Magie et Cristal
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #4
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345924
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:
Ils atteignirent une large voie — autrefois dévolue sans doute à l’entretien — qui fendait le pétroléum en deux. Une canalisation d’acier, aux joints qui rouillaient, courait en son milieu ; elle reposait sur une profonde tranchée de béton, l’arc supérieur de sa circonférence dépassant du sol.
— Qu’est-ce que c’est ? demanda-t-il.
— Le tuyau qui amenait le pétrole au bâtiment là-bas, je crois. Mais c’est sans intérêt, il est à sec depuis des années.
Roland mit un genou à terre, glissa précautionneusement la main entre la gaine de béton et le flanc rouillé de la canalisation. Susan le regarda faire avec nervosité, se mordant la lèvre pour s’empêcher de lancer une remarque qui aurait trahi en elle la faible femme : et s’il y avait des araignées venimeuses dans cette obscurité oubliée de tous ? Et si jamais il restait coincé ? Que feraient-ils alors ?
Cette seconde hypothèse tomba d’elle-même quand elle le vit retirer sa main. Elle était luisante et noire de pétrole.
— À sec depuis des années ? demanda-t-il avec un petit sourire.
Elle ne put que secouer la tête, frappée de stupeur.
Ils suivirent la canalisation jusqu’à l’endroit où un portail pourrissant barrait la route. Le pipeline (Susan voyait maintenant le pétrole s’écouler de ses joints vétustes, même à la maigre lueur du clair de lune) plongeait sous le portail ; ils l’escaladèrent. Elle trouva que la main secourable qu’il lui tendait prenait trop de privautés pour être honnête, mais le moindre contact la mettait en joie. S’il n’arrête point, ma tête va exploser comme « la chandelle », songea-t-elle. Et elle éclata de rire.
— Susan ?
— C’est rien, Will, les nerfs.
Une fois le portail franchi, ils échangèrent un autre de ces longs regards, puis descendirent la colline. Tout en marchant, Susan remarqua une chose bizarre : on avait dépouillé de nombreux pins de leurs branches les plus basses. Marques de coups de hachette et croûtes de résine étaient clairement visibles sous la lune, et le tout paraissait récent. Elle montra cela à Will, qui acquiesça en silence.
Au bas de la colline, le pipeline se détachait du sol et, soutenu par une série d’arceaux d’acier rouillé, courait encore sur soixante-dix mètres en direction du bâtiment abandonné, avant de stopper avec la soudaineté rudimentaire d’une amputation pratiquée sur un champ de bataille. Sous ce point d’arrêt, il y avait une sorte de lac peu profond de pétrole, à moitié sec et collant. Qu’il ne datât pas d’hier, Susan le déduisait des nombreux cadavres d’oiseaux qui parsemaient sa surface — ils avaient poussé une reconnaissance, s’étaient englués et avaient dû attendre la mort à loisir et fort peu plaisamment.
Elle fixa ce spectacle avec des yeux pleins d’incompréhension jusqu’à ce que Will lui tapote la jambe. Il s’était accroupi. Elle l’imita et, son genou contre le sien, suivit les évolutions de son doigt avec une incrédulité et une confusion croissantes. Will lui indiquait des traces, de très grosses traces. Une seule chose pouvait les avoir laissées ici.
— Des bœufs, dit-elle.
— Si fait. Ils sont venus de là, ajouta-t-il en lui montrant l’endroit où la canalisation s’interrompait. Et ils sont allés…
Il pivota sur ses bottes, toujours accroupi, et désigna la pente, là où commençaient les bois. Maintenant qu’il le lui montrait, elle aperçut sans difficulté ce qu’elle aurait dû voir immédiatement, fille de cavalier qu’elle était. On avait tenté pour la forme de masquer les traces et le terrain chamboulé par quelque chose de lourd qu’on avait traîné ou fait rouler. Le temps s’était chargé d’aplanir aux trois quarts le désordre, mais les traces étaient toujours distinctes. Susan croyait même savoir ce que les bœufs avaient tiré, et elle vit que Will le savait, lui aussi.
Les traces se séparaient en deux fourches à l’extrémité du pipeline. Susan et « Will Dearborn » suivirent celle de droite. Elle ne fut pas surprise de voir des ornières se mêler aux traces des bœufs. Elles n’étaient pas très profondes — l’été avait été marqué par la sécheresse et le sol était presque aussi dur que du ciment —, mais n’en étaient pas moins là. Pouvoir les discerner encore signifiait qu’on avait déplacé un poids considérable. Si fait, bien entendu ; pourquoi aurait-on eu besoin de bœufs, sinon ?
— Regardez, dit Will alors qu’ils approchaient de l’orée de la forêt au pied de la pente.
Elle finit par distinguer ce qui avait attiré son attention, mais elle dut se mettre à quatre pattes pour cela — quel coup d’œil acéré il avait ! Ça tenait quasiment du surnaturel. Il y avait des empreintes de bottes, ici. Sans être récentes, elles l’étaient beaucoup plus que les traces de bœufs et les ornières creusées par des roues.
— Ce sont celles du type à la cape, fit-il, montrant deux empreintes très nettes. Reynolds.
— Will ! Tu ne peux pas le savoir !
Il eut l’air surpris, puis éclata de rire.
— Bien sûr que si. Il marche avec un pied tourné un peu en dedans — le gauche. Et le voilà.
Il redessina dans les airs du bout du doigt les empreintes de pas, puis éclata de rire à nouveau en voyant comment elle le dévisageait.
— Ce n’est pas de la sorcellerie, Susan, fille de Patrick ; simplement l’art du pisteur.
— Comment savez-vous autant de choses, en étant si jeune ? demanda-t-elle. Qui êtes-vous, Will ?
Il se releva et plongea ses yeux au fond des siens. Elle était grande pour une fille.
— Je ne m’appelle pas Will, mais Roland, lui dit-il. Et, à présent, j’ai remis ma vie entre vos mains. Cela m’importe peu, mais peut-être que j’ai mis votre vie en danger, également. Vous devez garder le secret le plus absolu.
— Roland, prononça-t-elle, remplie d’étonnement, goûtant ce nom.
— Si fait. Lequel préférez-vous ?
— Le vrai, répondit-elle aussitôt. C’est un noble nom, si fait.
Il eut un large sourire de soulagement, ce fameux sourire qui le faisait paraître si jeune.
Elle se haussa sur la pointe des pieds et posa ses lèvres sur les siennes. Ce baiser, chaste, à bouche close pour commencer, s’épanouit telle une fleur : il s’ouvrit lentement et s’humecta de rosée. Sentant sa langue effleurer ses lèvres, elle porta la sienne à sa rencontre. Les mains de Roland parcoururent le verso de Susan, puis glissèrent à son recto. Il lui effleura les seins, timidement au début, puis remonta le long de leur arrondi jusqu’à la pointe. Il poussa un petit soupir plaintif dans la bouche même de Susan. Comme il la serrait de plus près, semant des chapelets de baisers dans son cou, elle sentit la dureté de pierre qui affectait sa personne au-dessous de la boucle de sa ceinture, un empan de chaleur en fuseau, en parfaite harmonie avec le creuset en fusion, situé exactement à la même place chez elle ; ces deux endroits-là étaient faits l’un pour l’autre, comme elle pour lui et lui pour elle. C’était le ka après tout — le ka, venu comme le vent, et elle se laisserait volontiers emporter, abandonnant honneur et promesses derrière elle.