À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1989
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2221056523
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
— Non, fit-il. Comment peux-tu dire cela ? Tu as connu l’amour, n’est-ce pas ? L’homme est parti, mais le souvenir de l’amour restera toujours en toi. Préférerais-tu ne jamais avoir connu l’amour ?
— Je connaissais déjà l’amour, mais sous d’autres formes que celle que j’ai connue avec lui. L’amour de Koshmar, ma…
Elle n’acheva pas sa phrase, car elle se rendit compte qu’elle ne savait pas dire « compagne de couplage » en Beng.
— … Mon amie, dit-elle maladroitement. Et l’amour de toute ma tribu. Je sais que tout le monde m’aime beaucoup et, moi aussi, je les aime.
— Ce n’est pas la même chose.
— Peut-être pas, en effet. Et toi ? ajouta-t-elle en retenant son souffle. As-tu une femme, Trei Husathirn ?
— J’en ai eu une.
— Ah !
— Elle est morte. Les hjjk…
— Le même jour que ça ? demanda-t-elle en montrant la cicatrice.
— Non, une autre bataille. Beaucoup plus tard.
— Vous vous êtes souvent battus contre les hjjk ?
— Ils sont partout, répondit Trei Husathirn avec un haussement d’épaules. Ils nous ont fait beaucoup souffrir ; mais je crois que nous les avons fait beaucoup souffrir aussi, même s’ils ne semblent pas éprouver de douleur, ni physique ni morale.
Il secoua la tête en faisant une grimace, comme si le simple fait de parler des hjjk le dégoûtait.
— Je t’ai dit que j’avais un cadeau pour toi, Torlyri.
— Oui, mais ce n’est pas la peine…
— Je t’en prie, dit-il.
Il commença à fouiller dans l’un de ses paniers d’osier et en sortit un casque, pas un de ces casques à l’aspect féroce portés par les guerriers, mais un casque de petite taille, comme elle en avait déjà vu sur la tête de certaines femmes Beng. Il était fait d’un métal rouge et luisant, si soigneusement poli qu’on pouvait presque s’y regarder comme dans un miroir. La ligne en était gracieuse et le dessin délicat. En forme de cône terminé par deux sommets arrondis, il était orné de motifs entrelacés gravés par la main d’un maître. Il le lui tendit timidement et Torlyri le regarda sans oser le prendre.
— Il est magnifique, dit-elle. Mais je ne peux pas accepter.
— Si, je t’en prie.
— Il est trop précieux.
— Il est très précieux. C’est pour cela que je te l’offre.
— Qu’est-ce que cela signifie, demanda Torlyri après un silence, quand une femme accepte un casque d’un homme ?
— Qu’ils sont amis, répondit Trei Husathirn, l’air gêné.
— Ah ! dit Torlyri, qui se rappelait lui avoir parlé de Koshmar comme de son amie. Et l’amitié entre un homme et une femme ? Qu’est-ce que cela signifie ?
— Eh bien… commença-t-il, de plus en plus embarrassé… cela signifie… Oh ! Torlyri… ! Faut-il que je le dise ?
— J’ai offert mon amitié à un homme et il m’a fait beaucoup de mal.
— Cela arrive. Mais ce n’est pas toujours vrai.
— Nous sommes de deux tribus différentes… Il n’y a pas de précédent…
— Tu parles notre langue. Tu apprendras nos coutumes.
Trei Husathirn lui tendit derechef le casque rutilant.
— Il y a quelque chose entre nous, dit-il. Tu le sais. Tu le sais depuis le début. Même quand nous ne parlions pas la même langue, il y avait quelque chose entre nous. Ce casque est pour toi, Torlyri. Je l’ai gardé ici pendant de longues années et maintenant je te l’offre. Accepte-le, je t’en prie !
Il se mit à trembler à son tour. Ne pouvant supporter de le voir ainsi, Torlyri prit doucement le casque et le leva au-dessus de sa tête comme pour l’essayer. Puis, sans s’en être coiffée, elle le serra contre sa poitrine et le reposa soigneusement.
