Intrigue à Giverny
- Автор: Goetz Adrien
- Серия: Les enquêtes de Pénélope #4
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: Éditions Le Livre de Poche
- ISBN: 978-2253182757
- Жанр: Исторические детективы
Электронная книга - «Intrigue à Giverny». Краткое содержание книги:
Le mariage du prince de Monaco est annoncé et attendu depuis sa naissance. Le président de la République a décidé d’y aller lui-même et sans ministres, c’est dommage, Wandrille y serait venu avec son cher père et aurait eu accès à toutes les réceptions. Du coup il a un badge de presse autour du cou, un panama sur la tête et le stylo entre les dents.
Il va tenter de montrer au monde les jardins du palais princier, et ce que la famille Grimaldi réussit en matière d’écologie dans la ferme de Roc Agel, leur ranch de l’arrière-pays. Il sait tout de la dynastie, des traditions, du protocole… Le scoop impossible dont il rêve : réussir à entrer au palais et voir la robe de Charlène. Le monde entier se ruerait sur Jardins Jardins. Il doit bien y avoir quelques fleurs brodées sur cette robe, ou un bouquet de mariée, qui feraient la couverture du siècle.
À Monaco tous les palaces sont pleins. Sa chambre à Villefranche est charmante, son but est d’y faire venir Pénélope. Au moins il échappe pour quelques jours encore aux leçons de piano de sa voisine. La Lettre à Élise quinze fois de suite, mieux vaut être sourd que d’entendre ça. Wandrille n’ose rien dire. Sa voisine est charmante, depuis des années elle avait un piano et ne s’en servait pas, ce drame devait arriver un jour.
Cela fait des années qu’ils se connaissent, Pénélope et lui, et ils ont envie d’enfants. Pénélope a été longtemps rebelle au mariage, elle s’est assagie. Son nouveau poste est à Paris. Elle a un peu déambulé à gauche et à droite, depuis son affectation à Versailles, mais le Mobilier national, où elle est désormais, c’est passionnant, c’est bien situé, et les tissus anciens sont sa spécialité. Les deux sœurs de Wandrille ont commencé à surveiller « les bagues de maman ». Pénélope a senti le risque et dit tout de suite que des bagues de fiançailles, depuis qu’elle avait quitté son poste à Versailles, cela ne lui serait pas très utile. Comme les mariages durent trois ans en moyenne, on en trouve tant qu’on veut sur eBay, il faudra qu’il aille y faire un tour et qu’il lui en choisisse une pas trop tarte. Il imagine un gros cabochon de saphir qui ne brille pas, par exemple, si on peut dénicher ça.
Au Mobilier national, Wandrille a compris qu’on entreposait les meubles de la République, ses tapis et une prodigieuse collection de tapisseries. La Galerie des Gobelins organise des expositions superbes qui sont les plus agréables de Paris, parce que personne ne les visite. Les gens n’aiment que la peinture, ils ne connaissent rien au noble art de la tapisserie. Wandrille, lui, quand Pénélope était à Bayeux, cette jolie ville, s’était mis tout seul à la broderie, sans avoir suivi de cours, et avec de bons résultats. Les travaux d’aiguille, il connaît. Un don naturel. Son portable sonne, l’hymne monégasque piqué sur Internet.
« Je te dérange ?
— Jamais, douce reine d’Ithaque ! Pas de nouvelles depuis lundi ! Je suis en terrasse au Café de Paris. Je guette Charlène. Je pensais à toi.
— Que des bonnes nouvelles ! Tu crois que les Monégasques vont s’habituer à ce prénom ?
— La presse l’a déjà adopté. Tu verras, Péné, dans vingt ans, il y aura le boulevard Princesse-Charlène, l’hôpital Princesse-Charlène, la fondation Princesse-Charlène pour l’art conceptuel. Ils ont bien adopté d’autres prénoms bizarres : Rainier, Grace, Albert, Stéphanie, Florestan, Honoré, Ambroise, Claudine…
— Claudine ?
