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Intrigue à Giverny

Электронная книга - «Intrigue à Giverny». Краткое содержание книги:

Après Bayeux, Versailles et Venise, voici Pénélope à Giverny, la patrie de Claude Monet. Notre intrépide conservatrice-détective assiste à un dîner au musée Marmottan-Monet, au cours duquel elle rencontre deux spécialistes de l'œuvre du grand impressionniste. Le lendemain, l’une, une religieuse, a disparu, alors que l’autre, une Américaine, est retrouvée égorgée. Wandrille, le compagnon-journaliste de Pénélope, est à Monaco où il couvre le mariage du prince Albert et de Charlène. Dans la principauté se prépare aussi la vente d’une toile de Monet. Vrai ou faux ? Le peintre, ami de Clemenceau, était-il vraiment l’homme tranquille qu’on connaît ? Un quatrième volume des Enquêtes de Pénélope aussi drôle qu’érudit.
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— Pour faire suer l’administrateur de Fontainebleau, votre collègue, je vois… Je vous couvre. Prêtez-moi cette grosse cylindrée, ça vous fera un prétexte pour ne pas la lui donner. Je m’engage à ne pas y poser d’ordinateur, à en éloigner toute forme de cendrier, à ne pas y poser de sandwich, ni thé, ni café, ni bière, à ne m’en servir que de temps en temps… Il est admirable, ces marqueteries de couleur, c’est tellement beau. Il n’en existe qu’un exemplaire ?

— Il y en a un autre, en réalité, il se trouve dans un endroit très inattendu. Il diffère du nôtre, enfin de celui-ci, du vôtre, monsieur le ministre, par les marqueteries qui représentent des attributs musicaux, des tambourins et des guirlandes, alors qu’ici c’est plus martial, mais toute la menuiserie est identique. L’autre, son frère, se trouve dans la chambre de Claude Monet à Giverny.

— Mais je croyais qu’il était très pauvre, et n’aimait que les guinguettes et les torchons à carreaux… »

Pénélope, surprise de voir Monet entrer en scène, voulant montrer à son directeur qu’elle est cultivée, ose enfin prendre la parole. Elle est incollable — une fois de plus :

« Personne n’a jamais compris comment ce meuble de grand prix lui était arrivé. Peut-être appartenait-il à Ernest Hoschedé, le premier mari d’Alice Monet, seconde femme du peintre. Monet, à la fin de sa vie, vivait dans une certaine opulence et il aimait les jolies choses.

— Intéressant ça ! On sait comment il avait fait fortune ? Quand on pense à la misère de Van Gogh…

— Il avait croisé la route de Paul Durand-Ruel, un marchand d’art de génie… Monet s’était mis à la vie bourgeoise… Ce beau bureau, il l’avait installé en face de son lit, à côté d’une superbe commode XVIIIe. Ça jette une ombre sur le mythe des impressionnistes, mais c’est comme ça…

— Bon, je vois, mademoiselle, interrompt le directeur des collections oubliant de bafouiller, que comme tous les jeunes conservateurs, vous connaissez bien la peinture. Ici, vous apprendrez vite l’histoire des arts décoratifs, ces arts, monsieur le ministre, qu’on a longtemps appelés les arts mineurs et que nous défendons, parce que c’est l’excellence française. »

Pénélope comprend qu’elle aurait mieux fait de se taire — et se tait.

Comme tous les bureaux à cylindre, fait remarquer le ministre, il doit avoir un tiroir secret. Il se tourne alors vers Robert :

« Vous ne connaissez pas mon officier de sécurité. Il adore les vieux meubles. Robert, le moment est venu de nous montrer que vous n’êtes pas qu’un malabar. Vous avez quatre minutes pour trouver le tiroir secret de ce bureau. Je vous laisse agir. »

Devant Pénélope et le conservateur général un peu surpris, Robert serre le poing. Il le lève au-dessus de sa tête. Il va abattre son bras qui fait craquer les coutures de son costume noir sur ce fragile chef-d’œuvre en marqueterie de bois précieux, qui sera pulvérisé à quelques mètres de l’atelier de restauration. Avant que le vieux conservateur n’ait eu le temps de penser : « Vous ne pouvez pas faire ça » et de se dire : « J’en étais sûr, je n’aurais jamais dû les laisser entrer dans l’entrepôt », Robert baisse le bras, comme un bélier défonçant une porte de château fort.

