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Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]

Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:

Vainqueur de la guerre des Sorciers, Prestimion, qui a manqué d’y perdre la vie, a payé chèrement le titre de Coronal. La fine fleur de Majipoor a été décimée, le monde ravagé, et la belle Thismet, la grande passion de Prestimion, est morte dans les combats.
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
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La seule réaction de la Dame fut un frémissement à la commissure des lèvres. Sa maîtrise de soi était stupéfiante. Quant à Varaile, elle paraissait hébétée.

— Je continue : lord Confalume avait des enfants. Des jumeaux, un garçon et une fille. Tu as l’air surpris. Oui, les enfants de Confalume sont inconnus aujourd’hui ; j’en porte aussi la responsabilité. Sa fille s’appelait Thismet : elle était petite, gracile, très belle, une femme compliquée, pétrie d’ambition. Elle tenait, je pense, de sa mère Roxivail. Le fils était robuste et séduisant, un grand brun à la noble prestance, un athlète, un chasseur émérite. Pas particulièrement intelligent, je dois l’avouer. Une âme simple, généreuse, à sa manière. Son nom était Korsibar.

Un petit cri de surprise échappa à Varaile quand elle entendit ce nom. Prestimion fut intrigué par sa réaction, mais il préféra, ne pas s’interrompre pour demander une explication et poursuivre le fil de son discours. La Dame Therissa paraissait très loin, absorbée dans ses pensées.

— Quand le Pontife Prankipin est tombé malade, reprit Prestimion, lord Confalume, préparant le changement imminent des Puissances, fixa son choix sur moi pour lui succéder sur le trône. Il ne l’annonça pas publiquement, bien entendu, tant que Prankipin s’accrochait à la vie. Toute la cour s’était rassemblée au Labyrinthe dans l’attente du décès du Pontife. Mettant cette attente à profit, quelques ignobles individus ont soufflé à l’oreille du prince Korsibar : « Tu es le fils du Coronal, tu as la prestance d’un roi. Pourquoi le petit Prestimion deviendrait-il Coronal quand ton père rejoindra le Labyrinthe ? Prends le trône, Korsibar ! Prends-le ! Prends-le ! » Deux frères peu recommandables, Farholt et Farquanor, furent parmi ceux qui l’exhortèrent avec le plus d’insistance ; ils sont oubliés aussi aujourd’hui, et bon débarras. Un autre des conspirateurs était un mage Su-Suheris, glacial et malfaisant. Il y avait aussi la princesse Thismet qui exerçait sur son frère la plus puissante des influences. Ils ont insisté ; Korsibar était trop faible et trop simple pour résister. Jamais il ne s’était imaginé sur le trône du Coronal, mais ils lui ont fait croire qu’il lui était dû. À la mort du vieux Pontife, tandis que nous étions rassemblés dans la Cour des Trônes pour la passation des pouvoirs, le mage de Korsibar a jeté un sortilège pour nous obscurcir le cerveau. Quand nous avons repris nos esprits, nous avons vu Korsibar aux côtés de son père sur le double trône ; la couronne à la constellation ceignait le front de Korsibar et Confalume, soumis par la magie, n’a rien fait pour empêcher son fils de s’approprier le pouvoir.

— Ce n’est pas facile à croire, déclara la Dame Therissa.

— Il faut le croire, mère. Crois-le, je t’en conjure ! Cela s’est passé ainsi.

Avec un débit plus rapide, Prestimion retraça dans ses grandes lignes le déroulement de la guerre civile. L’autoproclamation de Korsibar et son propre refus d’accepter le fait accompli. La proposition naïve que lui avait faite le nouveau Coronal d’occuper un siège au Conseil, le nouveau refus de Prestimion exprimé avec un tel mépris intransigeant que Korsibar l’avait fait arrêter et jeter aux fers dans les tunnels de Sangamor. Son évasion grâce à un compromis conçu par le rusé Dantirya Sambail qui espérait dresser Korsibar et Prestimion l’un contre l’autre à son avantage. L’armée qu’il avait levée pour s’opposer à l’usurpation de Korsibar ; la première bataille devant la cité des contreforts d’Arkilon, qui s’était soldée par une défaite des forces de Prestimion face aux troupes de Korsibar conduites par Navigorn. La retraite vers le centre d’Alhanroel et une grande victoire de Prestimion sur Navigorn sur les rives du Jhelum. D’autres batailles, des victoires et des défaites ; la longue marche vers le nord-ouest du continent, les armées de Korsibar à ses trousses. Et puis la catastrophe dans la vallée du Iyann, quand Dantirya Sambail, qui s’était entre-temps allié à Korsibar, persuada l’usurpateur de faire sauter le barrage de Mavestoi pour déverser toute l’eau sur les forces de Prestimion.

