recherche de ce grand amour qui ne vient pas. Elle veille sur sa fille Zoé, adolescente attachante et tourmentée et observe les succès de son ambitieuse aînée Hortense, qui se lance à Londres dans une carrière de styliste à la mode. Joséphine ignore tout de la violence du monde, jusqu'au jour où une série de meurtres vient détruire la sérénité bourgeoise de son quartier. Elle-même, prise pour une autre sans doute, échappe de peu à une agression. La présence de Philippe, son beau-frère, qui l'aime et la désire, peut lui faire oublier ces horreurs. Impossible d'oublier ce baiser, le soir du réveillon de Noël, qui l'a chavirée. Le bonheur est en vue, à condition d'éliminer l'inquiétant Lefloc-Pinel, son voisin d'immeuble, un élégant banquier dont le charme cache bien trop de turpitudes.
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— Vous êtes au courant, madame Cortès ? lança Iphigénie en faisant signe à Joséphine de venir s’asseoir à table. Il paraît qu’il y a trois semaines, ils ont trouvé le corps d’une serveuse de café, poignardée comme la Bassonnière !

— Ils vous l’ont pas dit ? demanda la jeune fille en levant de grands yeux étonnés.

Joséphine secoua la tête, accablée.

— Ça fait donc une, deux, trois mortes dans le quartier, dit la dame au caniche en comptant sur ses doigts. En six mois !

— C’est un serial-killer qu’on appelle ça ! conclut doctement Iphigénie.

— Et toutes les trois, pareil ! Couic ! Par-derrière, avec une lame fine, fine qu’il paraît qu’on la sent pas entrer. Comme dans du beurre. De la précision chirurgicale. Clic ! Clac !

— Comment vous savez, ça, monsieur Édouard ? demanda la dame au caniche. Vous inventez, là !

— J’invente pas, je reconstitue ! rectifia monsieur Édouard, vexé. C’est le commissaire qui m’a expliqué. Parce qu’il a pris le temps de me parler à moi !

Il se brossa le torse du plat de la main pour souligner son importance.

— C’est parce que vous êtes drôlement important, monsieur Édouard !

— Moquez-vous ! Je ne peux que constater, c’est tout…

— S’ils ont passé du temps avec vous, c’est que peut-être, ils vous soupçonnent ! suggéra Iphigénie. Ils vous endorment en vous flattant, ils vous confessent et hop ! ils vous coffrent.

— Mais pas du tout ! C’est parce que je la connaissais bien. Pensez-vous, on a grandi ensemble ! On jouait dans la cour, quand on était enfants. C’était déjà une vicieuse, une sournoise. Elle m’accusait de faire pipi dans le tas de sable et de l’obliger à faire des pâtés avec le sable mouillé ! Ma mère me filait de ces raclées à cause d’elle !

— Vous aussi, vous aviez des raisons de lui en vouloir, rappela la dame au caniche. Elle ne vous aimait pas beaucoup et c’est pour ça qu’on ne vous voyait plus aux réunions des copropriétaires.

— Je n’étais pas le seul, protesta le vieux monsieur. Elle faisait peur à tout le monde !

— Il fallait être courageux pour y aller, renchérit la dame au caniche. Elle savait tout, cette femme-là. Tout sur tout le monde ! Elle me racontait des choses, parfois…

Elle avait pris un ton mystérieux.

— Sur certaines gens de l’immeuble ! chuchota-t-elle, attendant qu’on la supplie de développer et de donner des détails.

— Parce que vous étiez son amie ? demanda la petite jeune fille, affriolée.

— Disons qu’elle m’avait à la bonne. Vous savez, on ne peut pas vivre toute seule tout le temps. Faut parfois qu’on s’abandonne ! Alors il m’arrivait de prendre un doigt de Noilly Prat, le soir chez elle. Elle buvait deux p’tits verres et elle était pompette. Et alors, elle racontait des trucs incroyables ! Un soir, elle m’avait montré la photo d’un homme très beau dans le journal et elle m’avait confié qu’elle lui avait écrit !

— Un homme ! La Bassonnière ! pouffa Iphigénie.

— Je vais vous dire, je crois qu’elle en était pincée…

— Ah, ça ! Vous allez me la rendre sympathique ! s’exclama le vieux monsieur.

— Vous en pensez quoi de tout ça, madame Cortès ? demanda Iphigénie en se levant pour refaire du café.