Il s’arrête à deux millimètres du bois verni et sourit :

« Monsieur le ministre, il y a souvent ce genre de secrets chez Weisweiler, ou chez des maîtres moins connus comme ce Nicolas Petit. En général, il suffit de sortir l’encrier qui est à l’intérieur, il dissimule le bouton qui fait glisser le sous-main, et libère la cachette. C’est un secret de polichinelle. Mon père était antiquaire au Palais-Royal, il m’a montré ça quand j’étais tout petit. Puis-je me permettre, monsieur l’administrateur général ? »

Et devant l’assistance encore tremblante, Robert, gendarme du Service de protection des hautes personnalités, fait délicatement tourner la clef dans la serrure, regarde le cylindre de bois rentrer dans l’intérieur du bureau. Il fait jouer, sur la gauche, le petit tiroir qui contenait les encriers, plonge son index dans l’interstice, et déclenche sans avoir l’air plus surpris que cela le mouvement qui commande l’ouverture du panneau central, celui sur lequel se trouve le carré de cuir rouge et où on devait poser les lettres et les papiers. Le panneau glisse. Un compartiment secret se révèle.

Le ministre se penche :

« C’est vide ! Je vois que vos artisans sont passés avant moi. Vous avez entendu ce petit clic ? Moi ça m’émeut, un pur bruit du XVIIIe siècle parvenu intact jusqu’à nous. Il me plaît beaucoup ce bureau. Vous pouvez le faire livrer Quai d’Orsay pour la semaine prochaine ? Je ferai la démonstration du mécanisme au président du Gabon. »

6

La robe de la princesse Charlène

Monaco, mercredi 22 juin 2011

« Tou-ou-te la ville est pa-voi-sée » : Wandrille fredonne pour rire cette célèbre mélodie d’Offenbach et ne pense déjà plus à cet horrible crime dans son Cercle bien-aimé — il ne la connaissait pas, cette Américaine, il a laissé un message chaleureux sur le répondeur de Dimitri, le coach qui pratique le seconde degré.

Il vient d’écrire dans l’éditorial qu’il prépare : Monaco, ce n’est pas de l’opérette. Mais tous les journalistes qui écrivent ça, et qui chérissent cette inusable formule, savent que le charme du mythe monégasque vient de ce qu’il sonne encore comme un air de La Grande-Duchesse de Gérolstein au milieu des buildings, entre la Salle Garnier et l’hôtel Hermitage.

Impossible d’entrer dans le palais. La sécurité est maximale. Les carabiniers en uniforme blanc — garde personnelle du souverain — sont partout, et les troupes d’Albert II ont reçu les renforts de la gendarmerie française.

Les couleurs des Grimaldi, rouge et blanc, flottent en haut des mâts, devant la mer, dans un vaste ciel de grand luxe. Wandrille a envie d’écrire sur Monaco. Ce prince Albert lui plaît bien, il parle d’écologie, il veut se consacrer à la Méditerranée devenue si sale et aux pôles, l’atout inexploité de la planète. Il a choisi d’épouser une grande jeune femme élégante, une nageuse olympique avec un sourire désarmant de naturel, ça rend fou le monde entier, et ça donne du travail à Monaco. Des milliers d’artisans transforment la cour du palais en une cathédrale à ciel ouvert, on assemble des poutrelles pour la métamorphoser en une grande salle blanche prolongeant la chapelle palatine, tout cela, on le découvrira la semaine prochaine, il y aura des fleurs rouges et blanches, des brassées de protéas d’Afrique du Sud, ça sera superbe. La police est omniprésente, il ne peut rien arriver.

Pour le mariage princier, Wandrille a décidé de rester sur place toute la semaine, à enquêter, fureter, recueillir des détails — il se repose d’un reportage à Sumatra à la recherche de l’Arum titan, la plus grande fleur du monde, et d’un autre en Ouzbékistan, ce sont ses vacances.

Il est depuis un an rédacteur en chef d’un des plus vieux magazines français, Jardins Jardins, il tient beaucoup au double nom, et il a décidé d’en faire un titre grand public, parlant des jardins du monde entier, mais aussi des événements qui se passent dans les hauts lieux du jardinage mondial. Finies les petites piges dans les journaux de second rayon. On lui a proposé de métamorphoser ce titre, il a dit oui tout de suite. Comme son père est de nouveau ministre, il a pris un pseudonyme, Guillaume Bayeu, sans x à la fin pour faire catalan, mais en souvenir de la tapisserie et du premier poste de conservatrice de sa Pénélope.

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