— C’est là que Taradath est mort, mère, avec bien d’autres courageux combattants. La vallée a été inondée. Entraîné par le flot, j’ai réussi à gagner la rive à la nage ; je me suis enfui vers le nord, dans le désert du Valmambra, seul, et j’ai failli mourir. Septach Melayn et Gialaurys m’ont retrouvé, le duc Svor aussi, dont tu te souviens peut-être. Nous sommes allés tous les quatre jusqu’à Triggoin où nous avons vécu plusieurs mois dans la clandestinité, au milieu des sorciers qui m’ont enseigné quelques-uns de leurs tours. Mon professeur était Gominik Halvor ; ce séjour marqua le commencement de mon alliance avec lui et son fils Heszmon Gorse.

Prestimion s’interrompit de nouveau. Sa mère paraissait très pâle. Secouée à l’évidence par ce qu’elle avait entendu, elle s’efforçait d’en évaluer toutes les conséquences. Varaile, de son côté, ne semblait même pas essayer. La plupart de ces noms et de ces lieux lui étaient inconnus, l’histoire incompréhensible ; elle paraissait complètement perdue.

Prestimion poursuivit son récit. Après avoir touché le fond à Triggoin, une quête visionnaire lui avait permis de voir que son destin était de renverser Korsibar et de guérir les blessures du monde. Il décrivit son départ de Triggoin, le rassemblement d’une nouvelle armée à Gloyn, dans le centre-ouest d’Alhanroel, sa marche en direction du Mont du Château, dont le point culminant avait été la grande bataille finale contre les forces de Korsibar à Thegomar Edge.

Prestimion ne fit pas mention de la décision de Thismet de changer de camp, ni de sa venue à Gloyn où elle s’était offerte à lui en proposant de devenir son épouse quand il aurait reconquis le trône. Il s’était promis de ne pas avoir de secrets pour Varaile, mais au moment d’insérer dans la chronologie de son récit l’épisode de sa passion partagée pour Thismet, il ne se sentit pas capable de le faire. À quoi cela aurait-il servi ? Il appartenait à un passé révolu et n’avait plus aujourd’hui aucune incidence sur la situation de Majipoor : un intermède purement privé, enseveli sous les décombres de l’Histoire qui n’était plus. Qu’il y reste à jamais, se dit Prestimion. La seule chose qui comptait était de parler sans fard de ce qui s’était passé à Thegomar Edge.

— Ils occupaient les hauteurs, expliqua-t-il. Nous étions dans la plaine marécageuse de Beldak. Au début, le sort des armes ne nous fut pas favorable, mais quand nous avons commencé à battre en retraite, l’infanterie de Korsibar s’est stupidement lancée à notre poursuite, abandonnant ses positions. C’est ainsi que nous avons pu faire venir des renforts par une aile et les prendre en tenailles. Nous avions pris l’avantage. C’est alors que j’ai fait appel aux mages, mon arme suprême.

— Des mages, Prestimion ? fit la Dame. Toi ?

— Le destin de la planète était en jeu, mère. J’étais déterminé à utiliser tous les moyens à ma disposition pour mettre un terme à l’usurpation. Gominik Halvor et son fils, aidés par une douzaine d’autres grands sorciers de Triggoin, ont jeté un sortilège qui a transformé le jour lumineux en une nuit sans lune ; mettant l’obscurité à profit, nous avons taillé en pièces l’armée ennemie. Korsibar a péri des mains de son propre mage, le Su-Suheris Sanibak-Thastimoon, qui a aussi pris la vie de la princesse Thismet avant d’être transpercé par l’épée de Septach Melayn. Dantirya Sambail, qui se battait dans les rangs ennemis, m’a trouvé dans la mêlée et m’a défié en combat singulier, avec le trône pour enjeu. J’ai pris le meilleur sur lui et je l’ai fait arrêter. Puis Navigorn est venu m’annoncer qu’il déposait les armes : la guerre était terminée. Le comte Kamba, cet homme de cœur qui m’a enseigné les secrets de l’archerie, a perdu la vie ce jour-là, Kanteverel de Bailimoona aussi, mon cher petit duc Svor et bien d’autres seigneurs parmi les plus grands. Mais la guerre était terminée et j’étais enfin Coronal.

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