— Oui. Claudine de Monaco, XVe siècle. Je t’apprendrai des choses, moi, j’ai fait des recherches. Ta soirée marmottienne ? Je commençais à m’inquiéter.
— Je me suis fait piéger. Le directeur, Antonin Dechaume, le sculpteur, celui qui a fait la statue de Lindbergh au parc Montsouris, tu sais, il m’a à moitié draguée, j’ai dû rester pour le dîner officiel…
— Je vais le buter. Tu sais qu’il sculptait des nus torrides dans les années 1970 ?
— Il m’amuse, tu l’aimeras. J’étais simplement pas du tout bien habillée…
— Moi, je t’aime en jupe École du Louvre. Tu n’avais quand même pas mis la mauve qui peluche ?
— Le pire, c’est ce qui s’est passé pendant ce dîner, une chose stupéfiante… J’hésitais à t’appeler. Tu vas me trouver bête. Je me trompe peut-être…
— On a volé Impression, soleil levant ?
— Ça serait la routine, c’est déjà arrivé… On l’avait retrouvé au Japon, l’histoire n’a jamais été bien éclaircie. »
Pénélope est heureuse de raconter à Wandrille comment ce dîner a dérapé. Il aime que Pénélope soit mêlée à des événements inattendus. Ça lui arrive souvent, sa vie de conservatrice s’accélère tout à coup, et la voilà partie ailleurs. Elle a peur, cette fois, qu’il se moque d’elle.
La lumière s’est éteinte. Comme si la machine à laver de Caroline Bonaparte avait tout fait disjoncter. Sauf qu’il s’agit d’un des plus célèbres musées de Paris. On a entendu la voix du présentateur de « Mystères d’Histoire », de France Inter, qui a dit : « Chic, un anniversaire. » Quelqu’un d’autre, une voix de femme : « Attention aux colliers de perles. » Pendant sept à huit minutes, c’est très long, on n’a rien vu. Certains ont allumé leurs téléphones portables, comme des lucioles dans les fleurs de Monet — et la conversation a continué, à voix basse, sur un rythme lent, une mare aux grenouilles… On attendait l’arrivée des braqueurs, les femmes retournaient leurs bagues vers l’intérieur, personne n’est venu…
« Tu sais que ce musée est à côté du bois de Boulogne. Je me suis tout de suite dit que des cambrioleurs allaient arriver par la fenêtre… Tu vois comment ça se présente, ce petit musée qui a l’air d’être une maquette en carton ?
— Ne raconte pas tout à la fois. Commence par le début. Souviens-toi qu’il est possible que les lecteurs de Jardins Jardins n’y connaissent rien… »
Wandrille a des réflexes de journaliste. Il pose des questions. Il veut savoir ce que c’est que ce musée qu’il n’a jamais vu. À vrai dire à quoi bon y aller : Impression, soleil levant, tout le monde connaît, que voit-on d’autre dans cet endroit de rêve ?
Pénélope explique. Le collectionneur Paul Marmottan, passionné par l’Empire, avait racheté ce pavillon de chasse de la famille Kellermann, l’avait agrandi, y avait accumulé des portraits de Boilly, des bustes des grands hommes du temps de Napoléon, et ces meubles, somptueusement démodés à son époque, ornés de sphinx, de serpents, de casques, de glaives et de frises grecques.
Ce sanctuaire du style Empire était échu à l’Académie des beaux-arts, et placé depuis sous la direction d’un académicien volontaire pour devenir directeur de musée, élu par ses pairs.
« Et les impressionnistes, alors ? Quand arrivent-ils ? Et le cambriolage auquel tu as assisté ?
— Attends ! Qui te parle de cambriolage ? Je t’explique les richesses de ce musée. Après la donation Paul Marmottan, la fille du docteur de Bellio, le médecin de Manet, de Pissarro, de Sisley, de Monet et de quelques autres, a légué une collection de peintures plus modernes, avec des bords de mer, des fleurs des champs et des ombrelles, et on a accroché dans les salons de style Empire des tableaux impressionnistes, dont Impression, soleil levant.
— J’imagine qu’il avait fallu changer les rideaux, installer le gaz et l’électricité.