— J’écoute et je me demande qui pouvait lui en vouloir au point de la tuer…

— Ça dépend de l’épaisseur du dossier qu’elle avait sur son meurtrier, dit le vieux monsieur. On est prêt à tout pour sauver sa tête ou sa carrière. Et elle ne cachait pas son pouvoir de nuisance, elle en jouissait même !

— Ça, on peut le dire, elle vivait dangereusement, c’est même étonnant qu’elle ait vécu si longtemps ! soupira Iphigénie. N’empêche qu’on n’est pas rassurés. Y a que monsieur Pinarelli pour siffloter. Ça l’a tout revigoré cette histoire ! il gambade, il furète, il passe son temps au commissariat pour arracher des renseignements aux flics. L’autre soir, je l’ai trouvé qui rôdait près du local à poubelles. Y en a tout de même, ils sont bizarres !

Tous les gens de cet immeuble sont bizarres, se dit Joséphine. Même la dame au caniche ! Et moi ? Je ne suis pas bizarre ? S’ils savaient, ces gens assis autour de cette table en train de tremper leur gâteau sec dans leur café, que j’ai failli être poignardée, il y a six mois, que mon ex-mari, déclaré mort dans la gueule d’un crocodile, rôde dans le métro, que mon ancien amoureux est schizophrène et que ma sœur est prête à se jeter à la tête d’Hervé Lefloc-Pignel, ils s’étrangleraient de surprise…

Enfoncée dans les coussins profonds du canapé, ses pieds nerveux et fins posés sur l’accoudoir comme sur un présentoir de bijoutier, Iris lisait un journal lorsque Joséphine entra dans le salon et se laissa tomber dans un gros fauteuil en gémissant.

— Quelle journée ! Mais quelle journée ! Jamais rien vu de plus sinistre qu’un commissariat ! Et toutes ces questions ! Et le capitaine Gallois !

Elle se massait les tempes tout en parlant, la tête penchée en avant. La fatigue accrochait des poids à chaque membre, chaque articulation. Iris abaissa un instant le journal pour considérer sa sœur, puis reprit sa lecture en bourdonnant : « Ben, dis donc… t’as pas l’air en forme. »

Piquée, Joséphine riposta :

— J’ai pris une menthe à l’eau avec Hervé Lefloc-Pignel…

Iris claqua le journal sur ses genoux.

— Il t’a parlé de moi ?

— Pas un mot.

— Il n’a pas osé…

— Cet homme est étrange. On sait jamais sur quel pied danser avec lui. Il passe du doux au dur, du sucré au salé…

— Au salé ? reprit Iris le sourcil arqué. Il t’a fait des avances ?

— Non. Mais c’est une vraie douche écossaise ! Il te dit une douceur et l’instant d’après devient banquise…

— Tu as dû encore t’offrir en victime.

Joséphine ne s’attendait pas à cette affirmation péremptoire. Elle se rebiffa :

— Comment ça, « m’offrir en victime » ?

— Oui, tu ne t’en rends pas compte, mais tu joues à la petite chose fragile pour donner aux hommes l’envie de te protéger. Ça peut être très irritant. Je t’ai vue faire avec Philippe.

Joséphine écoutait, abasourdie. C’était comme si on lui parlait de quelqu’un qu’elle ne connaissait pas.

— Tu m’as vue faire quoi avec Philippe ?

— Jouer à la nunuche qui ne sait pas, qui ne sait rien. Ce doit être ta manière de séduire…

Elle s’étira, bâilla, laissa tomber son journal. Puis, se tournant vers Joséphine, elle annonça, sur un ton anodin :

— Tiens, au fait… Notre chère mère a appelé et ne va pas tarder à débarquer !

— Ici ? rugit Joséphine.

— Elle meurt d’envie de voir où tu habites !

— Mais tu aurais pu me demander, tout de même !

— Écoute, Jo, il serait temps que vous vous réconciliiez ! Elle est âgée, elle vit seule. Elle n’a plus personne dont s’occuper…

— Elle ne s’est jamais occupée que d’elle !

— Et ça fait bien trop longtemps que vous ne vous voyez plus !

— Trois ans et je m’en porte très bien !

— C’est la grand-mère de tes filles…

— Et alors ?

— Je suis pour la paix des familles…

— Pourquoi l’as-tu invitée ? Dis-moi ?

— Je ne sais pas. Elle m’a fait de la peine. Elle avait l’air déprimée, triste.

— Iris, je suis chez moi, ici. C’est moi qui décide qui j’invite !

— C’est ta mère, non ? Ce n’est pas une étrangère !

Iris marqua une pause et ajouta en faisant glisser son regard dans celui de Joséphine :

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