— Merci, murmura-t-elle. Je le conserverai précieusement toute ma vie.
Elle avança de nouveau la main vers sa cicatrice, doucement, tendrement. Trei Husathirn posa la sienne sur l’épaule gauche de Torlyri, à l’endroit où commençait la bande blanche dont il suivit le dessin en spirale jusqu’au sein de la femme-offrande. Elle se rapprocha de lui. Il la prit dans ses bras et ils se laissèrent tous deux glisser sur la couche de fourrures.
La morsure brûlante du vent du sud avivait les désirs tant physiques que spirituels de Taniane.
Ses cuisses étaient parcourues de frémissements ; son ventre et son sexe palpitaient. Ce serait bon de s’accoupler. Avec Haniman, si elle le trouvait. Sinon, Orbin ferait l’affaire. Orbin était toujours prêt.
Mais la tension qu’elle éprouvait à la hauteur du front et qui, de la nuque, se propageait le long de sa colonne vertébrale semblait plutôt indiquer que c’était d’un couplage qu’elle avait envie. Cela faisait longtemps, très longtemps. Au vrai, Taniane ne satisfaisait que très rarement son envie de couplage, faute de partenaires capables de lui donner satisfaction. Mais aujourd’hui, ce besoin semblait impérieux. Peut-être se confond-il avec mon désir d’accouplement, songea Taniane, et peut-être se dissipera-t-il quand mon corps aura reçu le plaisir qu’il réclame.
Mais il y avait encore autre chose qui la perturbait. Elle se sentait nerveuse, anxieuse, en proie à une inquiétude diffuse dont elle ne parvenait pas à déterminer la cause. Elle la sentait dans ses dents, derrière ses yeux, au creux de son estomac ; mais elle savait qu’il ne s’agissait là que de manifestations sensibles d’un mal profond de l’âme. Ces sensations ne lui étaient pas inconnues, mais elles étaient particulièrement intenses ce jour-là, comme portées à l’incandescence par le vent chaud et sec soufflant en violentes rafales. Cela était lié au départ d’Harruel et de ses fidèles — Taniane était maintenant persuadée qu’ils vivaient des aventures extraordinaires dans des contrées de rêve alors qu’elle demeurait prisonnière des ruines poussiéreuses de Vengiboneeza — mais aussi à la présence envahissante des Beng. Les Beng protestaient de leurs intentions amicales, mais ils avaient une étrange conception de l’amitié. Avec force démonstrations d’amitié, ils avaient lentement mais sûrement pris possession de la quasi-totalité de la cité et ils se conduisaient maintenant comme les seuls maîtres de Vengiboneeza et comme si la tribu de Koshmar n’était qu’une bande d’intrus dont ils toléraient aimablement la présence. Taniane s’inquiétait également de la passivité de Koshmar devant cette dépossession. Elle n’avait rien fait pour trouver un terrain d’entente avec les Beng. Elle n’avait rien fait pour freiner leur expansion. Elle se contentait de hausser les épaules d’un air méprisant et les laissait faire tout ce qu’ils voulaient.
Koshmar ne paraissait plus être que l’ombre de la Koshmar d’antan. La sécession d’Harruel semblait avoir brisé quelque chose en elle. Et il y avait à l’évidence des problèmes entre Koshmar et Torlyri. La femme-offrande n’était presque plus jamais dans sa tribu ; elle passait maintenant tout son temps chez les Beng. Le bruit courait que Torlyri avait trouvé un compagnon chez les Hommes aux Casques. Comment Koshmar pouvait-elle tolérer cela ? Pourquoi ne réagissait-elle pas ? Si elle n’avait plus la force de se conduire en chef, pourquoi ne passait-elle pas la main afin que quelqu’un d’un peu plus énergique puisse prendre le relais ? Koshmar a dépassé l’ancienne limite d’âge, se dit Taniane, et si la tribu vivait encore dans le cocon, elle serait déjà sortie pour attendre la mort et je serais sans doute le nouveau chef. Mais la limite d’âge était abolie et Koshmar refusait d’abandonner le pouvoir.